Illustration d'un reseau de neurones artificiels associe a une puce electronique, symbolisant l'intelligence artificielle

Anthropic Alibaba IA : 25 000 faux comptes accusés de piller Claude

Illustration d'un réseau de neurones artificiels associé à une puce électronique, symbolisant l'intelligence artificielle
Photo : mikemacmarketing / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

L’éditeur de Claude accuse le géant chinois d’avoir mené la plus vaste opération de pillage jamais observée contre ses modèles. Selon une lettre adressée au Sénat américain, près de 25 000 comptes frauduleux auraient généré plus de 28,8 millions d’échanges avec Claude entre avril et juin 2026. Alibaba n’a pas répondu publiquement à ces accusations.

Une lettre adressée aux sénateurs américains

Anthropic a transmis, le 10 juin 2026, une lettre aux sénateurs Tim Scott et Elizabeth Warren, membres du comité bancaire du Sénat américain. L’entreprise y affirme partager des éléments de preuve concernant, selon ses mots rapportés par plusieurs médias américains dont ArsTechnica, « la plus vaste campagne visant à exploiter illicitement les capacités de Claude » qu’elle ait jamais observée. Le document, confirmé par le Financial Times, désigne des opérateurs présentés comme liés à Alibaba et à son laboratoire d’intelligence artificielle Qwen.

28,8 millions d’échanges via des comptes frauduleux

Selon Anthropic, l’opération se serait déroulée entre le 22 avril et le 5 juin 2026. Près de 25 000 comptes frauduleux auraient permis de générer plus de 28,8 millions d’échanges avec les modèles Claude. L’entreprise affirme que ces opérateurs auraient eu recours à des techniques d’obfuscation et à des réseaux de proxys pour échapper à la détection. Ces pratiques seraient contraires aux conditions d’utilisation d’Anthropic, qui les qualifie de tentative de « distillation » illicite.

La distillation, une technique légale devenue terrain de friction

La distillation consiste à entraîner un modèle d’intelligence artificielle à partir des réponses produites par un système concurrent plus performant, plutôt que depuis des données brutes. Anthropic reconnaît elle-même que cette méthode est « largement utilisée et légitime » lorsqu’un laboratoire distille ses propres modèles. Elle affirme en revanche que l’usage devient illicite lorsqu’il vise à s’approprier les capacités d’un concurrent en contournant ses protections, notamment sur des compétences jugées stratégiques comme le code, le raisonnement complexe ou les tâches longues. Selon Anthropic, l’objectif final aurait été de rapprocher les performances de Qwen de celles de son modèle Mythos Preview, orienté vers le code avancé et la cybersécurité.

Un climat de tensions déjà installé entre Washington et Pékin

Cette accusation intervient après des mises en cause similaires formulées par Anthropic en février 2026 à l’encontre d’autres entreprises chinoises, DeepSeek, Moonshot et MiniMax, avec des volumes d’échanges allant de 150 000 à plus de 13 millions selon l’entreprise. Le contexte politique s’est par ailleurs durci : le 8 juin 2026, le Pentagone a ajouté Alibaba, aux côtés de BYD, Baidu et NIO, à une liste d’entreprises désignées comme liées à l’armée chinoise, ce qui restreint leur accès au marché du département de la Défense américain, selon Reuters. Alibaba a contesté cette décision en justice le 23 juin 2026. Alibaba Group figure par ailleurs parmi les entreprises membres du Forum économique mondial. Peu après l’envoi de la lettre d’Anthropic, le département du Commerce américain a de son côté imposé de nouveaux contrôles à l’export sur les modèles Mythos et Fable de l’entreprise, invoquant des craintes d’usage par l’armée ou les services de renseignement chinois.

Alibaba n’a pour l’heure formulé aucune réponse publique aux accusations d’Anthropic. L’affaire illustre en tout cas une question que l’industrie de l’intelligence artificielle ne pourra pas éviter longtemps : celle de la capacité, ou de l’incapacité, des laboratoires à protéger juridiquement des modèles qui restent, par nature, accessibles via des interfaces ouvertes au public.


Source : Science et Vie — https://www.science-et-vie.com/technos-et-futur/25-000-faux-comptes-et-28-millions-de-messages-generes-anthropic-accuse-les-chinois-dalibaba-davoir-pille-son-ia-247813.html