Un Airbus A320 de la compagnie Aer Lingus sur le tarmac

Alertes à la bombe : en Europe, le canular décolle

Des alertes à la bombe ont visé jeudi 5 novembre au moins une douzaine de vols commerciaux en Europe, de la Bulgarie à la France, en passant par la République tchèque, l’Italie et l’Autriche. Avions déroutés, escortes de chasseurs, fouilles par des démineurs : aucun explosif n’a été trouvé. C’est la deuxième vague de menaces en trois jours, et personne ne l’a revendiquée.

Le vol Aer Lingus devait relier Dublin à Rome. Il a terminé sa course sur la base aérienne d’Évreux, dans l’Eure, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Paris, encadré par des avions militaires français. Selon les services du Premier ministre, cités par l’AFP et Reuters, les 151 passagers et six membres d’équipage ont été mis en sécurité avant l’intervention d’une équipe de déminage. L’armée de l’Air dit avoir fait décoller ses appareils dès le signalement de la menace.

Le même scénario s’est répété ailleurs dans la journée. En Bulgarie, trois vols Ryanair à destination de Sofia ont demandé un atterrissage d’urgence. Ceux partis de Madrid et de Copenhague se sont posés dans la capitale, celui venu de Londres-Stansted a été dérouté vers Plovdiv. Le ministère bulgare des Transports n’a rien trouvé à bord.

De Prague à Rome, la même mécanique

En République tchèque, quatre avions en approche de Prague ont été visés. La police a mené des contrôles pyrotechniques, tous négatifs, et jugé la menace peu crédible. Le Centre national contre le terrorisme, l’extrémisme et la cybercriminalité a repris l’enquête, selon Al Jazeera.

À Rome, un vol Finnair parti d’Helsinki a été accompagné jusqu’à l’aéroport Leonardo da Vinci par un chasseur de l’armée de l’Air italienne. La plateforme a suspendu son trafic une trentaine de minutes, selon l’agence ANSA citée par CBS News. Un vol Wizz Air Milan-Varsovie a été dérouté vers Vienne, où un second appareil Finnair, exploité par Jettime, s’est posé sans encombre. Un Varsovie-Bruxelles de la compagnie polonaise LOT a atterri normalement à Zaventem après une alerte de sécurité. Aucun objet suspect n’a été découvert.

Le décompte varie selon les rédactions : une douzaine de vols pour France Info et Al Jazeera, au moins quinze pour CBS News, une vingtaine pour CNews. Le nombre de bombes, lui, ne varie pas. Zéro.

Deuxième vague en trois jours

Mardi 3 novembre déjà, au moins sept vols européens et un navire de croisière avaient été ciblés. Un aéroport proche de Varsovie avait été brièvement fermé, et un avion Ryanair escorté jusqu’à Rome par l’aviation italienne. Le gouvernement britannique avait alors parlé de canulars malveillants.

Le mode opératoire reste flou. Selon CBS News, une partie des messages a été adressée aux compagnies par courriel, sans que leur contenu soit confirmé. Interrogé par la BBC, Paul Mason, spécialiste de la sûreté du transport aérien, estime que l’ampleur de la vague et la crédibilité apparente des menaces désignent un acte délibéré, porté par un même acteur, plutôt qu’une addition de mauvais plaisants.

Le spectre de la guerre hybride

Aucune revendication, aucune attribution officielle. Les gouvernements concernés se gardent de désigner un responsable. Le contexte nourrit pourtant les interrogations. L’eurodéputé irlandais Barry Andrews a rattaché le déroutement du vol Aer Lingus aux menaces hybrides qui pèsent sur l’Europe, à quelques jours d’un sommet européen à Dublin. En octobre, le directeur du MI5, Ken McCallum, présentait la Russie comme le principal agresseur en matière de guerre hybride, une guerre menée sous le seuil de l’article 5 de l’Otan. Berlin avait de son côté imputé à Moscou une tentative d’attaque de drone contre l’aéroport de Leipzig, en août.

Rien, à ce stade, ne relie les alertes de jeudi à ces épisodes. Mais l’équation a de quoi séduire n’importe quel saboteur : un courriel coûte moins cher qu’un drone, et cloue un avion au sol tout aussi sûrement.

Les enquêtes ouvertes à Prague, Sofia ou Évreux diront peut-être d’où partent ces alertes à la bombe. En attendant, chaque menace bidon se paie en déroutements, en kérosène et en heures d’angoisse pour des passagers qui n’avaient rien demandé. Le canular, lui, voyage gratuitement.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/11/05/ce-que-l-on-sait-des-alertes-a-la-bombe-qui-ont-perturbe-le-trafic-aerien-en-europe_6806848_3211.html