La neutralité politique affichée par le nageur Léon Marchand a relancé un débat qui a fini par convoquer, malgré lui, le champion toulousain Alfred Nakache. En citant ce nageur juif déporté à Auschwitz comme exemple d’un “sportif engagé”, la députée européenne LFI Manon Aubry s’est attiré une réponse cinglante de la famille Nakache, qui lui reproche d’avoir passé sous silence l’essentiel de son histoire.
Tout part d’un entretien accordé par Léon Marchand au 20 Heures de France 2 le dimanche 30 août, dans lequel le nageur refuse de prendre position publiquement sur ses convictions politiques. Cette réserve lui vaut d’être critiqué par une partie de l’opinion, mais aussi défendue, au point que la ministre des Sports Marina Ferrari est intervenue pour soutenir le médaillé olympique. “Les sportifs sont des citoyens comme les autres (…) En République, la liberté, c’est pouvoir exprimer ses opinions. Mais c’est aussi avoir le droit de ne pas le faire”, a-t-elle déclaré.
Manon Aubry invoque Alfred Nakache
Interrogée sur BFM TV, la députée européenne La France insoumise Manon Aubry a dit respecter “l’avis des sportifs de choisir ou ne pas choisir” de s’exprimer. Elle a toutefois tenu à rappeler que d’autres nageurs, avant Léon Marchand, avaient fait un choix différent, citant le champion toulousain Alfred Nakache, qui a donné son nom à l’une des plus grandes piscines de la Ville rose. “Il y a dans l’histoire des nageurs engagés, il y a plein de piscines en France qui s’appellent Nakache, qui s’est entraîné à Toulouse comme Léon Marchand. C’était un nageur antifasciste qui s’est engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale (…) donc il y a des exemples historiques, y compris de nageurs engagés”, a-t-elle insisté, dans la continuité d’un message publié sur X où elle évoquait les sportifs qui “se mobilisent contre le RN”.
“Juif et déporté à Auschwitz” : la famille répond
Cette évocation n’a pas été du goût d’Annabelle Nakache, humoriste et comédienne, dont le grand-père était le cousin d’Alfred Nakache. Dans un message public, elle reproche à la députée insoumise d’avoir cité le nageur sans mentionner qu’il était juif. “Quand tu réécris l’histoire mais que tu ne sais pas écrire (…) il y a certaines personnes ou références qui devraient être interdites dans la bouche de LFI”, écrit-elle, avant de rétablir les faits : “Non seulement il était juif, mais il s’est fait arrêter à la prison Saint-Michel de Toulouse et il s’est fait déporter à Auschwitz avec sa femme et sa fille, et elles ne sont jamais revenues”.
Champion de France à cinq reprises en 1942, Alfred Nakache avait été visé par la presse collaborationniste en raison de son appartenance à la religion juive, avant d’être arrêté par la Gestapo. Sa femme et sa fille sont mortes en déportation ; lui-même survivra à Auschwitz. Pour Annabelle Nakache, l’engagement de son aïeul, surnommé “Artem”, n’a en tout cas rien à voir avec le parti insoumis. Elle se dit “une artiste engagée, contre votre parti, comme l’aurait été Alfred Nakache je pense et toute sa famille, je peux vous le confirmer. Manon Aubry qui utilise le nom Nakache, c’est la meilleure, on aura tout entendu”.
Entre un nageur qui revendique le droit au silence et une élue qui convoque l’histoire pour justifier la prise de parole, le débat sur la neutralité des sportifs n’est pas près d’être clos. Il aura, cette fois, ravivé la mémoire d’un champion dont le nom continue de peser bien au-delà des bassins toulousains.