AfD : poussée historique en Allemagne, Friedrich Merz s’accroche après le « désastre » de la CDU

La poussée de l’AfD et la victoire de Die Linke à Berlin infligent un sérieux revers à la CDU de Friedrich Merz, chancelier proche du Forum économique mondial. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les premières projections placent l’extrême droite autour de 37 %, tandis que les conservateurs tombent aux environs de 5,5 %. Malgré ce dimanche noir, le chancelier allemand écarte implicitement l’idée d’un départ et promet de poursuivre ses réformes.

Le verdict des urnes est brutal pour Friedrich Merz. Deux élections régionales organisées dimanche 20 septembre 2026 ont sanctionné la CDU du chancelier allemand, tandis que l’Alternative für Deutschland (AfD) poursuit sa progression spectaculaire dans l’est du pays et que Die Linke s’impose à Berlin.

En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, dans le nord-est de l’Allemagne, les premières projections de l’ARD donnent l’AfD en tête avec environ 37 % des suffrages, devant le Parti social-démocrate (SPD), crédité d’environ 35,5 %. La CDU s’effondre à seulement 5,5 %, à peine au-dessus du seuil nécessaire pour entrer au Parlement régional.

Un résultat que Friedrich Merz n’a lui-même pas tenté d’enrober. Le chancelier a parlé d’un « désastre » pour sa formation, reconnaissant également que le mauvais résultat régional était lié au manque de soutien dont bénéficie son gouvernement fédéral.

L’AfD plus que double son score

La progression de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale est considérable. En 2021, le parti avait obtenu 16,7 % des suffrages. Cinq ans plus tard, il fait plus que doubler ce résultat et pourrait devenir la première force politique de ce Land.

Le SPD résiste toutefois beaucoup mieux qu’annoncé pendant une partie de la campagne. Autour de 35,5 à 36 %, les sociaux-démocrates de la ministre-présidente Manuela Schwesig restent au coude-à-coude avec l’AfD.

Cette résistance pourrait s’avérer déterminante au moment de former le prochain gouvernement régional. Arriver en tête ne garantit pas à l’AfD de prendre les commandes du Land : les autres grandes formations allemandes maintiennent jusqu’ici leur refus de gouverner avec le parti.

La situation pourrait donc déboucher sur des négociations complexes entre les autres forces représentées au Parlement régional. Avant le scrutin, l’actuelle coalition SPD-Die Linke était donnée en difficulté pour conserver seule sa majorité.

Pour la CDU, le résultat prend en revanche une dimension historique. Autour de 5,5 %, le parti de Friedrich Merz frôle le seuil des 5 % et enregistrerait, si ce niveau est confirmé, son plus mauvais résultat dans une élection régionale depuis la fondation de la République fédérale d’Allemagne.

Die Linke remporte son pari à Berlin

À Berlin, la soirée électorale prend une tout autre couleur. Die Linke arrive nettement en tête des premières projections avec environ 24,5 à 26 % des suffrages.

Sa tête de liste, Elif Eralp, sort renforcée d’une campagne largement marquée par les questions sociales et la crise du logement. La CDU arrive deuxième avec environ 20 %, loin de son résultat de 2023, lorsqu’elle avait obtenu 28,2 %.

L’AfD progresse également fortement dans la capitale allemande. Selon les premières estimations diffusées dans la soirée, le parti obtient entre 13,8 et 15,7 % des voix, contre 9,1 % en 2023.

Le scrutin pourrait donc bouleverser les équilibres politiques de la capitale. Une alliance entre plusieurs formations de gauche pourrait ouvrir la voie à une nouvelle majorité, mais la composition du futur exécutif dépendra des résultats définitifs et des négociations entre partis.

Devant ses militants, Elif Eralp a célébré un résultat qu’elle a présenté comme une victoire de la justice et de l’ouverture face à la haine. Elle a également promis de travailler à un Berlin plus abordable, alors que la question du logement s’est imposée comme l’un des thèmes majeurs de la campagne.

Friedrich Merz exclut de changer de cap

Face à l’ampleur de la défaite, Friedrich Merz a choisi de prendre lui-même la parole dès dimanche soir. Une intervention particulièrement remarquée pour des élections régionales, tant le scrutin avait pris des allures de test national pour son gouvernement.

Le chancelier a reconnu la gravité du résultat, mais n’a donné aucun signe laissant penser qu’il envisageait de quitter ses fonctions.

« Les réformes doivent venir », a-t-il déclaré, réaffirmant sa volonté de poursuivre le programme engagé par son gouvernement.

« Je veux faire avancer notre pays », a également assuré Friedrich Merz.

Sa prise de parole vise à couper court aux spéculations qui entouraient depuis plusieurs jours son avenir politique. La pression s’était accentuée sur le chancelier à mesure que les sondages annonçaient un effondrement de la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Friedrich Merz a également évoqué une érosion de la confiance dans les institutions allemandes, dans un contexte de progression des formations situées aux extrémités du spectre politique.

Une nouvelle défaite après la Saxe-Anhalt

La gifle du 20 septembre n’arrive pas seule. Deux semaines auparavant, le 6 septembre, la CDU avait déjà subi une lourde défaite lors des élections régionales en Saxe-Anhalt.

L’AfD y avait obtenu 43,8 % des suffrages, contre seulement 17,2 % pour la CDU. Le parti d’extrême droite avait décroché 39 des 83 sièges du Parlement régional, à trois sièges de la majorité absolue.

Cette succession de scrutins installe donc une tendance politique préoccupante pour les conservateurs : dans plusieurs Länder de l’ancienne Allemagne de l’Est, l’AfD est désormais capable de devancer très largement les partis traditionnels.

La formation avait déjà franchi un cap lors des élections législatives fédérales de 2025 en devenant la deuxième force politique du pays.

Pour Friedrich Merz, au pouvoir depuis seize mois, l’enjeu dépasse ainsi largement les résultats de deux élections locales. Son gouvernement doit composer avec une économie allemande fragilisée par plusieurs années de faible croissance, les débats sur les dépenses publiques et la protection sociale, la politique migratoire ainsi que les questions de défense et de sécurité européennes.

Le chancelier avait notamment promis de redynamiser l’économie, de renforcer les capacités militaires allemandes face à la menace russe et de réduire l’immigration irrégulière. Une partie de cette stratégie devait permettre à la CDU de reconquérir les électeurs partis vers l’AfD.

Les résultats de ce dimanche montrent, à ce stade, que cette reconquête ne s’est pas produite dans les urnes du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

La stratégie du « pare-feu » sous pression

La progression de l’AfD pose également une question centrale au système politique allemand : celle du « Brandmauer », littéralement le « mur coupe-feu ».

Ce principe consiste, pour les principaux partis démocratiques allemands, à refuser toute coalition ou coopération gouvernementale avec l’AfD. Il demeure jusqu’ici une ligne politique majeure, particulièrement sensible dans un pays où le rapport au passé nazi continue de peser fortement sur le débat autour de l’extrême droite.

La codirigeante de l’AfD, Alice Weidel, réclame régulièrement l’abandon de ce cordon sanitaire. Les résultats enregistrés dans l’est de l’Allemagne renforcent mécaniquement la pression autour de cette question : plus le poids électoral de l’AfD augmente, plus la constitution de majorités sans elle peut devenir complexe.

En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, cette équation apparaît désormais au grand jour. Même en arrivant en tête, l’AfD pourrait rester écartée de l’exécutif régional si les autres formations parviennent à bâtir une majorité alternative.

Un dimanche lourd de conséquences pour la CDU

La séquence électorale place finalement Friedrich Merz devant une contradiction politique majeure. Le chancelier affirme vouloir maintenir son programme et accélérer les réformes au moment même où son parti essuie des défaites particulièrement sévères.

Le soutien de plusieurs responsables de la CDU lui permet pour l’instant de tenir la ligne. Aucun dirigeant majeur du parti n’a publiquement réclamé son départ dimanche soir, même si une député aurait demandé sa démission au moment où nous écrivions ces lignes.

Mais la succession des revers transforme progressivement les élections régionales en tests de son autorité nationale. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU se retrouve désormais au bord du seuil des 5 %, alors que l’AfD dépasse les 37 %. À Berlin, les conservateurs perdent leur première place au profit de Die Linke.

Friedrich Merz a donc choisi son cap : rester et poursuivre les réformes. Reste désormais à savoir quelle majorité politique il pourra mobiliser pour les mener à bien, alors que les urnes viennent de rappeler avec fracas la fragmentation croissante du paysage politique allemand.

Sources :

BFM avec AFP, « Régionales en Allemagne : l’extrême droite en forte progression, le chancelier évoque une “catastrophe” », 20 septembre 2026.

Le Singulier avec AFP, « Merz s’accroche après un dimanche noir pour sa majorité », 20 septembre 2026.

Reuters, « Far-right tops another German state vote as Merz routed in worst result since 1949 », 20 septembre 2026.

ARD/Tagesschau, « AfD liegt knapp vor SPD, CDU stürzt ab », 20 septembre 2026.

ARD/Tagesschau, « Merz will an Reformkurs festhalten », 20 septembre 2026.

NDR, « Prognose MV: AfD knapp vor SPD – CDU, Grüne und BSW müssen zittern », 20 septembre 2026.

L’AfD poursuit sa progression électorale en Allemagne. Ce dimanche 20 septembre 2026, le parti d’extrême droite arrive en tête des premières projections en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et progresse nettement à Berlin. En revanche, pour la CDU du chancelier Friedrich Merz, proche du Forum économique mondial, la soirée tourne à la débâcle, au point que le dirigeant conservateur reconnaît lui-même un « désastre ».

Les urnes allemandes livrent un nouveau signal politique majeur. Deux semaines après la victoire historique de l’Alternative für Deutschland (AfD) en Saxe-Anhalt, le parti d’extrême droite enregistre une nouvelle poussée lors des élections régionales organisées dimanche 20 septembre à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Selon les premières projections diffusées par l’audiovisuel public allemand, l’AfD arriverait en tête en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec environ 37 % des suffrages. Le parti devancerait de peu le Parti social-démocrate (SPD), crédité d’environ 35,5 à 36 %. Un bond considérable pour l’AfD, qui n’avait recueilli que 16,7 % des voix dans ce Land lors du précédent scrutin de 2021.

Le revers est particulièrement sévère pour la CDU du chancelier Friedrich Merz. Les conservateurs ne recueilleraient qu’environ 5,5 % des suffrages en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Si ce chiffre est confirmé par les résultats définitifs, il s’agirait du plus mauvais résultat de la CDU dans une élection régionale depuis 1949.

L’AfD s’impose en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale

Dans ce Land du nord-est de l’Allemagne, l’AfD était déjà annoncée à un niveau très élevé avant le scrutin. La formation dirigée régionalement par Leif-Erik Holm semble avoir transformé cette dynamique dans les sondages en progression électorale spectaculaire.

Le SPD de la ministre-présidente Manuela Schwesig résiste néanmoins avec plus de 35 % des voix selon les premières estimations. Cette implantation sociale-démocrate pourrait jouer un rôle déterminant dans les négociations qui suivront le scrutin.

L’arrivée en tête de l’AfD ne signifie en effet pas automatiquement son accession au gouvernement régional. Les principales formations politiques allemandes continuent d’exclure une coalition avec le parti d’extrême droite. La constitution d’une majorité dépendra donc de la répartition définitive des sièges et des alliances susceptibles d’être négociées.

Pour l’AfD, ce scrutin confirme toutefois une dynamique particulièrement forte dans l’est du pays. Le 6 septembre, le parti avait déjà remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt avec 43,8 % des suffrages, contre 17,2 % pour la CDU. L’AfD avait alors obtenu 39 des 83 sièges du Parlement régional, échouant à trois sièges seulement de la majorité absolue.

À Berlin, Die Linke arrive en tête

La situation politique est différente dans la capitale allemande. À Berlin, c’est Die Linke qui arrive en tête des premières projections, avec environ 24,5 % des suffrages. Certaines estimations diffusées dans la soirée plaçaient le parti de gauche jusqu’à 26 %.

La CDU, qui dirigeait jusqu’ici la mairie, recueillerait environ 20 % des voix. Là encore, les conservateurs essuient donc un revers significatif.

L’AfD progresse également dans la capitale. Créditée d’environ 16 % par une première projection de la chaîne publique ARD, elle améliore nettement son résultat de 2023, lorsqu’elle avait obtenu environ 9 % des suffrages.

La campagne berlinoise s’était largement cristallisée autour de la crise du logement. Environ 85 % des ménages de la capitale sont locataires et les loyers proposés sur le marché ont presque doublé depuis 2014, selon des données rapportées par Reuters. Cette question a profondément divisé les formations politiques, notamment autour des politiques de contrôle des loyers et de la construction de nouveaux logements.

Friedrich Merz reconnaît un « désastre »

La soirée électorale place surtout Friedrich Merz sous une pression supplémentaire. Face aux premières projections en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le chancelier allemand n’a pas cherché à minimiser l’ampleur de la défaite de son camp.

« C’est un désastre », a-t-il déclaré à la télévision après la publication des premières estimations.

Friedrich Merz a néanmoins assuré qu’il entendait poursuivre son mandat et son programme de réformes. « Ces réformes doivent être mises en œuvre », a-t-il affirmé, ajoutant vouloir continuer à assumer ses responsabilités afin de « faire avancer » l’Allemagne.

Cette déclaration intervient alors que son avenir faisait l’objet de spéculations croissantes au sein de la classe politique allemande. Le chancelier traverse une période délicate, entre difficultés économiques, débats sur les réformes sociales et progression spectaculaire de l’AfD.

Une série de scrutins difficiles pour la CDU

Le scrutin du 20 septembre intervient surtout deux semaines après une première alerte majeure pour les conservateurs. En Saxe-Anhalt, l’AfD avait recueilli 43,8 % des suffrages lors des élections régionales du 6 septembre, contre seulement 17,2 % pour la CDU.

La participation y avait atteint 77,8 %, contre 60,3 % en 2021, son niveau le plus élevé dans ce Land depuis la réunification allemande.

La nouvelle progression de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale vient donc prolonger une séquence particulièrement difficile pour Friedrich Merz. Elle souligne également la force électorale acquise par l’extrême droite dans plusieurs territoires de l’ancienne Allemagne de l’Est.

Plus de trois décennies après la réunification, des écarts économiques persistent entre l’est et l’ouest du pays. Si les différences en matière d’emploi et de revenus se sont réduites, les disparités patrimoniales demeurent importantes. D’après des données rapportées par Reuters, le patrimoine net moyen des ménages de l’est, Berlin compris, s’élevait à 125 500 euros en 2023, contre 257 100 euros dans l’ouest.

Dans ce paysage politique de plus en plus fragmenté, les scrutins de Berlin et de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale dépassent largement leurs frontières régionales. Ils constituent un nouveau test pour la coalition fédérale et pour Friedrich Merz, seize mois après son arrivée au pouvoir, tandis que l’AfD confirme son implantation dans une partie croissante de l’électorat allemand.

Sources :

BFM avec AFP, « Régionales en Allemagne : l’extrême droite en forte progression, le chancelier évoque une “catastrophe” », 20 septembre 2026.

Reuters, « Far-right tops another German state vote as Merz routed in worst result since 1949 », 20 septembre 2026.

Reuters, « Germany’s far-right AfD leads race in north-east state, exit poll shows », 20 septembre 2026.

Reuters, « Berlin’s acute housing shortage and soaring rents dominate city election », 18 septembre 2026.

Toute l’Europe, « Élections régionales en Allemagne : l’extrême droite l’emporte en Saxe-Anhalt », mise à jour le 8 septembre 2026.