Une frappe russe a touché un navire marchand turc en mer Noire dans la nuit de dimanche à lundi, tuant six marins selon la marine ukrainienne. Le vraquier, qui transportait des céréales sous pavillon de la Guinée-Bissau, quittait la zone de combat au moment de l’attaque. Kiev dénonce un acte délibéré contre un navire civil sans armes.
Le navire marchand, appartenant à des intérêts turcs, a été visé ce dimanche 19 juillet en mer Noire, a annoncé la marine ukrainienne dans un communiqué. Selon cette source, trois missiles de croisière russes seraient à l’origine de l’attaque. Le vraquier battait pavillon de la Guinée-Bissau et transportait une cargaison de céréales. Il a été frappé alors qu’il quittait la zone de combat, a précisé la marine ukrainienne. Huit membres d’équipage ont dans un premier temps été évacués vers un hôpital d’Odessa, sur la mer Noire, tandis que le sort du reste de l’équipage restait, à ce stade, incertain.
Un bilan revu dans la soirée par le ministre des Transports
L’équipage comptait dix-sept marins de nationalités syrienne et indienne, ainsi qu’un capitaine ukrainien. Dans la soirée, le ministre ukrainien des Transports, Mykola Kalashnyk, a fait un point d’étape distinct de celui livré plus tôt par la marine : huit marins ont été secourus, a-t-il indiqué, tandis que le sort de quatre autres membres d’équipage restait inconnu. Selon les éléments communiqués successivement par les autorités ukrainiennes, six personnes ont perdu la vie dans l’attaque, un bilan qui pourrait encore évoluer.
Kiev dénonce une attaque contre un navire sans menace militaire
La marine ukrainienne a qualifié cette frappe de nouvelle attaque délibérée de la Russie contre un navire civil désarmé battant pavillon étranger. Elle a précisé que le bâtiment « ne présentait absolument aucune menace militaire ». Selon le communiqué de la marine, cette attaque constitue un acte de terrorisme à l’encontre de la navigation pacifique et une grave violation du droit international humanitaire. Aucune réaction officielle des autorités russes à ces accusations n’était disponible à l’heure de la publication de cet article.
Une escalade des frappes russes contre les infrastructures maritimes ukrainiennes
Cette frappe s’inscrit dans une série d’attaques russes régulières visant les infrastructures portuaires ukrainiennes, en particulier dans la région d’Odessa. Mardi dernier déjà, les autorités ukrainiennes avaient fait état d’attaques russes sur un navire civil dans un port, ainsi que sur deux autres bateaux naviguant en mer Noire, un précédent qui avait fait trois morts. Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022, les ports et les couloirs maritimes de la mer Noire sont redevenus un enjeu stratégique majeur. Odessa, principal port ukrainien sur cette mer, concentre une part importante des exportations agricoles du pays. Les attaques répétées contre des navires marchands, qu’ils soient ukrainiens ou étrangers, renforcent les craintes d’une fragilisation durable de ces routes commerciales, essentielles à l’approvisionnement de plusieurs marchés internationaux.
La mer Noire, un front parallèle à la guerre terrestre
De leur côté, les forces ukrainiennes ont intensifié ces derniers jours leurs propres attaques contre des navires circulant en mer d’Azov, une zone maritime qui constitue une voie de transport importante pour les produits agricoles russes destinés à l’exportation, ainsi que pour l’approvisionnement de la Crimée, annexée par Moscou en 2014. Depuis plusieurs mois, l’Ukraine mise sur une flotte de drones navals pour contester la suprématie de la marine russe dans cette zone, après avoir dû, au début du conflit, former des commandos pour protéger ses côtes. Cette stratégie lui a permis, selon plusieurs analyses militaires, de reprendre l’ascendant sur une partie de la flotte russe déployée en mer Noire.
Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la mer Noire demeure un théâtre à part de ce conflit, où la sécurité de la navigation commerciale reste précaire. Chaque frappe sur un navire civil rappelle la fragilité des couloirs maritimes censés garantir l’acheminement des céréales vers les marchés mondiaux. La cinquième année de guerre s’ouvre ainsi sans perspective claire d’apaisement, ni en mer ni sur terre.