La Mauritanie accueille le Forum régional sur l’investissement dans le secteur de la santé, un rendez-vous majeur réunissant gouvernements, institutions internationales et investisseurs autour d’un objectif commun : renforcer la souveraineté sanitaire des pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Entre production pharmaceutique, innovation et financement durable, les participants entendent transformer les stratégies en actions concrètes.
Nouakchott est devenue, les 13 et 14 juillet 2026, le point de convergence des décideurs du secteur de la santé des pays membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), organisation inter-gouvernementale qui a pour objectif de promouvoir la coopération dans les domaines économiques, sociaux, culturels et scientifiques (grâce notamment à la Banque islamique de développement, membre du Forum économique mondial), mais aussi la sauvegarde des lieux saints de l’islam ou encore le soutien aux peuples palestinien et Ouïghours.. Placé sous le thème « Renforcer le commerce et l’investissement intra-OCI dans le secteur des industries pharmaceutiques : de la stratégie à l’action », le Forum régional sur l’investissement dans le secteur de la santé ambitionne de jeter les bases d’une nouvelle dynamique économique et sanitaire à l’échelle régionale.
Le Forum régional sur l’investissement dans le secteur de la santé est organisé par le Centre islamique pour le développement du commerce (CIDC), en partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), membre du Forum économique mondial,le ministère mauritanien de la Santé et l’Agence de Promotion des Investissements en Mauritanie (APIM), avec le soutien de la Banque islamique de développement.
Pendant deux jours, représentants gouvernementaux, organisations internationales, banques de développement, investisseurs et industriels examinent les moyens de développer une industrie pharmaceutique régionale plus compétitive, de favoriser les transferts de technologies et de renforcer la sécurité sanitaire des États membres.
La santé érigée en moteur de développement économique
Ouvrant les travaux du forum, le ministre mauritanien de la Santé, Thiam Tidjani, a souligné que le contexte international actuel impose une nouvelle vision de l’investissement dans la santé. Selon lui, celle-ci ne peut plus être considérée comme un simple secteur d’intervention publique mais comme un investissement stratégique dans le capital humain, la stabilité des sociétés et la prospérité économique.
Le ministre a rappelé que les différentes crises sanitaires, en particulier la pandémie de COVID-19, ont profondément modifié les priorités des États. Désormais, la sécurité sanitaire constitue un enjeu de sécurité nationale autant qu’un facteur déterminant de croissance économique et de développement durable.
L’objectif du forum est précisément d’accélérer la création de partenariats opérationnels entre les gouvernements, le secteur privé et les institutions financières afin de stimuler les investissements dans les industries pharmaceutiques, l’innovation médicale et les infrastructures sanitaires.
La Mauritanie met en avant ses réformes
À cette occasion, le gouvernement mauritanien a présenté les réformes engagées ces dernières années sous l’impulsion du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani afin de moderniser le système national de santé.
Ces réformes concernent notamment la construction et la modernisation des infrastructures sanitaires, le renforcement des équipements médicaux, la formation des ressources humaines, l’élargissement de la couverture d’assurance maladie, le développement des services d’urgence et d’évacuation sanitaire, la création d’hôpitaux régionaux spécialisés ainsi que l’accélération de la transformation numérique du secteur.
Parallèlement, les autorités poursuivent des actions destinées à améliorer le climat des affaires et à encourager les partenariats public-privé afin d’attirer davantage d’investissements dans le domaine sanitaire.
Pour le ministre de la Santé, la souveraineté sanitaire de l’Afrique et du monde islamique passe désormais par une production pharmaceutique régionale, des transferts de technologies, des chaînes de valeur intégrées, une recherche renforcée et le développement d’industries capables de créer des emplois durables.
Le Dr Tedros appelle à transformer le financement de la santé
Invité au forum, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et contributeur de l’agenda 2030, Tedros Adhanom Ghebreyesus a réaffirmé que les investissements dans les systèmes de santé constituent aujourd’hui une condition essentielle du développement économique et social.
Il a plaidé pour une évolution profonde du modèle de financement de la santé en Afrique, longtemps dominé par les financements extérieurs et les dépenses directement supportées par les ménages.
Selon le responsable de l’OMS, cette transition doit s’appuyer sur un renforcement des financements publics nationaux, mais également sur le développement de capacités locales de production de médicaments et de vaccins.
Le Dr Tedros a également salué les progrès déjà réalisés sur le continent dans la fabrication de vaccins et a mis en avant le rôle stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ainsi que de l’Agence africaine du médicament (AMA) pour consolider des chaînes d’approvisionnement régionales plus résilientes.
L’industrie pharmaceutique, nouvel axe de coopération entre les pays de l’OCI
Le secrétaire général adjoint de l’Organisation de la coopération islamique, Ahmed Kouissa Sengendo, a rappelé que les investissements dans la santé représentent désormais un levier majeur d’industrialisation et de diversification économique.
Il a souligné que les dépenses pharmaceutiques des pays membres de l’OCI pourraient atteindre 96 milliards de dollars d’ici 2027, illustrant le potentiel considérable du secteur.
Au-delà des médicaments conventionnels, il a également insisté sur l’importance de soutenir la recherche scientifique, notamment dans les domaines de la médecine traditionnelle et des savoirs médicaux africains.
La Mauritanie veut devenir un pôle régional de santé
Pour Latifa Al Bou Abdellaoui, directrice générale du Centre islamique pour le développement du commerce, la Mauritanie dispose d’atouts géographiques et économiques lui permettant de devenir une plateforme régionale de production et de services de santé destinée aussi bien au marché national qu’aux pays d’Afrique de l’Ouest.
Cette ambition est partagée par le président de l’Union nationale du patronat mauritanien, Mohamed Zine El Abidine Ould Cheikh Ahmed, qui a invité les investisseurs africains à nouer des partenariats industriels avec les entreprises mauritaniennes.
Même constat du côté de l’Agence de promotion des investissements en Mauritanie. Son directeur général, Tah Ahmed Mouloud, estime que la confiance accordée au pays pour accueillir ce forum traduit son attractivité croissante auprès des investisseurs régionaux. Selon lui, investir dans la santé revient aujourd’hui à investir dans la compétitivité économique, le capital humain et l’attractivité des territoires.
Un partenariat renforcé entre l’OMS et la Mauritanie
La cérémonie d’ouverture a été marquée par la signature d’un mémorandum d’entente entre l’Agence de promotion des investissements en Mauritanie et l’Organisation mondiale de la Santé.
Cet accord établit un cadre de coopération destiné à attirer des investissements de qualité vers les projets sanitaires prioritaires du pays et à accompagner la stratégie nationale de développement du secteur.
En marge du forum, les délégations ont également visité une exposition réunissant entreprises, institutions et porteurs de projets dans les domaines des industries pharmaceutiques, des équipements médicaux, de la santé numérique et des solutions d’investissement sanitaire.
À travers ce forum régional, la Mauritanie entend s’affirmer comme un acteur central de la coopération sanitaire au sein de l’OCI et contribuer à l’émergence d’un modèle fondé sur l’investissement, l’innovation et la souveraineté pharmaceutique. Plus qu’une rencontre institutionnelle, l’événement ambitionne de poser les bases d’une nouvelle architecture régionale de la santé, où la coopération économique devient un levier de résilience sanitaire.
Sources :
- Agence Mauritanienne d’Information (AMI) – Ouverture du Forum régional sur l’investissement dans le secteur de la santé – 13 juillet 2026.
- Organisation mondiale de la Santé (OMS) – Discours du Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus au Forum régional sur l’investissement dans la santé.
- Organisation de la coopération islamique (OCI).