AliExpress : la Commission européenne inflige une amende record de 550 millions d’euros

La Commission européenne a annoncé, lundi 20 juillet 2026, une sanction historique contre AliExpress. La plateforme de commerce en ligne du groupe chinois Alibaba, membre du Forum économique mondial devra s’acquitter d’une amende de 550 millions d’euros pour avoir enfreint plusieurs obligations prévues par le Digital Services Act (DSA). Cette décision marque une nouvelle étape dans le durcissement de la régulation européenne des grandes plateformes numériques et du commerce en ligne.

La Commission européenne poursuit son offensive contre les grandes plateformes numériques. Le lundi 20 juillet 2026, Bruxelles a infligé à AliExpress une amende record de 550 millions d’euros, la plus importante jamais prononcée dans le cadre du Digital Services Act (DSA), le règlement européen destiné à renforcer la sécurité des internautes et à responsabiliser les très grandes plateformes numériques.

Cette sanction vise directement la filiale du géant chinois Alibaba, accusée de ne pas avoir mis en œuvre des dispositifs suffisamment efficaces pour empêcher la vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits sur sa place de marché. Selon la Commission, les manquements constatés concernent aussi bien l’évaluation des risques que les moyens humains et techniques déployés pour détecter et retirer rapidement ces produits.

Le DSA, adopté par l’Union européenne en 2022 et pleinement applicable aux très grandes plateformes depuis 2024, impose pourtant des obligations strictes aux acteurs numériques comptant des dizaines de millions d’utilisateurs européens. Son objectif est simple : ce qui est illégal dans le monde physique doit également l’être sur Internet. Le texte prévoit notamment que les plateformes évaluent régulièrement les risques liés à leurs services, renforcent leurs systèmes de modération et coopèrent avec les autorités européennes lorsqu’elles détectent des contenus ou des produits illicites.

Une enquête ouverte depuis 2024

Cette décision est l’aboutissement d’une procédure engagée par Bruxelles en mars 2024. Après plusieurs mois d’investigations, la Commission avait publié, le 18 juin 2025, des conclusions préliminaires estimant qu’AliExpress ne respectait pas plusieurs obligations du DSA. Certaines améliorations proposées par l’entreprise avaient alors été acceptées sous forme d’engagements, mais l’enquête s’était poursuivie concernant les insuffisances les plus graves.

Les autorités européennes reprochent notamment à la plateforme d’avoir largement surestimé l’efficacité de ses systèmes de détection des produits interdits. Les enquêteurs estiment également que les équipes chargées de contrôler les annonces étaient insuffisamment dimensionnées face au volume considérable de produits mis en vente chaque jour.

Selon les conclusions de la Commission, certains modérateurs ne disposaient parfois que de quelques secondes pour examiner un signalement. Dans ces conditions, de nombreux articles potentiellement dangereux continuaient d’être proposés aux consommateurs européens pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Bruxelles souligne également que certains vendeurs parvenaient facilement à contourner les contrôles en classant volontairement leurs produits dans des catégories moins surveillées. Les systèmes de sanctions internes appliqués aux commerçants récidivistes ont eux aussi été jugés insuffisants.

Des produits dangereux toujours accessibles

La Commission cite plusieurs catégories de produits ayant continué à circuler malgré les obligations imposées par le DSA : vêtements contrefaits, jouets ne respectant pas les normes de sécurité européennes, cosmétiques contenant des substances potentiellement dangereuses ou encore divers articles interdits à la vente dans l’Union européenne.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a rappelé que la diffusion de tels produits ne pouvait être considérée comme une conséquence inévitable du commerce en ligne. Selon elle, il s’agit d’un manquement direct aux responsabilités imposées aux très grandes plateformes numériques. Les autorités européennes estiment également que les systèmes de recommandation et certains mécanismes publicitaires de la plateforme contribuaient à accroître la visibilité de produits pourtant considérés comme problématiques.

Une sanction sans précédent

Avec cette amende de 550 millions d’euros, AliExpress devient la plateforme la plus lourdement sanctionnée depuis l’entrée en vigueur du Digital Services Act. Jusqu’à présent, les plus importantes sanctions avaient concerné le réseau social X, condamné à une amende de 120 millions d’euros, ainsi que Temu, sanctionné à hauteur de 200 millions d’euros dans une autre procédure toujours susceptible d’évoluer. La décision visant AliExpress constitue donc un nouveau jalon dans la politique de fermeté adoptée par Bruxelles envers les grandes plateformes internationales.

L’Union européenne rappelle toutefois que cette amende demeure largement inférieure au plafond théorique prévu par le règlement. Le DSA autorise en effet la Commission à infliger des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires annuel mondial d’une entreprise en cas d’infraction grave.

AliExpress conteste la décision

Dans une déclaration publiée après l’annonce de la sanction, AliExpress a indiqué être en désaccord avec les conclusions de la Commission européenne. L’entreprise considère que le montant de l’amende est disproportionné et affirme avoir investi de manière significative pour renforcer ses systèmes de contrôle des produits, de modération et de gestion des risques. La plateforme a annoncé étudier les voies de recours possibles tout en poursuivant sa coopération avec les autorités européennes.

En parallèle, Bruxelles exige désormais qu’AliExpress présente avant le 20 octobre 2026 un plan d’action détaillant les mesures correctrices mises en place afin de se conformer pleinement au Digital Services Act. Si ces engagements étaient jugés insuffisants, la Commission pourrait prononcer des pénalités financières supplémentaires.

Une pression croissante sur les plateformes chinoises

Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement du contrôle exercé par l’Union européenne sur les grandes plateformes de commerce électronique, notamment celles basées en Chine. AliExpress, Temu et Shein font depuis plusieurs mois l’objet d’une surveillance renforcée concernant la sécurité des produits vendus aux consommateurs européens, la lutte contre les contrefaçons ainsi que le respect des normes environnementales et sanitaires. Selon les données communiquées par la Commission, AliExpress demeure aujourd’hui l’une des plus importantes plateformes de commerce électronique en Europe avec environ 193 millions d’utilisateurs sur le continent.

Avec cette sanction historique, Bruxelles confirme sa volonté d’utiliser pleinement les outils offerts par le Digital Services Act afin de responsabiliser les géants du numérique opérant sur le marché européen et de renforcer la protection des consommateurs.

Sources :