L’Algérie est confrontée à une série d’incendies d’une ampleur exceptionnelle, particulièrement dans l’est du pays et en Kabylie. Près de 200 départs de feu ont été recensés en une seule journée, provoquant la mort de six personnes, l’évacuation d’un hôpital et d’importants dégâts matériels. Les autorités ont déployé un dispositif massif tandis que la justice enquête sur l’origine de plusieurs incendies.
L’Algérie traverse l’un des épisodes d’incendies de forêt les plus violents de ces dernières années. Selon la Protection civile, 195 incendies ont été enregistrés au cours des vingt-quatre heures du mercredi 22 juillet, un niveau inédit qui mobilise l’ensemble des services de secours à travers le pays. Si 142 foyers ont pu être maîtrisés, 53 incendies restaient actifs dans 15 wilayas, illustrant l’ampleur de cette crise qui touche principalement l’est du territoire.
Le ministère algérien de l’Intérieur fait état d’au moins six victimes. À Annaba, les flammes ont menacé un établissement hospitalier, obligeant les autorités à évacuer plus d’une centaine de patients. Dans cette même wilaya, près de 150 habitations ont été endommagées par les incendies.
La région voisine de Guelma est elle aussi durement touchée. Depuis le 8 juillet, une succession de feux de forêt ravage les massifs boisés et les terres agricoles. Selon les médias locaux, ces incendies ont déjà causé la mort de trois personnes et détruit de nombreuses propriétés, malgré l’importante mobilisation des équipes d’intervention.
À Annaba, la Direction des services agricoles a lancé un appel exceptionnel aux exploitants agricoles afin qu’ils mettent leurs réserves d’eau, citernes, remorques et puits à disposition des pompiers. Les agriculteurs ont également été invités à déplacer les stocks de paille vers des zones sécurisées et à procéder au désherbage autour des parcelles récemment moissonnées afin de limiter la propagation des flammes.
La wilaya de Skikda figure également parmi les secteurs les plus sinistrés. Depuis le 17 juillet, plus de 90 incendies y ont été recensés dans seize communes. Alimentés par une vague de chaleur exceptionnelle, avec des températures atteignant jusqu’à 49 °C, les feux ont transformé de vastes surfaces forestières en terres calcinées. D’importants foyers restent également actifs dans les massifs montagneux de Kabylie.
Face à cette situation, les autorités ont déployé un dispositif de grande ampleur. Près de 19 000 pompiers sont mobilisés, épaulés par 704 camions et véhicules spécialisés dans la lutte contre les incendies. Les moyens aériens comprennent six hélicoptères et douze avions bombardiers d’eau. L’armée participe également aux opérations avec deux avions supplémentaires et six hélicoptères.
Le gouvernement a parallèlement décidé de suspendre l’ensemble des festivals prévus en août 2026 afin de concentrer les moyens disponibles sur la gestion de la crise. Un recensement national des dégâts est en cours pour préparer l’indemnisation des habitants touchés par les incendies.
Les autorités n’écartent pas l’hypothèse d’actes criminels. Le ministère de l’Intérieur a indiqué que les enquêtes se poursuivaient afin de déterminer les causes exactes des départs de feu. Dans ce contexte, quatre personnes ont été placées en détention provisoire sur décision du juge d’instruction du pôle pénal spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale à Alger. Elles sont soupçonnées d’avoir provoqué des incendies dans des espaces forestiers et sont poursuivies pour des faits qualifiés d’actes subversifs mettant en danger la population et les biens. Elles encourent la réclusion criminelle à perpétuité, la peine de mort n’étant plus appliquée en Algérie.
Face à la multiplication des sinistres, le député Abdelwahab Yagoubi a appelé le président Abdelmadjid Tebboune à solliciter une aide internationale, notamment auprès des pays disposant d’avions bombardiers d’eau, de moyens logistiques spécialisés et d’équipes expérimentées dans la lutte contre les feux de forêt. Selon lui, recourir à une assistance extérieure constitue une pratique courante lors de catastrophes naturelles dépassant les capacités nationales.
Dans une analyse publiée par le média Maghreb Emergent, le journaliste El Kadi Ihsane estime que l’Algérie a réalisé des progrès techniques en matière de prévention grâce au recours aux drones, à l’imagerie satellitaire et aux moyens aériens. Il souligne toutefois que ces avancées n’ont pas été accompagnées d’une stratégie nationale durable d’adaptation au changement climatique. Il rappelle notamment que le Plan national d’adaptation, sollicité dès 2018 auprès du Fonds vert pour le climat, n’a toujours pas débouché sur un document opérationnel.
Sources :
- Le Point : https://www.lepoint.fr
- Maghreb Emergent (analyse citée dans l’article) : https://maghrebemergent.net