Ahmed al-Charaa : la Syrie franchit une nouvelle étape avec la formation du premier Parlement de l’après-Assad

Près de dix-neuf mois après la chute de Bachar al-Assad, la Syrie entre dans une nouvelle phase de sa transition politique. Le président Ahmed al-Charaa a annoncé le 1er juillet 2026 la composition complète du premier Parlement de l’ère post-Assad, une assemblée appelée à accompagner la reconstruction institutionnelle du pays. Cette étape, présentée comme historique par les nouvelles autorités, intervient toutefois dans un contexte où les interrogations demeurent nombreuses sur la représentativité et l’indépendance du futur pouvoir législatif.

Le président syrien Ahmed al-Charaa a officialisé, le 1er juillet 2026, la nomination des 70 derniers membres du nouveau Parlement syrien, achevant ainsi la composition d’une Assemblée populaire de 210 députés. Cette annonce marque la naissance du premier Parlement depuis la chute du régime de Bachar al-Assad, renversé en décembre 2024 à l’issue d’une offensive menée par les forces rebelles dirigées par Ahmed al-Charaa.

La première séance de cette nouvelle Assemblée est prévue le 6 juillet 2026 à Damas. Les parlementaires y prêteront serment avant d’entamer leurs travaux dans un pays qui tente encore de reconstruire ses institutions après plus d’une décennie de guerre civile et la disparition du système politique dominé par la famille Assad depuis plus de cinquante ans.

Une transition politique engagée depuis la chute d’Assad

La chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 a profondément bouleversé l’organisation politique syrienne. Après plusieurs semaines de transition, Ahmed al-Charaa, ancien chef de l’organisation Hayat Tahrir al-Cham (HTC), a pris la tête des autorités de transition avec la promesse de reconstruire l’État et de mettre en place de nouvelles institutions.

En mars 2025, une déclaration constitutionnelle provisoire est adoptée afin d’encadrer cette période transitoire. Elle instaure un régime présidentiel temporaire et prévoit la création d’un Parlement chargé d’exercer le pouvoir législatif pendant une durée initiale de 30 mois, en attendant l’élaboration d’une nouvelle Constitution et l’organisation d’élections générales. La mise en place de cette Assemblée aura toutefois nécessité plusieurs mois. Les autorités ont organisé des collèges électoraux régionaux chargés de désigner une partie des représentants, tandis que le président disposait du pouvoir de nommer directement un tiers des sièges.

Un Parlement composé de 210 membres

La nouvelle Assemblée populaire comprend 210 parlementaires.

Les 140 premiers députés avaient été désignés progressivement au cours de l’année 2025 et du premier semestre 2026 par des collèges électoraux régionaux. Le 1er juillet 2026, Ahmed al-Charaa a complété la composition de l’institution en nommant personnellement les 70 derniers membres, conformément aux dispositions prévues par la Constitution provisoire.

Parmi ces nouvelles nominations figurent 15 femmes, portant leur représentation totale à 21 élues selon les autorités syriennes. Cette décision répond en partie aux critiques formulées après les premières désignations, qui avaient laissé une place très limitée aux femmes au sein de la future Assemblée. Le gouvernement assure également avoir intégré plusieurs personnalités représentant différentes communautés religieuses et ethniques. Néanmoins, la composition exacte de cette représentation n’a pas été détaillée officiellement.

Malgré cette avancée institutionnelle, l’ensemble du territoire syrien n’a pas participé au processus. La province méridionale de Soueïda, majoritairement druze, n’a pas organisé d’élections en raison d’une situation sécuritaire toujours instable et d’un contrôle limité du pouvoir central. Deux représentants issus de cette région figurent néanmoins parmi les personnes directement nommées par le président. Les régions du nord-est, longtemps administrées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), avaient initialement été exclues avant qu’une partie du processus électoral puisse finalement s’y dérouler au printemps 2026, après le retour des forces gouvernementales dans plusieurs secteurs.

Ces disparités alimentent les critiques de plusieurs observateurs qui estiment que la nouvelle Assemblée ne reflète pas encore pleinement la diversité politique, ethnique et confessionnelle de la Syrie.

Un Parlement aux pouvoirs limités

Si la création de cette Assemblée constitue une étape symbolique importante, ses prérogatives restent relativement encadrées. Le Parlement pourra examiner les projets de loi proposés par l’exécutif, voter les textes et soumettre certaines initiatives législatives. En revanche, la Constitution provisoire accorde encore une place prépondérante au président Ahmed al-Charaa, qui conserve d’importantes prérogatives exécutives pendant toute la période de transition.

Pour plusieurs analystes internationaux, cette concentration du pouvoir suscite des interrogations sur la capacité du Parlement à exercer un véritable contre-pouvoir. Certains spécialistes estiment néanmoins que l’installation d’une institution législative demeure indispensable pour remplacer progressivement les lois héritées du régime Assad et créer un cadre juridique adapté à la reconstruction du pays. Parmi les principaux dossiers qui attendent les députés figurent l’élaboration d’une nouvelle législation électorale, la réforme de nombreuses lois adoptées sous l’ancien régime, la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle ainsi que la création d’un environnement juridique destiné à favoriser les investissements nécessaires à la reconstruction de l’économie syrienne.

Une étape décisive mais encore fragile

L’installation de ce premier Parlement constitue l’un des symboles les plus visibles de la transition politique engagée depuis la fin du régime Assad. Pour les nouvelles autorités, cette Assemblée représente le début d’une normalisation institutionnelle après plusieurs années de guerre et de vacance parlementaire. Cependant, de nombreux défis restent à relever. Les tensions communautaires persistent dans plusieurs régions du pays, certaines zones échappent encore partiellement au contrôle de Damas et les attentes de la population en matière de sécurité, de reconstruction économique et de réformes démocratiques demeurent considérables.

Le fonctionnement effectif de cette Assemblée, sa capacité à produire de nouvelles lois et à accompagner la rédaction d’une future Constitution seront désormais observés avec attention, tant par les Syriens que par les partenaires internationaux, alors que le pays tente d’ouvrir une nouvelle page de son histoire politique après plus d’un demi-siècle de pouvoir exercé par la famille Assad.

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