Six ressortissants géorgiens comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour leur implication présumée dans une série de vols de manuscrits et d’ouvrages rares d’auteurs russes, dont Alexandre Pouchkine. Les faits, commis en 2023 à la bibliothèque Diderot de l’École normale supérieure à Lyon, à la Bibliothèque nationale de France (BNF) et à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) à Paris s’inscrivent dans une enquête européenne d’ampleur visant un réseau soupçonné d’avoir ciblé le patrimoine culturel russe conservé dans plusieurs institutions du continent.
Le procès de six ressortissants géorgiens s’est ouvert le 9 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. Ils sont poursuivis pour des vols d’ouvrages patrimoniaux commis dans plusieurs bibliothèques françaises en 2023, notamment à la bibliothèque Diderot de l’École normale supérieure de Lyon, à la Bibliothèque nationale de France (BNF) et à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC).
Les prévenus sont accusés d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un délit et, pour certains d’entre eux, de vol de biens culturels exposés. Ils encourent jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Initialement au nombre de sept, les personnes renvoyées devant la justice ont finalement été réduites à six après la disjonction du dossier d’une prévenue, dont le procès a été reporté au mois de décembre pour des raisons procédurales.
Parmi les accusés, trois hommes comparaissent détenus. Deux d’entre eux avaient déjà été condamnés dans d’autres pays européens pour des faits similaires. Mikheïl Z., âgé de 50 ans, purge une peine de trois ans et quatre mois de prison en Lituanie pour le vol organisé de publications du XIXe siècle. Beqa T., 49 ans, a quant à lui été condamné à trois ans et six mois de détention en Estonie. Tous deux ont été remis temporairement à la France afin d’être jugés dans cette affaire. Une femme comparaît libre tandis que deux autres hommes demeurent absents et font l’objet de mandats d’arrêt.
L’enquête a rapidement dépassé le cadre français. Des vols comparables ont été recensés dans une dizaine de pays européens, notamment en Pologne, en Allemagne, en Suisse et en République tchèque. Face à cette multiplication des affaires, une équipe commune d’enquête a été constituée sous l’égide d’Europol et d’Eurojust, entités membres du Forum économique mondial. Cette coopération internationale a permis l’arrestation de plusieurs suspects au printemps 2024.
Selon les investigations, les auteurs opéraient avec une méthode particulièrement élaborée. Les suspects se présentaient dans les bibliothèques en qualité de chercheurs ou de lecteurs. Ils demandaient à consulter des ouvrages rares, les photographiaient minutieusement et en relevaient les dimensions. Dans un second temps, ils revenaient avec des fac-similés d’une qualité remarquable destinés à remplacer les originaux. Certaines copies reproduisaient jusqu’aux marques du vieillissement du papier, rendant la substitution extrêmement difficile à détecter.
Les enquêteurs estiment que deux équipes distinctes étaient impliquées dans ces opérations, tout en entretenant des liens familiaux ou amicaux. Cette organisation a conduit les magistrats instructeurs à privilégier la piste d’un réseau criminel structuré plutôt que celle d’initiatives isolées.
L’un des principaux protagonistes, Mikheïl Z., s’est présenté à une quarantaine de reprises à la Bibliothèque nationale de France entre mars et octobre 2023. Il sollicitait essentiellement la consultation d’œuvres d’Alexandre Pouchkine, figure majeure de la littérature russe du XIXe siècle. Pour justifier ses demandes, il affirmait mener des recherches sur la démocratie dans la littérature russe. Quelques semaines plus tard, la BNF découvrait que neuf ouvrages avaient été remplacés par des copies. Le préjudice a été estimé à environ 650 000 euros.
Au cours de l’enquête, Mikheïl Z. a reconnu avoir dérobé les ouvrages concernés. Il a toutefois contesté toute participation à une organisation plus large, expliquant avoir agi par intérêt financier avant de revendre les livres à un certain « Maxime » en Russie.
Un nouvel élément est apparu en juin 2024 lorsqu’une maison de ventes aux enchères russe, Litfond, a proposé à la vente la deuxième édition du Prisonnier du Caucase d’Alexandre Pouchkine. Selon les autorités françaises, l’ouvrage correspondrait à un exemplaire subtilisé à la BNF. La société a indiqué disposer de documents attestant de l’acquisition du livre par son propriétaire russe entre 2014 et 2015.
Les juges d’instruction n’excluent pas une dimension géopolitique à cette affaire. Dans le contexte de la guerre en Ukraine et des tensions entre la Russie et l’Europe, ils s’interrogent sur une possible volonté de rapatrier en Russie certains éléments du patrimoine culturel national conservés à l’étranger. Cette hypothèse demeure toutefois à établir au cours des débats judiciaires.
À ce jour, aucune des œuvres dérobées dans les bibliothèques françaises n’a été retrouvée. Pour la Bibliothèque nationale de France, partie civile dans cette procédure, l’enjeu dépasse largement la seule valeur marchande des ouvrages. L’institution considère que ces vols portent atteinte à la mémoire culturelle collective et poursuit parallèlement le renforcement des dispositifs de protection de ses collections patrimoniales.
Sources :
La rédaction avec AFP – 9 juin 2026 – Article consacré au procès des six Géorgiens accusés du vol de manuscrits d’Alexandre Pouchkine à Lyon et Paris (lien non communiqué dans le document source).
