Tour Montparnasse : le projet de rénovation à 800 millions d’euros définitivement abandonné

Le vaste chantier de transformation de la tour Montparnasse, évalué à près de 800 millions d’euros, ne verra finalement pas le jour. Réunis en assemblée générale le 21 juillet, les copropriétaires ont pris acte de l’abandon de ce projet, après le retrait du soutien de son principal actionnaire, LFPI. Une rénovation plus limitée est désormais envisagée, avec un calendrier qui s’annonce encore long.

Le projet de rénovation de la tour Montparnasse, discuté depuis une décennie, connaît un tournant décisif. Lors de l’assemblée générale des copropriétaires organisée le mardi 21 juillet, le gestionnaire d’actifs LFPI, groupe français privé de gestion d’actifs et d’investissement fondé en 2002 par Gilles Etrillard et premier copropriétaire de l’immeuble avec environ 30 % des millièmes, a annoncé qu’il ne soutenait plus le programme de transformation estimé à près de 800 millions d’euros. Selon les informations révélées par Le Figaro, cette décision met un terme au projet dans sa forme actuelle.

D’après plusieurs participants à la réunion, l’équilibre des forces entre copropriétaires ne permet plus de poursuivre cette rénovation d’envergure. Le projet est considéré comme abandonné, faute d’un soutien suffisant et d’une faisabilité financière jugée crédible.

Le changement de position de LFPI intervient alors que les difficultés s’accumulaient depuis plusieurs mois. Selon les informations rapportées par Le Figaro, Gilles Etrillard, fondateur et dirigeant de LFPI, a expliqué aux autres copropriétaires que l’opération n’était plus réalisable dans les conditions prévues. Toujours selon le quotidien, il aurait également informé dès la matinée le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, de cette évolution lors d’un rendez-vous à l’Hôtel de Ville.

Si cette annonce peut donner l’impression que LFPI porte seul la responsabilité de l’abandon, plusieurs acteurs du dossier estiment que la situation était déjà compromise depuis le printemps. Les tensions entre copropriétaires, les procédures judiciaires, les acquisitions de lots stratégiques et les difficultés de gouvernance avaient progressivement fragilisé le projet.

À ces désaccords se sont ajoutées des réserves de plus en plus importantes des établissements bancaires. Les banques auraient manifesté leur réticence à accompagner financièrement une opération devenue particulièrement complexe, notamment en raison des nombreux contentieux entourant la copropriété. Les garanties nécessaires au financement apparaissaient de plus en plus difficiles à réunir.

Les derniers jours précédant l’assemblée générale ont également été marqués par de vifs échanges. Frédéric Lemos, copropriétaire de la tour, ancien dirigeant du dossier lorsqu’il travaillait chez LFPI et représentant des intérêts de NJJ, la société de Xavier Niel, a adressé plusieurs courriels critiques aux autres copropriétaires. Il y dénonçait notamment la gestion du projet, évoquant de possibles conflits d’intérêts dans le choix de certains prestataires ainsi qu’un renchérissement des coûts lié à la découverte d’amiante. Selon ces échanges, le budget dépassait désormais les 800 millions d’euros hors taxes.

Frédéric Lemos indiquait également qu’il ne souhaitait pas procéder aux échanges de lots indispensables au projet immobilier. Cette position empêchait notamment la création d’un hôtel prévu aux 42e, 43e, 44e et 45e étages. Le 43e étage ayant été acquis au printemps par la société Edmond de Vayres, créée par le chanteur Vianney, proche de Frédéric Lemos selon Le Figaro, cette configuration compliquait encore davantage la réalisation de l’hôtel imaginé par LFPI.

L’abandon du projet signifie également la disparition de plusieurs aménagements emblématiques prévus dans la rénovation, notamment la serre installée au sommet de la tour. Les entreprises Sefri-Cime, maître d’ouvrage délégué, et Vinci Construction, maître d’œuvre, voient ainsi s’éloigner un chantier majeur. Les opérations préparatoires au désamiantage restent toutefois à l’ordre du jour.

Les copropriétaires s’orientent désormais vers un programme de rénovation beaucoup plus limité. Cette solution, moins coûteuse, pourrait néanmoins avoir un impact financier pour plusieurs investisseurs institutionnels ayant déjà libéré leurs locaux au 31 mars, parmi lesquels LFPI, la MGEN, mutuelle de santé appartenant à ses adhérents, qui détient environ 20 % de la copropriété, et AXA, groupe d’assurance membre du Forum économique mondial avec près de 10 %.

Une nouvelle phase de réflexion doit désormais s’ouvrir. Des architectes seront chargés d’élaborer un projet compatible avec les exigences du PLU bioclimatique de la Ville de Paris avant le dépôt d’un nouveau permis de construire. En attendant, la tour Montparnasse devrait rester inoccupée pendant une période encore indéterminée.

Sources :

Le Figaro Immobilier – Article d’Anne Rovan : « Tour Montparnasse : le principal copropriétaire obtient l’abandon du méga projet de rénovation à 800 millions d’euros ».