Le Conseil de l’Europe, par la voix de son secrétaire général Alain Berset, accuse la Fifa d’avoir ouvert la porte à la fraude dans l’organisation de la Coupe du monde 2026. Dans une lettre ouverte publiée le jour de la finale du tournoi, l’ancien conseiller fédéral suisse dénonce les pressions politiques, les décisions arbitrales contestées et la multiplication des paris sportifs autour des matchs. Il réclame l’ouverture d’un dialogue avec la fédération avant l’édition 2030, qui se déroulera principalement en Europe.
À quelques heures du coup d’envoi de la finale du Mondial 2026, disputée ce dimanche soir à New York, le secrétaire général du Conseil de l’Europe a adressé une sévère réprimande aux responsables de la Fifa, selon des informations rapportées par le quotidien britannique The Guardian et reprises par Courrier International. Alain Berset, qui dirige cette organisation basée à Strasbourg et chargée de la défense des droits humains sur le continent, à ne pas confondre avec le Conseil européen, appelle à la mise en place d’un nouveau cadre d’intégrité avant le tournoi de 2030. Il met en garde la fédération contre une crise qui toucherait, selon ses mots, à la fois l’argent et le pouvoir du football mondial. Pour le secrétaire général, l’édition 2026 laisse un goût d’inachevé et soulève une série de questions sur la gouvernance du sport.
Sanctions contestées, insultes racistes et paris multipliés
Dans son courrier, Alain Berset énumère plusieurs épisodes survenus pendant le tournoi. Il pointe une sanction disciplinaire suspendue sous la pression en l’espace de quelques jours, sans justification apportée, ce qui a selon lui fragilisé l’autorité des arbitres. Il évoque également des insultes racistes visant des joueurs, dont certaines auraient été proférées par des personnalités élues. La lettre fait notamment référence au scandale entourant la décision de la Fifa de lever la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, ainsi qu’aux propos tenus par la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla à l’égard de Kylian Mbappé et par l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à propos de l’équipe de France. Alain Berset s’inquiète enfin de la place prise par les paris sportifs, désormais possibles sur chaque passe, chaque carton et chaque corner.
Un partenariat contesté avec une plateforme de paris
Pour la première fois de son histoire, la Fifa compte parmi ses partenaires officiels une entreprise du secteur des marchés prédictifs, la plateforme ADI PredictStreet, présente jusque dans les stades du Mondial. Alain Berset relève que les mises ne portent plus sur le résultat d’un match mais sur les actions isolées d’un seul joueur, sans incidence directe sur le score, un type de pari qui favorise les manipulations individuelles. « C’est la porte ouverte à la fraude », résume le secrétaire général du Conseil de l’Europe dans sa lettre. Face à ce constat, l’institution strasbourgeoise propose à la Fifa d’organiser ce qu’elle appelle une troisième mi-temps, un dialogue engagé dès le soir de la finale pour préparer le cadre d’intégrité qui s’appliquera à l’édition 2030.
Une Fifa déjà sous pression avant sa réélection
Cette lettre ouverte intervient quelques jours après qu’un groupe de soixante-douze eurodéputés a écrit aux vingt-sept fédérations de football de l’Union européenne pour exiger une enquête sur l’implication du président de la Fifa, Gianni Infantino, dans l’affaire Balogun. Ces parlementaires évoquent des violations présumées du principe de neutralité politique et estiment que la fédération pourrait avoir enfreint son propre code d’éthique, selon la synthèse qu’en fait The Guardian. Le quotidien britannique a par ailleurs révélé que plus de deux cents associations membres de la Fifa soutenaient officiellement la candidature de Gianni Infantino à un quatrième mandat, seule une poignée de fédérations ne lui ayant pas apporté leur appui. Gianni Infantino, qui s’est rendu à plusieurs reprises au Forum économique mondial de Davos pour y présenter les retombées économiques du Mondial selon des communiqués publiés par la Fifa elle-même, briguera donc un nouveau mandat dans un contexte de défiance affichée par plusieurs institutions européennes.
Reste à savoir si la Fifa donnera suite à la proposition de dialogue formulée par Alain Berset avant l’échéance de 2030, année où la Coupe du monde se jouera très largement sur le sol européen. Entre pressions politiques, paris sportifs tentaculaires et candidature contestée, la fédération aborde l’après-Mondial 2026 avec un capital confiance sérieusement écorné auprès des institutions du continent.