Gaza : des milliers d’Israéliens marchent vers la frontière pour réclamer le retour des implantations juives

Des milliers d’Israéliens favorables à la recolonisation de la bande de Gaza ont défilé dimanche 19 juillet 2026 jusqu’à la frontière de l’enclave palestinienne afin d’exiger le rétablissement des colonies juives évacuées en 2005. Soutenue par plusieurs ministres et députés de la coalition de Benjamin Netanyahu, cette mobilisation illustre l’influence croissante du mouvement pro-colonies au sein de la droite israélienne. Elle intervient dans un contexte de guerre prolongée à Gaza et de débat de plus en plus ouvert sur l’avenir politique du territoire.

Près de vingt-et-un ans après le retrait unilatéral d’Israël de la bande de Gaza, la question du retour des colonies israéliennes dans l’enclave palestinienne s’impose de nouveau dans le débat politique. Dimanche 19 juillet 2026, plusieurs milliers d’Israéliens, essentiellement issus des milieux nationalistes religieux et du mouvement des colons, ont marché en direction de la frontière nord de Gaza pour réclamer la reconstruction des anciennes implantations juives démantelées lors du désengagement décidé par le Premier ministre Ariel Sharon en 2005.

La manifestation, baptisée « March of Thousands » (« Marche des milliers »), était organisée par le mouvement Nahala, organisation favorable à l’expansion des colonies israéliennes. Sous le slogan « Après 21 ans, nous rentrons à la maison », les participants ont affirmé vouloir convaincre le gouvernement israélien d’autoriser une nouvelle présence civile israélienne dans la bande de Gaza. Selon les organisateurs, entre 10 000 et 15 000 personnes ont pris part au rassemblement, tandis que la police israélienne avançait une estimation d’environ 5 000 manifestants.

Les marcheurs se sont retrouvés près de la plage de Zikim, au nord de la bande de Gaza, avant de progresser vers la clôture séparant Israël de l’enclave palestinienne. Malgré le classement temporaire de toute la zone frontalière en secteur militaire fermé par l’armée israélienne, de nombreux participants ont franchi plusieurs barrages installés par Tsahal. Des images diffusées par plusieurs médias montrent des groupes de manifestants contournant les obstacles militaires à travers les dunes de sable afin de se rapprocher de la frontière. Aucun franchissement massif de la clôture de sécurité n’a toutefois été confirmé.

Quelques heures avant le départ de la marche, les organisateurs ont indiqué avoir trouvé un accord avec l’armée israélienne afin que le rassemblement s’achève finalement sur un point d’observation dominant le nord de Gaza, sans pénétration officielle dans l’enclave. Depuis cette position, les participants ont appelé à la reconstruction des anciennes colonies de Nisanit, Dugit et Elei Sinaï, toutes évacuées lors du désengagement de 2005.

La mobilisation s’est distinguée par la présence remarquée de nombreux responsables politiques israéliens. Selon les organisateurs, vingt-huit ministres et députés de la coalition gouvernementale ont participé ou affiché leur soutien à l’événement. Parmi eux figuraient notamment le ministre des Finances Bezalel Smotrich, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, le ministre de l’Économie Nir Barkat, ainsi que plusieurs parlementaires des partis Likoud, Sionisme religieux et Otzma Yehudit.

Durant la manifestation, Bezalel Smotrich a réaffirmé son objectif de voir renaître une présence israélienne permanente dans la bande de Gaza. Le ministre, figure majeure de l’aile la plus nationaliste du gouvernement, a déclaré travailler activement à un retour des implantations juives dans l’enclave et a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à autoriser la création de nouvelles colonies. Ces déclarations interviennent quelques jours après l’annonce d’un important programme de financement destiné à développer les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée.

Pour comprendre la portée de cette manifestation, il faut revenir sur un épisode majeur de l’histoire israélo-palestinienne. En août 2005, le gouvernement dirigé par Ariel Sharon avait procédé au retrait complet des forces israéliennes et à l’évacuation des vingt-et-une colonies juives de la bande de Gaza, où vivaient alors environ 8 000 colons. Cette opération, baptisée « plan de désengagement », visait officiellement à réduire les frictions avec la population palestinienne tout en consolidant les principaux blocs de colonies en Cisjordanie.

Depuis cette évacuation, aucun gouvernement israélien n’avait officiellement envisagé un retour de populations civiles dans la bande de Gaza. Toutefois, les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont provoqué la mort d’environ 1 200 personnes en Israël et entraîné une guerre d’une ampleur sans précédent dans l’enclave palestinienne, ont profondément modifié le paysage politique israélien. Au sein de la droite et de l’extrême droite, plusieurs responsables estiment désormais que la reprise d’une présence israélienne permanente à Gaza constituerait une garantie de sécurité durable.

Cette vision reste néanmoins extrêmement controversée. La communauté internationale considère toujours la bande de Gaza comme un territoire palestinien et la quasi-totalité des États jugent illégales, au regard du droit international, les colonies israéliennes établies dans les territoires occupés depuis 1967. Les Nations unies, l’Union européenne ainsi que de nombreux gouvernements occidentaux réaffirment régulièrement leur opposition à toute extension des implantations israéliennes, que ce soit en Cisjordanie ou dans l’hypothèse d’un retour à Gaza.

La marche du 19 juillet intervient également alors que l’avenir politique de la bande de Gaza demeure totalement incertain. Les combats se poursuivent dans plusieurs secteurs de l’enclave, tandis que différentes propositions concernant son administration après la guerre continuent d’alimenter les discussions diplomatiques. Dans ce contexte, les mouvements favorables à la recolonisation cherchent à transformer leurs revendications idéologiques en projet politique concret.

Au-delà du nombre exact de participants, cette mobilisation marque une évolution notable du débat israélien. Alors que le retour des colonies à Gaza apparaissait encore récemment comme une revendication marginale, elle bénéficie désormais du soutien affiché de plusieurs ministres occupant des postes clés au sein du gouvernement. Une évolution qui pourrait peser sur les futurs choix politiques de l’exécutif israélien concernant l’avenir de la bande de Gaza, même si aucune décision officielle en ce sens n’a, à ce jour, été annoncée.

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