Alertes à la bombe en Europe : un mystérieux groupe se réclamant de l’« État masculin » derrière les menaces ?

Une nouvelle vague de fausses alertes à la bombe a semé la perturbation dans le ciel européen jeudi 5 novembre 2026. Au moins vingt vols ont été visés, provoquant des déroutements et l’intervention d’avions de chasse dans plusieurs pays. Des messages menaçants, attribués à de prétendus « combattants de l’État masculin », évoqueraient un mouvement ultranationaliste russe, sans qu’aucun lien formel ait pu être établi.

Le trafic aérien européen a de nouveau été perturbé jeudi 5 novembre par une série d’alertes à la bombe visant des avions commerciaux. Selon les informations recueillies par l’Agence France-Presse (AFP) auprès des autorités et des compagnies aériennes, au moins vingt vols, principalement opérés par des transporteurs à bas coûts, avaient été concernés en fin d’après-midi.

Ces menaces ont entraîné le déploiement d’avions de chasse, des modifications de trajectoire et plusieurs déroutements. Trois appareils ont notamment dû rejoindre des aéroports différents de leur destination initiale. Tous les avions concernés ont finalement atterri sans incident et les inspections n’ont révélé la présence d’aucun explosif.

Si aucune organisation n’a revendiqué l’ensemble de ces alertes, plusieurs courriels adressés à des infrastructures aéroportuaires européennes portent la signature de prétendus « combattants de l’État masculin ». Une référence qui pourrait renvoyer à un mouvement d’extrême droite apparu en Russie, mais dont l’implication reste à démontrer.

Des menaces explicites envoyées aux aéroports de Rome et Sofia

Les aéroports de Rome, en Italie, et de Sofia, en Bulgarie, figurent parmi les infrastructures ayant reçu des messages particulièrement inquiétants.

Dans un courriel consulté par l’AFP et envoyé à plusieurs adresses électroniques liées à l’aéroport de Sofia, les auteurs accusent leurs destinataires de participer à une « conspiration criminelle » et affirment avoir placé des engins explosifs à bord de plusieurs avions ainsi que dans l’enceinte aéroportuaire.

Le message comporte également une revendication à caractère idéologique. Ses auteurs se présentent comme des « combattants de l’État masculin » et menacent directement un système politique qu’ils qualifient de féministe.

« Votre régime féministe s’en souviendra à jamais », affirment-ils, avant d’annoncer une explosion imminente et de promettre que le ciel deviendra rouge.

Un texte similaire, mentionnant deux vols à destination de Rome, a été transmis à ADR, la société gestionnaire des aéroports de la capitale italienne. Son existence, révélée par le quotidien italien Corriere della Sera, a été confirmée à l’AFP par une source au sein de l’entreprise.

Au Royaume-Uni, l’aéroport de Birmingham a également signalé la réception d’une menace comparable, évoquant cette fois un groupe appelé « État des hommes ». L’alerte s’est révélée infondée. À Londres, un porte-parole de l’aéroport d’Heathrow a indiqué qu’un autre message avait été reçu, mais considéré comme non crédible.

L’« État masculin », un mouvement ultranationaliste russe dans le viseur

La signature utilisée dans ces courriels attire particulièrement l’attention en raison de sa ressemblance avec le nom d’un mouvement radical russe, connu sous l’appellation « État masculin », ou Male State en anglais.

En Russie, cette organisation porte le nom de Moujskoe gossoudarstvo. Elle est associée à une idéologie ultranationaliste et à des positions radicales sur les rapports entre les hommes et les femmes.

Interrogée par l’AFP, Lou Osborn, fondatrice de l’ONG Inpact, spécialisée dans la surveillance des activités clandestines russes, décrit un mouvement d’extrême droite utilisant notamment des symboles nazis, sans pour autant le qualifier d’organisation nazie.

Selon cette spécialiste, le groupe rassemble plusieurs milliers de membres et soutient la guerre menée par la Russie en Ukraine, notamment à travers des activités de propagande.

Son histoire comporte toutefois une particularité. En octobre 2021, quelques mois avant le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, la justice russe avait elle-même classé ce mouvement parmi les organisations extrémistes.

Cette interdiction ne permet cependant pas de déterminer les relations que le groupe pourrait aujourd’hui entretenir avec les autorités russes.

Lou Osborn souligne ainsi que son degré d’articulation avec le pouvoir demeure inconnu.

Surtout, aucune preuve disponible ne permet d’affirmer que les auteurs des courriels appartiennent réellement à cette organisation. L’utilisation de son nom pourrait relever d’une revendication authentique comme d’une usurpation destinée à brouiller les pistes.

Des avions de chasse mobilisés en France, en Italie et en Bulgarie

Face à ces menaces, plusieurs États européens ont déclenché des procédures de sécurité aérienne.

En France, deux avions de combat de l’armée de l’Air ont été mobilisés pour escorter, au-dessus de la Normandie, un Airbus A320 de la compagnie irlandaise Aer Lingus reliant Dublin à Rome.

L’intervention faisait suite à une alerte transmise par les autorités italiennes.

L’incident a pris une dimension judiciaire lorsque le pilote de l’appareil a initialement refusé de se poser sur la base militaire d’Évreux, située à une centaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Selon les informations rapportées par l’AFP, il privilégiait un atterrissage dans un aéroport civil.

Ce refus a conduit la justice française à ouvrir une enquête.

L’appareil a finalement atterri sans incident. Dans une déclaration transmise à l’AFP, Aer Lingus a assuré que ses pilotes et la compagnie avaient pleinement coopéré avec les autorités françaises.

En Italie, un vol Finnair reliant Helsinki à Rome a également été escorté par des chasseurs italiens jusqu’à l’aéroport de Fiumicino. Un second appareil de la compagnie finlandaise, à destination de Vienne, a lui aussi été concerné par une alerte.

Après vérification, Finnair a indiqué qu’aucune anomalie n’avait été détectée.

La compagnie Wizz Air a également dû modifier le parcours d’un avion qui devait relier Milan Malpensa à Varsovie. L’appareil a finalement atterri à Vienne, en Autriche.

Trois avions Ryanair escortés par des MiG-29 bulgares

La Bulgarie figure parmi les pays les plus directement touchés par cette série de menaces.

Jeudi matin, l’armée de l’air bulgare a fait décoller des chasseurs MiG-29 afin d’escorter trois appareils de la compagnie Ryanair explicitement mentionnés dans un courriel reçu par l’aéroport de Sofia.

Deux vols, en provenance de Madrid et de Copenhague, ont pu rejoindre normalement la capitale bulgare.

Le troisième, parti de Londres-Stansted, a été dérouté vers l’aéroport de Plovdiv, situé à l’est de Sofia.

Les opérations de contrôle menées après les atterrissages n’ont permis de découvrir aucun engin explosif, a confirmé une porte-parole du ministère bulgare de l’Intérieur à l’AFP.

Les perturbations ont dépassé le seul territoire bulgare. Trois vols liés à Madrid ont également été visés, tout comme quatre appareils ayant atterri à Prague dans la matinée.

En République tchèque, la porte-parole de l’aéroport de Prague, Denisa Hejtmankova, a précisé que les menaces avaient été transmises par courrier électronique depuis des adresses anonymes.

D’autres liaisons européennes ont été concernées, notamment un vol Air Serbia entre Belgrade et Bucarest, un appareil de la compagnie polonaise LOT reliant Varsovie à Bruxelles et un vol Wizz Air entre Milan et Bucarest.

Une succession de fausses alertes depuis le début de la semaine

Les événements de jeudi ne constituent pas un épisode isolé.

Dès lundi 2 novembre, un appareil Wizz Air assurant la liaison entre Londres-Luton et Sofia avait été contraint d’effectuer un atterrissage d’urgence à Budapest à la suite d’une alerte à la bombe.

Le lendemain, mardi 3 novembre, une dizaine de vols commerciaux européens avaient également été visés par des menaces similaires.

Dans chaque cas, les appareils ont fait l’objet d’inspections après leur atterrissage. Aucun dispositif explosif suspect n’a été découvert.

Cette répétition des incidents intervient dans un contexte de préoccupations croissantes concernant les opérations dites hybrides en Europe.

Ces actions peuvent prendre différentes formes, notamment des campagnes de désinformation, des actes de sabotage, des cyberattaques ou des tentatives de perturbation des infrastructures essentielles.

Certaines opérations de ce type ont été attribuées par des autorités ou des chercheurs à des acteurs liés à la Russie et, dans certains cas, à l’Iran.

Pour autant, aucun élément rapporté à ce stade ne permet de rattacher directement les fausses alertes de cette semaine à un État étranger ou à une opération coordonnée par les autorités russes.

La multiplication des menaces suffit néanmoins à provoquer d’importantes mobilisations de sécurité. Même lorsqu’elles se révèlent infondées, ces alertes peuvent entraîner des déroutements, l’intervention de moyens militaires et des perturbations du trafic aérien international.

Au 6 novembre, l’identité réelle des auteurs des courriels et leurs éventuelles connexions avec le mouvement russe « État masculin » restent donc inconnues.

Sources :

Le Parisien avec AFP, 6 novembre 2026.

Le Parisien – Ce que l’on sait des alertes à la bombe en Europe, 5 novembre 2026.