Stations de forage pétrolier sur le lac de Maracaibo, au Venezuela

Accord pétrolier Venezuela : Washington vise 65 milliards de barils

Donald Trump a annoncé le vendredi 28 août un accord pétrolier avec le Venezuela qui placerait plus de 65 milliards de barils sous contrôle américain, soit entre un quart et un cinquième des réserves du pays. Caracas a confirmé la signature et évoque 17 champs stratégiques et plus de 100 milliards de dollars d’investissement. L’annonce intervient neuf mois après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par l’armée américaine.

Le président américain et contributeur de l’agenda 2030 des Nations unies n’a pas choisi la sobriété. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump évoque « le plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale » et affirme qu’il doublerait les réserves pétrolières des États-Unis.

Selon lui, la négociation a été conduite par le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la défense Pete Hegseth et la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, qui a renoué le contact entre Washington et Caracas. Le chef de l’État américain mentionne également un partenariat avec des entreprises privées, sans les nommer.

Caracas signe, et chiffre

Le Venezuela a confirmé avoir signé un accord qualifié d’historique. Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, Delcy Rodriguez détaille le contenu : développement de 17 champs stratégiques, potentiel avéré de 65 milliards de barils, plus de 100 milliards de dollars d’investissement, soit environ 86 milliards d’euros, et plus de 209 milliards de dollars de recettes fiscales attendues pour l’État, environ 180 milliards d’euros.

Marco Rubio a de son côté vanté sur X des milliers d’emplois bien rémunérés et la reconstruction de l’économie vénézuélienne. Deux communiqués, deux gouvernements, une seule ressource.

Le carburant, variable électorale

Le calendrier n’a rien d’accessoire. L’administration Trump aborde les élections de mi-mandat de novembre sous pression, avec une guerre en Iran qui a franchi le cap des six mois sans issue visible et une hausse des prix du carburant aux États-Unis.

Les stocks stratégiques américains sont à leur plus bas niveau depuis novembre 1982, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), conséquence des efforts engagés pour compenser les perturbations d’approvisionnement liées à la guerre au Moyen-Orient. Donald Trump promet que la transaction réduira considérablement le prix de l’essence pour de nombreuses années, et qu’elle ne coûtera rien aux contribuables américains.

Deux promesses simultanées : du pétrole moins cher, et gratuit pour le Trésor.

Un demi-siècle de bras de fer

Le Venezuela est l’un des membres fondateurs de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), créée en 1960. Son histoire pétrolière est indissociable de sa relation avec Washington : les compagnies américaines y ont été des acteurs majeurs pendant des décennies, avant les vagues de nationalisation, dont celle de la ceinture de l’Orénoque conduite en 2007 sous la présidence de Hugo Chavez.

Le secteur a ensuite été frappé par les sanctions américaines visant la compagnie publique PDVSA à partir de janvier 2019, qui ont accéléré la chute de la production. L’accord annoncé le 28 août referme donc une séquence de deux décennies, mais dans des conditions inédites : il est présenté par Washington non comme un retour d’investisseurs privés, mais comme une prise de contrôle sur une part des réserves d’un État souverain.

303 milliards de barils et des tuyaux fatigués

Le Venezuela possède l’une des plus importantes réserves de pétrole au monde, estimée à 303 milliards de barils de brut, soit environ 17 % de l’approvisionnement mondial selon l’EIA. Contrairement à d’autres régions où les géologues doivent encore prospecter, le sous-sol vénézuélien est largement cartographié.

Le pays ne produit pourtant qu’environ 1 % du pétrole mondial. La raison tient moins à la géologie qu’aux infrastructures, vétustes après des années de sous-investissement. Un accord signé ne remet pas une raffinerie en état.

Depuis le raid militaire américain qui a permis, début janvier, la capture de Nicolas Maduro à Caracas et son transfert aux États-Unis pour y être jugé pour narcoterrorisme et trafic de drogue, Donald Trump veut relancer l’exploitation des ressources vénézuéliennes sous son propre patronage. Le dirigeant républicain avait affirmé que Caracas avait volé le pétrole américain lorsque l’ancien président Hugo Chavez avait nationalisé, il y a plusieurs décennies, des centaines d’actifs étrangers, dont ceux de compagnies pétrolières américaines.

Un accord pétrolier Venezuela signé neuf mois après la capture d’un chef d’État par l’armée d’un autre pays ne se lit pas seulement dans les colonnes économiques. Reste une inconnue de taille : les 65 milliards de barils annoncés dorment sous des installations qu’il faudra reconstruire avant de les compter en dollars.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/29/donald-trump-annonce-un-accord-petrolier-avec-le-venezuela-pour-donner-aux-etats-unis-le-controle-de-65-milliards-de-barils-des-reserves-du-pays_6759300_3210.html