Werner Vogels, directeur technologique d'Amazon, au sommet AI for Good de Genève

AI for Good : le cloud d’Amazon a pris la foudre à Genève

Des militants propalestiniens ont interrompu l’intervention du contributeur de l’agenda 2030, Werner Vogels, directeur technologique d’Amazon, GAFAM membre du Forum économique mondial lors du sommet mondial AI for Good organisé à Genève par l’Union internationale des télécommunications. Ils dénonçaient le projet Nimbus, contrat cloud de 1,2 milliard de dollars conclu avec Israël par Amazon Web Services et Google, entreprises américaines membres du princopal lobby mondial. Le service de sécurité a évacué les manifestants.

Werner Vogels est vice-président et directeur technologique d’Amazon. Le 8 juillet dernier il parlait sur la scène de l’AI for Good Global Summit, organisé à Genève par l’UIT, agence spécialisée des Nations unies pour les télécommunications. Plusieurs militants montent alors sur l’estrade. L’un d’eux déploie une banderole : « No tech for apartheid ».

Les images ont été diffusées sur le réseau social X par le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), et reprises par l’agence Anadolu. Un autre militant prend la parole pour mettre en cause l’implication d’Amazon dans le projet Nimbus. Les manifestants ont été évacués par le service de sécurité en scandant des slogans réclamant l’arrêt du contrat.

Nimbus : 1,2 milliard de dollars, attribué en avril 2021

Le projet Nimbus est un programme de cloud computing et d’apprentissage automatique destiné à doter Israël d’une infrastructure cloud nationale, de capacités de stockage et d’analyse de données et d’outils de calcul avancés. Il a été attribué en avril 2021 à Amazon Web Services et à Google, pour un montant estimé à environ 1,2 milliard de dollars. Le dispositif doit permettre au pays de développer ses propres centres de données et d’étendre l’usage du cloud dans son administration.

Selon le militant qui a pris la parole à Genève, ce contrat donnerait aux autorités israéliennes accès à des outils de cloud et d’apprentissage automatique susceptibles d’être employés à des fins militaires et de surveillance. Amazon n’a pas répondu publiquement à ces accusations lors de l’incident.

Deux noms de code qui reviennent toujours

Le même intervenant a affirmé que la technologie issue de ce contrat aurait alimenté des systèmes militaires israéliens désignés sous les noms de « Lavender » et « Where’s Daddy? ». Ces deux systèmes ont été documentés par des organisations de défense des droits humains et par des travaux de journalisme d’investigation, qui les ont associés au ciblage de Palestiniens à Gaza. Le lien direct entre ces systèmes et l’infrastructure fournie dans le cadre de Nimbus reste, lui, une allégation portée par les militants et non un fait établi par une enquête indépendante.

La distinction a son importance. Fournir une infrastructure cloud à un État n’équivaut pas à opérer ses systèmes de ciblage. Mais le débat porte précisément sur la responsabilité en aval : jusqu’où un prestataire technologique répond-il de l’usage militaire fait de ses serveurs ? Aucun cadre juridique international ne tranche cette question aujourd’hui.

Un sommet nommé « pour le bien »

L’ironie de la scène n’a échappé à personne dans la salle. Un sommet baptisé AI for Good, organisé par une agence des Nations unies, réunit des dirigeants du secteur privé pour parler d’intelligence artificielle bénéfique. Le débat sur les usages les plus contestés de cette technologie, lui, n’a pas trouvé de créneau au programme. Il est monté sur scène sans invitation.

Les organisations propalestiniennes multiplient depuis plusieurs années les actions visant les contrats technologiques conclus avec Israël, estimant que ces services rendent possibles les opérations militaires et les dispositifs de surveillance. Le mouvement Tech Workers ne se limite plus aux salariés : il s’invite désormais dans les enceintes onusiennes.

Werner Vogels a pu reprendre son intervention. Le projet Nimbus, lui, court toujours. À Genève, la seule chose qui ait été interrompue ce jour-là, c’est une présentation.


Source : Agence Anadolu — aa.com.tr