La Suisse et la Chine ont signé le 30 octobre à Pékin la modernisation de leur accord de libre-échange. Grâce à ce libre-échange Suisse-Chine renforcé, à terme, 99,8 % des exportations suisses entreront en Chine sans droits de douane, contre environ la moitié aujourd’hui. Montres, fromages et café sont les grands gagnants d’un texte qui fait de Berne la seule capitale d’Europe continentale à commercer aussi librement avec Pékin.
Jusqu’ici, seule 1 % des montres suisses vendues en Chine échappait aux droits de douane. Le chiffre, rappelé par la presse helvétique, résume à lui seul l’enjeu. Vendredi 30 octobre, au Grand Palais du Peuple de Pékin, le président de la Confédération Guy Parmelin et le président chinois Xi Jinping ont signé la version modernisée de l’accord de libre-échange conclu en juillet 2013. Pour l’horlogerie, la pharmacie, les machines et la chimie, l’accès au marché chinois deviendra intégralement libre de droits, au terme des périodes de transition.
Selon la fiche d’information du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), la part des exportations suisses exonérées passera d’environ 53,6 % à 99,8 %, dont 77,5 % dès l’entrée en vigueur. Berne chiffre à environ 244 millions de francs les économies douanières supplémentaires pour ses exportateurs. Seule ombre au cadran : la taxe chinoise sur les produits de luxe, qui n’est pas couverte par l’accord et continuera de frapper les montres haut de gamme.
Le gruyère prendra son temps
Les fromages, le café torréfié et les préparations à base de café verront leurs droits disparaître progressivement, sur dix ans. Le chocolat, le vin, la viande séchée et les aliments pour bébés étaient déjà exemptés. Le texte ouvre aussi davantage certains services, de la maintenance aéronautique au transport maritime, ainsi que certains services liés à l’industrie. Il couvre en outre la recherche, l’innovation et la coopération scientifique, a souligné Guy Parmelin.
En contrepartie, la Suisse supprimera les droits de douane sur 97,3 % des exportations agricoles chinoises, contre 80,1 % auparavant. Les produits sensibles pour les paysans suisses, certains fruits, légumes et jus, ne bénéficient que de réductions dans le cadre des contingents existants, avec des limites saisonnières.
Une première sur le droit du travail
L’accord modernisé contient un chapitre contraignant sur le commerce et le développement durable, avec un engagement à appliquer l’accord de Paris sur le climat. Surtout, les deux pays s’engagent à respecter les principes fondamentaux de l’Organisation internationale du travail. Selon le SECO, c’est la première fois qu’une telle disposition figure dans un accord de libre-échange signé par la Chine. Les litiges sur ces chapitres pourront être soumis à un panel d’experts, dont les conclusions resteront toutefois de simples recommandations.
Lancées en septembre 2024, les négociations avaient abouti le 20 août 2026. Les échanges de biens entre les deux pays ont atteint environ 33,5 milliards de francs en 2025, hors or et objets de valeur, avec 15,2 milliards d’exportations suisses pour 18,3 milliards d’importations. Le texte doit encore passer par les procédures d’approbation nationales.
La réponse suisse à Trump
Le calendrier n’a rien d’anodin. L’accord intervient un an après que Donald Trump a infligé à la Suisse certains des droits de douane les plus élevés d’Europe. Berne diversifie ses débouchés, et plusieurs observateurs voient dans ce texte un test pour d’autres économies européennes tentées de se tourner vers Pékin.
Reste la question des droits humains, régulièrement soulevée en Suisse lors des débats sur les relations avec Pékin, notamment à propos du Xinjiang et du travail forcé. L’accord de 2013 avait déjà suscité ce type de critiques. Le chapitre sur le travail, inédit, sera scruté par les ONG comme par les parlementaires lors de la procédure d’approbation.
La Suisse, réputée neutre, choisit donc ses partenaires commerciaux avec le pragmatisme d’un horloger. L’Union européenne, elle, regarde passer les aiguilles.
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