Des images aériennes de l’agence européenne Frontex, filmées le 11 mai 2026 au large des côtes libyennes, relancent les soupçons de collusion entre l’ONG allemande Sea-Watch et des passeurs. Le parquet de Brindisi, en Italie, a ouvert une enquête pour « aide aggravée à l’immigration clandestine ». L’organisation dément catégoriquement toute coopération avec des trafiquants.
Selon des informations rapportées par Le Journal du Dimanche, une séquence aérienne d’environ trente minutes, filmée le 11 mai 2026 par un dispositif de surveillance de Frontex au large des côtes libyennes, montre le transfert d’environ 90 migrants depuis une embarcation de passeurs vers le navire humanitaire Sea-Watch 5. Sur ces images, cinq individus masqués et vêtus dans un style paramilitaire distribuent des gilets de sauvetage aux passagers avant leur transfert. Des sources sécuritaires européennes citées par le JDD estiment que la séquence pourrait démontrer une collusion réelle avec les passeurs, sans que cette qualification n’ait été établie par une juridiction à ce stade.
Une seconde série de vidéos, tournée le lendemain, le 12 mai, montre cette fois le pilote de l’embarcation de migrants, non masqué, dirigeant le bateau vers le Sea-Watch 5, sans qu’aucun signal de détresse ne soit visible sur les images consultées.
Une enquête ouverte par le parquet de Brindisi
Ces éléments ont conduit le parquet italien de Brindisi à ouvrir une enquête pour « aide aggravée à l’immigration clandestine », dans le cadre de laquelle l’équipage du Sea-Watch 5 pourrait être entendu. L’enquête doit permettre d’établir si les échanges observés relèvent d’une opération de sauvetage classique ou d’une coordination préalable avec les passeurs, ce que l’ONG conteste fermement.
Sea-Watch dément toute collusion avec les passeurs
Contactée, Sea-Watch a catégoriquement rejeté les accusations de coopération avec des réseaux de passeurs. L’organisation affirme que son équipage ignorait l’identité du pilote de l’embarcation et dément toute rencontre organisée avec des trafiquants. Dans une déclaration reprise par Le JDD, l’ONG affirme que « l’Italie a eu recours à ce scénario à plusieurs reprises » et soutient que des procédures similaires engagées par le passé ont, selon elle, systématiquement échoué, les actions menées visant à sauver des vies en mer.
Des réactions politiques tranchées en Italie et en France
Le gouvernement de la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni a appelé à faire toute la lumière sur les activités des ONG en Méditerranée. En France, plusieurs figures du Rassemblement national ont réagi aux révélations, le président du parti Jordan Bardella réclamant la confiscation des actifs des organisations concernées et l’arrêt de leur financement public. Ces prises de position politiques interviennent alors que l’enquête judiciaire est encore en cours et qu’aucune conclusion n’a été rendue publique par le parquet de Brindisi.
Ces soupçons relancent un débat récurrent depuis plusieurs années sur le rôle des ONG de sauvetage en Méditerranée, régulièrement mises en cause par certains gouvernements européens quant à leur rôle dans le passage de migrants. L’issue de l’enquête menée par la justice italienne déterminera si les images filmées par Frontex établissent une coordination avec les passeurs, ou si elles documentent, comme le soutient Sea-Watch, une opération de sauvetage en mer.