Le concert gratuit du chanteur franco-israélien Amir, prévu le dimanche 26 juillet 2026 à Marseille, a été annulé par les organisateurs à la suite d’appels au boycott relayés par plusieurs collectifs propalestiniens. Officiellement motivée par des raisons de sécurité, cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions autour de certains artistes liés, de près ou de loin, à Israël. L’annulation ravive les débats sur la liberté artistique, la sécurité des événements culturels et les conséquences de la guerre au Proche-Orient sur la scène culturelle française.
Le chanteur franco-israélien Amir Haddad, plus connu sous son nom de scène Amir, devait se produire le dimanche 26 juillet 2026 aux Terrasses du Port, à Marseille, dans le cadre des Sunset Live, une série de concerts gratuits organisés durant l’été dans le centre commercial marseillais. Quelques jours avant l’événement, les organisateurs ont finalement annoncé son annulation, invoquant des « raisons de sécurité ».
Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, la direction des Terrasses du Port explique que cette décision vise à « garantir la sécurité des artistes, du public, des équipes et de l’ensemble des personnes présentes sur le site ». Aucun incident n’avait encore été signalé sur place, mais plusieurs appels au boycott circulaient depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux.
À l’origine de cette mobilisation figure notamment le collectif Union Palestine Marseille, qui appelait à une action présentée comme « exclusivement pacifique ». Le collectif reproche au chanteur d’avoir participé, par le passé, à des événements de soutien à l’armée israélienne et estime que sa programmation constitue un symbole politique. Après l’annonce de l’annulation, l’organisation s’est félicitée d’une « victoire de la mobilisation populaire ».
Cette annulation intervient alors qu’Amir fait face, depuis plusieurs mois, à une série de campagnes de boycott dans plusieurs villes françaises et belges. Plusieurs de ses concerts ont déjà été visés par des manifestations ou des appels à leur annulation, même si la plupart avaient finalement été maintenus.
Un contexte marqué par la guerre à Gaza
Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, suivie de l’offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza, les tensions liées au conflit israélo-palestinien se sont fortement répercutées dans de nombreux pays, dont la France. Le monde culturel n’échappe pas à cette polarisation. Plusieurs artistes, institutions ou événements sont devenus la cible de campagnes de boycott ou de protestations en raison de leurs prises de position, de leur nationalité ou de liens supposés avec Israël. Dans ce contexte, Amir, né à Paris mais ayant grandi en Israël avant de revenir en France pour poursuivre sa carrière musicale, est régulièrement visé par certains militants propalestiniens.
Le chanteur, révélé au grand public lors de The Voice en 2014 avant de représenter la France à l’Eurovision 2016 avec J’ai cherché, n’a pourtant jamais cessé d’affirmer que la musique devait rester un espace de rassemblement. À plusieurs reprises lors de sa tournée, il a déclaré vouloir répondre aux attaques par ses chansons plutôt que par la confrontation.
Une décision qui suscite de vives réactions
L’annulation du concert a immédiatement provoqué de nombreuses réactions. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), par l’intermédiaire de sa délégation Marseille-Provence, a fait part de sa « profonde inquiétude », estimant que des organisations militantes parviennent progressivement à influencer la programmation culturelle sous couvert de liberté d’expression.
Le Crif national avait déjà dénoncé quelques jours auparavant ce qu’il qualifie de « chasse aux artistes juifs ou engagés contre l’antisémitisme », après un autre événement ayant marqué l’actualité culturelle. De son côté, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) a également regretté cette annulation, considérant qu’un artiste ne devrait pas être empêché de se produire en raison de son origine ou de son identité.
À l’inverse, les organisations à l’origine des appels au boycott estiment exercer un droit à la contestation politique et considèrent que leur mobilisation s’inscrit dans une campagne plus large visant à dénoncer la politique menée par le gouvernement israélien.
L’affaire Barbara Butch a accentué les tensions
L’annulation du concert d’Amir survient quelques jours seulement après un autre épisode particulièrement médiatisé. Le 20 juillet 2026, la DJ française Barbara Butch a vu son concert interrompu à Grenoble après l’intervention de militants propalestiniens répondant eux aussi à un appel au boycott. L’artiste a annoncé son intention de déposer plusieurs plaintes, notamment pour provocation à la haine et à la violence.
Cette succession d’événements alimente les inquiétudes des organisateurs de spectacles, confrontés à des risques croissants de perturbations lors de certaines représentations.
Au-delà du cas d’Amir, cette nouvelle annulation relance le débat sur la capacité des organisateurs à garantir la tenue d’événements culturels dans un climat politique particulièrement tendu. Pour certains observateurs, la décision prise à Marseille illustre une priorité accordée à la sécurité face au risque d’affrontements ou de troubles à l’ordre public. Pour d’autres, elle soulève la question de la pression que peuvent exercer certaines campagnes militantes sur la programmation culturelle.
Depuis plusieurs mois, plusieurs artistes associés à Israël ou perçus comme soutenant l’État hébreu font l’objet de mobilisations similaires en France et dans d’autres pays européens, dans un contexte où les conséquences de la guerre à Gaza continuent de nourrir des tensions jusque dans le secteur culturel.
L’annulation du concert d’Amir constitue ainsi un nouvel épisode d’une séquence où les enjeux diplomatiques, politiques et sécuritaires débordent largement le cadre artistique. Si les organisateurs mettent en avant la nécessité de protéger le public et les équipes présentes, cette décision témoigne également des difficultés croissantes rencontrées par certains événements culturels face à un climat de plus en plus polarisé.
Sources :
AFP (dépêche reprise notamment par Le Journal de Québec) : https://www.journaldequebec.com/2026/07/23/france-un-concert-du-chanteur-franco-israelien-amir-annule-apres-des-appels-au-boycott
Contexte historique : campagne de boycott culturel d’Israël (historique général) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boycott_culturel_d%27Isra%C3%ABl