Allemagne : Berlin achète des missiles Tomahawk américains pour renforcer sa capacité de frappe longue portée

L’Allemagne a conclu un accord avec les États-Unis pour acquérir des missiles de croisière Tomahawk, une décision annoncée le 9 juillet 2026 par le chancelier Friedrich Merz devant le Bundestag. Ce choix marque un tournant dans la politique de défense allemande, longtemps marquée par une forte dépendance aux capacités américaines et par une approche prudente en matière d’armement offensif. Berlin entend combler une faille stratégique tout en poursuivant le développement de futurs systèmes européens.

L’Allemagne franchit une nouvelle étape dans la transformation de sa politique militaire. Le 9 juillet 2026, le chancelier Friedrich Merz a annoncé devant les députés du Bundestag qu’un accord avait été trouvé avec Washington pour l’achat de missiles de croisière Tomahawk fabriqués aux États-Unis. Ces armes de longue portée doivent être stationnées sur le territoire allemand et permettre à la Bundeswehr de disposer d’une capacité de frappe stratégique dont elle ne possède actuellement pas l’équivalent.

Cette décision intervient dans un contexte de profonde évolution de la défense européenne depuis l’invasion russe de l’Ukraine le 24 février 2022. Depuis cette date, l’Allemagne a engagé une révision majeure de sa doctrine militaire, baptisée « Zeitenwende » (« changement d’époque »), annoncée quelques jours après le début de la guerre par l’ancien chancelier Olaf Scholz. Cette nouvelle orientation prévoit une augmentation des investissements militaires et une modernisation accélérée des forces armées allemandes.

Le choix du Tomahawk répond notamment à une préoccupation stratégique : disposer d’une arme capable d’atteindre des cibles éloignées sans dépendre exclusivement du soutien américain. Selon les informations communiquées lors de l’annonce de l’accord, le missile américain offre une portée d’environ 1 600 kilomètres selon les versions, avec une capacité de frappe de précision contre des objectifs terrestres.

Jusqu’à présent, l’Allemagne disposait principalement du missile de croisière aéroporté Taurus, développé avec la Suède et produit par le groupe européen MBDA. Mais ce système, lancé depuis des avions de combat, possède une portée plus limitée, estimée autour de 500 kilomètres. Le Tomahawk apporte donc une dimension différente : celle d’un système terrestre de longue portée capable de renforcer la dissuasion conventionnelle allemande.

Un projet initialement lié aux États-Unis

L’arrivée des Tomahawk en Allemagne s’inscrit dans une histoire commencée plusieurs années auparavant. En juillet 2024, les États-Unis et l’Allemagne avaient annoncé leur intention de renforcer la présence de capacités américaines à longue portée en Europe. Le projet prévoyait notamment le déploiement temporaire de systèmes américains capables d’utiliser des missiles Tomahawk sur le sol allemand à partir de 2026.

Mais ce scénario a évolué. Après des changements politiques à Washington et des discussions sur la présence militaire américaine en Allemagne, Berlin a finalement choisi de se porter directement acquéreur des systèmes plutôt que de simplement accueillir une capacité américaine. Le gouvernement allemand souhaite ainsi disposer d’un contrôle accru sur ses propres moyens militaires tout en restant intégré au dispositif de défense de l’Otan.

Selon Reuters, une lettre d’intention signée avec les États-Unis prévoit également l’acquisition de lanceurs terrestres Typhon associés à ces capacités. Le nombre exact de missiles et de lanceurs commandés reste confidentiel pour des raisons de sécurité.

Une réponse aux tensions avec la Russie

Derrière cette acquisition se trouve aussi une logique de dissuasion face à Moscou. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les pays européens ont constaté leurs difficultés à disposer de stocks suffisants de munitions et de moyens capables d’agir à longue distance. La Russie, de son côté, utilise régulièrement des missiles longue portée contre des infrastructures ukrainiennes.

Pour Berlin, les Tomahawk doivent donc contribuer à renforcer la crédibilité militaire allemande au sein de l’Otan. Friedrich Merz a présenté cette acquisition comme un moyen de « combler une lacune stratégique » tout en affirmant que l’Allemagne continuera à soutenir le développement de solutions européennes.

Cette volonté de ne pas dépendre uniquement de Washington est au cœur de la stratégie allemande. Le gouvernement allemand affirme vouloir poursuivre des programmes européens de missiles longue portée, notamment dans le cadre d’une coopération industrielle avec ses partenaires. Les Tomahawk apparaissent ainsi comme une solution intermédiaire permettant de répondre aux besoins immédiats avant l’arrivée éventuelle de systèmes européens.

Une nouvelle page pour la défense allemande

L’achat de missiles Tomahawk constitue un changement symbolique pour l’Allemagne, pays qui a longtemps privilégié une culture stratégique fondée sur la retenue militaire après la Seconde Guerre mondiale. Depuis 2022, cette approche évolue rapidement sous l’effet des bouleversements géopolitiques européens.

Cette acquisition illustre également la montée en puissance des dépenses militaires allemandes et la volonté de Berlin de jouer un rôle plus important dans la sécurité du continent. Entre alliance transatlantique et ambition européenne, l’Allemagne cherche désormais un nouvel équilibre : rester un partenaire majeur des États-Unis tout en développant une autonomie militaire plus affirmée.

Sources :
Reuters – Germany to buy US Tomahawks in shift towards own long-range capability – 9 juillet 2026

Deutsche Welle – Merz: Germany agreed to buy Tomahawk missiles at NATO summit – 9 juillet 2026

ZDF Heute – USA stimmen Verkauf von Tomahawk-Marschflugkörpern an Deutschland zu – 9 juillet 2026