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Photo : Vi..Cult... / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.5)

Affaire Lafarge : les ex-dirigeants libérés avant le procès en appel

Nouveau rebondissement dans l’affaire Lafarge : la cour d’appel de Paris a ordonné, mardi 26 mai 2026, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de l’ancien PDG Bruno Lafont et de son ex-bras droit Christian Herrault. Les deux hommes, incarcérés depuis la mi-avril après leur condamnation pour financement du terrorisme, attendent désormais la tenue de leur procès en appel.

La cour d’appel de Paris a suivi l’avis du ministère public, qui avait lui-même requis une remise en liberté assortie d’un contrôle judiciaire lors de l’audience du 19 mai. Devant la cour, l’avocat général Frédéric Bernardo avait rappelé un principe fondamental du droit français : la présomption d’innocence prévaut tant qu’une condamnation n’est pas définitive, et la détention provisoire doit rester l’exception.

Bruno Lafont, 69 ans, ancien patron du CAC 40, et Christian Herrault, 75 ans, ex-directeur général adjoint, avaient été condamnés respectivement à six et cinq ans d’emprisonnement ferme par le tribunal correctionnel de Paris le 13 avril 2026. À l’issue du jugement, un mandat de dépôt à l’audience avait conduit à leur incarcération immédiate à la prison de la Santé.

5,6 millions d’euros versés à des groupes jihadistes

L’affaire Lafarge porte sur des faits remontant à 2013 et 2014. À cette époque, la filiale syrienne du groupe, Lafarge Cement Syria (LCS), aurait versé près de 5,6 millions d’euros à des groupes armés jihadistes, dont l’organisation État islamique, afin de maintenir en activité une cimenterie située à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Au total, neuf prévenus ont été reconnus coupables le 13 avril dernier. L’entreprise Lafarge, ancien fleuron industriel français aujourd’hui intégré au groupe suisse Holcim depuis la fusion de 2015, figure également parmi les condamnés. L’ensemble des prévenus a fait appel, ce qui ouvre la voie à un nouveau procès dans les prochains mois.

Du mandat de dépôt à la détention provisoire

Le fait que les condamnés aient interjeté appel change la nature juridique de leur détention. Le mandat de dépôt prononcé à l’audience laisse place au régime de la détention provisoire, dont les critères diffèrent et qui doit être justifiée par des risques précis : fuite, concertation frauduleuse, réitération.

Comparaissant en visioconférence depuis sa cellule de la Santé, Bruno Lafont avait écarté toute volonté de fuir, malgré l’ampleur de son patrimoine financier. “J’ai mon honneur à défendre et j’y tiens comme quelque chose d’absolument primordial, je respecterai les conditions”, avait déclaré l’ancien dirigeant. Son avocate, Jacqueline Laffont, avait qualifié l’incarcération de “particulièrement choquante, frappante, violente”.

Une libération assortie de conditions strictes

Le contrôle judiciaire mis en place encadre désormais étroitement la vie quotidienne des deux ex-dirigeants. Le parquet général avait notamment requis qu’il leur soit interdit de communiquer entre eux, alors que l’administration pénitentiaire les avait paradoxalement placés dans la même cellule pendant quarante-trois jours.

Solange Doumic, avocate de Christian Herrault, avait souligné à l’audience l’incohérence du dispositif : “Quarante-trois jours et nuits à partager la plus grande intimité et il faudrait maintenant leur interdire de se parler.” La cour a tranché ce 26 mai en optant pour une mise en liberté sous contrôle, avec des obligations dont le détail sera précisé dans l’ordonnance.

Un dossier hors normes en attente d’un nouveau procès

L’affaire Lafarge est l’un des dossiers les plus emblématiques de la justice économique française. Outre le volet pénal, le cimentier reste sous le coup de poursuites aux États-Unis, où il a déjà plaidé coupable en 2022 devant la justice fédérale pour des faits comparables. La procédure d’appel à Paris portera notamment sur la qualification de financement du terrorisme et sur l’imputabilité personnelle des décisions prises au niveau du groupe.

Pour Bruno Lafont et Christian Herrault, la sortie de la Santé ne met pas un terme à la procédure : ils retrouvent la liberté en présumés innocents jusqu’à la décision définitive de la cour d’appel. Le calendrier précis de ce nouveau procès n’a pas encore été fixé.


Source : Le Monde — Affaire Lafarge : l’ex-PDG Bruno Lafont et son bras droit libérés sous contrôle judiciaire, en attente de leur procès en appel

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