Gazoduc Nigeria-Maroc : la CEDEAO approuve enfin un projet énergétique stratégique attendu depuis près de dix ans

Après plusieurs années d’études, de négociations diplomatiques et de préparation technique, le projet de gazoduc reliant le Nigeria au Maroc franchit une étape politique majeure. Réunis le 19 juillet à Freetown, en Sierra Leone, les chefs d’État de la CEDEAO ont validé l’accord intergouvernemental encadrant cette gigantesque infrastructure énergétique. Cette décision ouvre la voie à la réalisation de l’un des plus ambitieux projets gaziers jamais imaginés sur le continent africain.

Le projet de gazoduc reliant le Nigeria au Maroc vient de franchir une étape décisive. Dimanche 19 juillet 2026, lors du 67ᵉ sommet ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), organisé à Freetown en Sierra Leone, les chefs d’État et de gouvernement ont approuvé l’accord intergouvernemental permettant le lancement officiel de cette infrastructure énergétique d’envergure continentale. Cette validation politique était attendue depuis plusieurs années et constitue un tournant majeur pour un projet régulièrement présenté comme l’un des plus ambitieux d’Afrique.

Connu sous le nom de Gazoduc Afrique Atlantique (African Atlantic Gas Pipeline), le projet prévoit de relier les importantes réserves de gaz naturel du Nigeria au Maroc en longeant la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest. L’infrastructure devrait mesurer près de 6 800 kilomètres selon les dernières estimations et traverser treize pays côtiers avant d’atteindre le territoire marocain. Depuis le Maroc, le gaz pourra ensuite être acheminé vers l’Europe grâce à l’interconnexion avec le Gazoduc Maghreb-Europe (GME), ouvrant ainsi une nouvelle voie d’approvisionnement énergétique vers le continent européen.

L’accord validé par les dirigeants de la CEDEAO établit le cadre juridique commun entre les États concernés afin d’assurer le développement coordonné du projet. Cette étape était indispensable avant le lancement des investissements définitifs et des travaux de construction. Le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, a qualifié cette infrastructure d’« initiative transformatrice » pour l’Afrique de l’Ouest, estimant qu’elle favorisera l’intégration économique régionale tout en renforçant la sécurité énergétique du continent.

Le gazoduc est développé conjointement par la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC Ltd.) et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc. Son coût est estimé à environ 25 milliards de dollars. À terme, il devrait être capable d’acheminer jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, une capacité susceptible d’alimenter aussi bien les pays traversés que les marchés européens.

Un projet imaginé dès 2016

L’histoire du gazoduc Nigeria-Maroc remonte au mois de décembre 2016. Cette année-là, le roi Mohammed VI et le président nigérian Muhammadu Buhari annoncent le lancement d’une étude de faisabilité pour prolonger le West African Gas Pipeline jusqu’au Maroc. L’objectif est alors double : renforcer l’intégration énergétique de l’Afrique de l’Ouest et créer un nouveau corridor d’exportation vers l’Europe.

Une nouvelle étape intervient le 10 juin 2018 à Rabat, avec la signature d’un accord de coopération officialisant le projet entre les deux États. Les études techniques, économiques et environnementales sont progressivement engagées, tandis que les différents pays concernés commencent à participer aux discussions relatives au futur tracé.

En juin 2022, le gouvernement fédéral nigérian autorise officiellement la NNPC à signer un protocole d’accord avec la CEDEAO concernant la construction du gazoduc. Quelques mois plus tard, le 15 septembre 2022, un mémorandum d’entente est signé à Rabat entre la CEDEAO, le Nigeria et le Maroc. Ce document confirme l’engagement collectif des États traversés à soutenir la faisabilité du projet et marque une première reconnaissance institutionnelle régionale.

Au fil des années suivantes, les études d’ingénierie avancent progressivement. Les partenaires finalisent plusieurs analyses environnementales ainsi que les différents scénarios techniques. En avril puis en mai 2026, les responsables marocains et nigérians annoncent que l’accord intergouvernemental est désormais prêt à être signé avant la fin de l’année, signe que le projet approche enfin de sa phase opérationnelle.

Une infrastructure au cœur des ambitions énergétiques africaines

Au-delà de son ampleur technique, le gazoduc Nigeria-Maroc représente un projet stratégique pour toute l’Afrique de l’Ouest. Les pays traversés pourront bénéficier d’un accès au gaz naturel afin d’alimenter leurs centrales électriques, développer leurs industries et améliorer leur sécurité énergétique. Plusieurs États de la région connaissent encore d’importants déficits de production électrique, freinant leur développement économique.

Le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique et détenteur des plus importantes réserves gazières du continent, cherche depuis plusieurs années à mieux valoriser son gaz naturel, dont une partie reste insuffisamment exploitée. Pour le Maroc, qui importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures, cette infrastructure représente également un levier majeur de diversification énergétique, tout en consolidant son rôle de plateforme entre l’Afrique et l’Europe.

Le contexte international renforce également l’intérêt stratégique du projet. Depuis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine à partir de 2022, les pays européens cherchent à diversifier leurs fournisseurs de gaz afin de réduire leur dépendance aux approvisionnements russes. Le corridor énergétique atlantique pourrait ainsi devenir, à moyen terme, une nouvelle source d’approvisionnement pour plusieurs marchés européens, même si la priorité affichée demeure l’accès à l’énergie des pays africains participants.

Une décision politique qui ouvre la voie aux prochaines étapes

L’approbation de l’accord intergouvernemental par les chefs d’État de la CEDEAO ne signifie pas un démarrage immédiat des travaux, mais elle constitue l’étape politique la plus importante franchie depuis le lancement du projet en 2016. Les partenaires doivent désormais finaliser la décision finale d’investissement, mobiliser les financements internationaux et engager progressivement les différentes phases de construction, qui devraient s’étaler sur plusieurs années.

Avec cette validation obtenue à Freetown, le Gazoduc Afrique Atlantique entre désormais dans une nouvelle phase de son développement. Longtemps considéré comme un projet de très long terme, il s’affirme aujourd’hui comme l’un des piliers des ambitions énergétiques de l’Afrique de l’Ouest, porté par une volonté commune de renforcer l’intégration régionale et de créer un nouveau corridor stratégique entre l’Afrique et l’Europe.

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