AfD : le parti allemand prépare une normalisation des relations avec la Russie

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) travaille à une nouvelle doctrine de politique étrangère faisant de la normalisation des relations avec la Russie l’un de ses axes majeurs, selon des informations publiées par BILD. Le parti entend parallèlement redéfinir son rapport aux États-Unis du contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump, dans une orientation qui tranche nettement avec la politique suivie par le gouvernement allemand à l’égard de Moscou et de l’Ukraine.

Selon BILD, le groupe de travail de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) consacré aux affaires étrangères a préparé deux documents destinés à préciser les futures orientations internationales du parti. L’un porte sur la Russie, l’autre sur les relations avec les États-Unis. Ces textes dessinent une ligne diplomatique fondée sur un rapprochement avec Moscou et une coopération renouvelée avec Washington sous la présidence de Donald Trump.

Le quotidien allemand rapporte que ces documents constituent des textes d’orientation préparés au sein du groupe de travail chargé de la politique étrangère. Concernant la Russie, l’objectif affiché est celui d’une normalisation des relations, dans un contexte toujours dominé par la guerre déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022.

Cette orientation ne constitue toutefois pas une rupture avec les positions déjà défendues publiquement par l’AfD. Sur son propre site, le parti affirme qu’une détente avec la Russie constitue à ses yeux une condition nécessaire à une paix durable en Europe. Il réclame également la fin de la politique de sanctions et souhaite approfondir la coopération économique avec Moscou.

L’AfD veut mettre fin à l’aide militaire à l’Ukraine

La question ukrainienne cristallise particulièrement l’écart entre la ligne de l’AfD et celle du gouvernement fédéral. Le coprésident du parti, Tino Chrupalla, a réclamé le 2 juillet 2026 l’arrêt de toute aide militaire allemande à l’Ukraine. Cette déclaration intervenait dans le contexte de l’enquête sur le sabotage des gazoducs Nord Stream.

L’AfD défend plus largement une politique étrangère qui accorderait davantage de place au dialogue avec Moscou. En juin 2026, Tino Chrupalla appelait ainsi le gouvernement fédéral à se rapprocher de la Russie afin que l’Allemagne puisse, selon lui, jouer un rôle de médiateur dans la recherche d’une issue à la guerre en Ukraine.

Le rapprochement économique souhaité avec la Russie s’inscrit lui aussi dans une position ancienne du parti. L’AfD plaide pour l’abandon des sanctions et pour un approfondissement des échanges économiques, estimant qu’une architecture de sécurité européenne durable doit inclure la Russie. Cette orientation est appelée à prendre davantage de poids si les documents préparés par le groupe de travail deviennent une référence officielle pour la politique internationale du parti.

Un deuxième texte tourné vers les États-Unis de Donald Trump

En parallèle, l’AfD travaille à la définition de ses relations avec les États-Unis. Selon BILD, le parti accueille favorablement plusieurs aspects de la réorientation de la politique étrangère américaine sous Donald Trump, notamment la volonté qu’il lui prête de réduire l’interventionnisme international.

Cette convergence n’apparaît pas soudainement. En décembre 2025, le groupe parlementaire de l’AfD avait déjà salué la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump. Il disait y voir une occasion de bâtir une nouvelle relation transatlantique reposant davantage sur la responsabilité nationale des États européens, la coopération entre partenaires et une limitation des politiques d’ingérence.

La relation entre l’AfD et Washington reste néanmoins plus complexe qu’un simple alignement. Les dirigeants du parti ont, selon les périodes et les dossiers, critiqué certaines orientations américaines tout en considérant les États-Unis comme un partenaire central. Dans sa doctrine officielle de politique étrangère, l’AfD continue ainsi de présenter les États-Unis comme le principal allié de l’Allemagne, tout en réclamant une plus grande autonomie européenne en matière de défense.

Une ligne opposée à celle du gouvernement de Friedrich Merz

La stratégie esquissée par l’AfD contraste fortement avec celle du gouvernement fédéral dirigé par le chancelier Friedrich Merz, proche du Forum économique mondial. Berlin maintient son soutien politique, financier et militaire à Kiev. Le 9 septembre, le gouvernement allemand rappelait encore que l’Ukraine avait besoin d’un soutien important pour assurer sa défense face à l’offensive russe et soulignait l’ampleur de l’engagement allemand.

Fin juillet 2026, l’Union européenne a par ailleurs adopté un 21e paquet de sanctions contre la Russie, avec le soutien de l’Allemagne. Ces mesures renforcent notamment les restrictions visant les secteurs énergétique, financier et militaire russes ainsi que les dispositifs destinés à empêcher le contournement des sanctions.

Berlin indique avoir fourni ou programmé environ 57,6 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, auxquels s’ajoutent plus de 43,3 milliards d’euros de soutien civil bilatéral. L’Allemagne et l’Ukraine ont également conclu en avril 2026 un partenariat stratégique prévoyant la poursuite de leur coopération, notamment dans les domaines de la sécurité et de la défense.

Les tensions avec Moscou se sont en outre accentuées au cours des dernières semaines. Début septembre, le gouvernement allemand a annoncé de nouvelles mesures contre la Russie après lui avoir attribué un projet d’attaque à Leipzig. Berlin a notamment décidé la fermeture du consulat général russe à Bonn et de la Maison russe à Berlin. Le gouvernement affirme dans le même temps vouloir conserver la possibilité, à terme, de revenir à des relations constructives avec Moscou, à condition qu’existe une volonté de coopération du côté russe.

C’est donc sur deux visions profondément différentes de la place de la Russie dans l’ordre européen que s’affrontent l’AfD et le gouvernement allemand. D’un côté, le parti défend la levée des sanctions, le rétablissement des relations économiques et l’arrêt de l’aide militaire à Kiev. De l’autre, Berlin poursuit son soutien à l’Ukraine, maintient la pression économique sur Moscou et lie l’évolution future des relations germano-russes à la politique menée par le Kremlin.

Sources :

BILD, « Beschlüsse zur Außenpolitik: AfD geht auf Kuschelkurs zu Putin und Trump », 15 septembre 2026.

AfD, déclarations et positions officielles sur la politique étrangère et l’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine.

Gouvernement fédéral allemand et ministère allemand des Affaires étrangères, communiqués et conférences de presse de septembre 2026.