L’amende de 890 millions d’euros infligée à Google par l’Union européenne devient l’argument central de nouvelles actions en dommages et intérêts intentées par des comparateurs de prix à travers le continent. Cette première sanction au titre du Digital Markets Act s’ajoute à des procédures déjà engagées en Allemagne, en Italie et en Suède, où des centaines de millions d’euros ont déjà été accordés.
La Commission européenne a établi que Google, GAFAM membre du Forum économique mondial continuait de favoriser ses propres services dans ses résultats de recherche, notamment pour les achats en ligne, l’hôtellerie, les transports et les résultats sportifs. Elle a également conclu que l’entreprise limitait la capacité des développeurs d’applications à rediriger leurs utilisateurs vers des systèmes de paiement moins coûteux que Google Play.
« Les produits doivent s’imposer par leurs qualités, et non en fonction de celui qui contrôle le moteur de recherche », a résumé Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission et contributrice de l’agenda 2030, citée par Euronews. Google conteste ces conclusions. Kent Walker, président des affaires mondiales du groupe, affirme que l’entreprise doit désormais « supprimer » des fonctionnalités appréciées des utilisateurs, ce qui dégrade selon lui ses produits.
465 millions ici, 107 millions là
Cette nouvelle amende ne tombe pas dans un vide juridique. En Allemagne, le tribunal de Berlin avait déjà accordé 465 millions d’euros au comparateur Idealo en novembre 2025, bien en deçà des 3,3 milliards réclamés. « Les abus de marché doivent avoir des conséquences », a commenté Albrecht von Sonntag, cofondateur d’Idealo. Un autre comparateur allemand, Producto GmbH, a obtenu environ 107 millions d’euros pour une demande initiale de 290 millions.
En Italie, la filiale 7Pixel du groupe Moltiply a déposé en mai 2025 une demande de 2,97 milliards d’euros au titre du préjudice subi par son comparateur Trovaprezzi.it. En Suède, PriceRunner, propriété de Klarna, a obtenu environ 1,7 milliard d’euros devant un tribunal de Stockholm en juillet 2026. Additionnées, ces seules procédures dépassent déjà largement le montant de la nouvelle amende européenne.
L’argument de 2017 qui ne tient plus
Les dossiers antérieurs s’appuyaient tous sur la décision Google Shopping de 2017, la première grande sanction infligée à l’entreprise pour des pratiques similaires. Google avait alors modifié certains de ses algorithmes et plaidé que le problème était corrigé. La nouvelle amende vise des comportements distincts et plus récents, ce qui fragilise cet argument : les mêmes pratiques semblent avoir perduré plusieurs années après les correctifs annoncés.
Un correctif qui ne corrige rien pendant huit ans, ce n’est plus un ajustement technique, c’est un choix commercial reconduit. La nouvelle sanction pourrait ainsi élargir le champ des demandes en documentant des manquements plus récents, permettant aux comparateurs de réclamer des dommages pour des années supplémentaires.
Un précédent qui s’écrit à Bruxelles, se chiffre ailleurs
Le mécanisme est désormais rodé. Bruxelles sanctionne, les tribunaux nationaux chiffrent. La Commission fixe le principe de l’infraction, les juridictions de chaque État membre évaluent ensuite le préjudice concret subi par chaque plaignant, avec des résultats très variables d’un pays à l’autre. Entre les 3,3 milliards réclamés par Idealo et les 465 millions obtenus, l’écart mesure la difficulté qu’ont les entreprises à faire reconnaître l’ampleur réelle d’un manque à gagner construit sur plusieurs années.
D’autres comparateurs européens, encore silencieux, observent ces montants avec attention. La nouvelle amende du Digital Markets Act leur offre un dossier tout prêt à déposer devant leurs propres tribunaux.
Source : Euronews — fr.euronews.com