Mineurs isolés à Lyon : les « Stations » menacées, 102 places d’hébergement pourraient disparaître

À Lyon, un dispositif unique en France dédié à l’hébergement et à l’accompagnement des mineurs isolés étrangers en recours pourrait fermer d’ici la fin de l’année 2026. Faute de financements de la Métropole de Lyon et de la préfecture du Rhône, plus d’une centaine de places sont menacées, suscitant une vive inquiétude des associations et de plusieurs responsables politiques.

Le dispositif des « Stations », créé en 2020 dans la métropole de Lyon pour accueillir des mineurs non accompagnés en attente d’une décision judiciaire sur leur reconnaissance de minorité, est aujourd’hui menacé de disparition. Selon plusieurs informations rendues publiques, la Métropole de Lyon et la préfecture du Rhône, qui en assurent conjointement le financement, envisagent de mettre fin à leur soutien financier, entraînant la fermeture progressive des deux structures.

Ce dispositif représente aujourd’hui 102 places d’hébergement réparties sur deux sites : la Station Milan, financée par l’État, qui dispose de 50 places et dont la fermeture est annoncée au 30 septembre 2026, et la Station Rockefeller, financée par la Métropole de Lyon, qui accueille 52 jeunes et pourrait cesser son activité au 31 décembre 2026.

Cette perspective intervient alors que plusieurs centaines de jeunes étrangers en recours vivent dans une grande précarité sur le territoire lyonnais. En attente d’une décision du juge des enfants, ces adolescents se retrouvent souvent sans hébergement et sans véritable protection juridique durant une procédure pouvant durer plusieurs mois.

Créées à la suite de l’occupation du collège Maurice Scève en 2020, alors que l’executif écologiste de Bruno Bernard était aux commandes de la Métro, les Stations avaient été présentées comme une réponse innovante à cette situation. Initialement doté de 52 places, le dispositif avait été renforcé dès 2022 avec l’ouverture de 50 places supplémentaires afin de répondre à l’augmentation des besoins.

Selon le collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse, près de 738 jeunes ont été accompagnés depuis la création des Stations. Le collectif souligne que près de 80 % d’entre eux ont finalement été reconnus mineurs par la justice avant d’être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Pour les associations, ce résultat démontre que cette mise à l’abri temporaire répond à un besoin réel de protection pendant la période de recours.

Au-delà de l’hébergement, les Stations proposent un accompagnement éducatif, social, administratif et juridique. Elles facilitent également l’accès aux soins, la scolarisation et la stabilisation de jeunes souvent marqués par des parcours migratoires particulièrement difficiles.

Dans un communiqué, le collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse dénonce une décision qu’il juge « extrêmement brutale ». Les militants estiment que la suppression de l’ensemble des places d’hébergement remettrait en cause le principe de présomption de minorité et irait à l’encontre de la Convention internationale des droits de l’enfant. Ils rappellent également que de nombreux jeunes dorment toujours dehors malgré l’existence de ce dispositif et demandent à la Métropole de revenir sur cette décision.

La fermeture annoncée suscite également des réactions dans le monde politique. Les députés de gauche Marie-Charlotte Garin, Boris Tavernier, Sandrine Runel et Anaïs Belouassa Cherifi, ont adressé un courrier à la présidente de la Métropole de Lyon et au préfet du Rhône afin de demander le maintien des deux structures.

Dans cette lettre, les signataires rappellent que les Stations ont accueilli près de 800 jeunes en six ans et constituent un véritable outil de protection, mais aussi de coordination entre les associations, les établissements scolaires, les professionnels de santé et les services sociaux. Selon eux, leur disparition désorganiserait l’ensemble du réseau d’accompagnement construit progressivement sur le territoire lyonnais.

Les élus soulignent également que la situation reste particulièrement préoccupante avec près de 150 jeunes vivant encore sous des tentes au jardin des Chartreux, faute de solutions d’hébergement adaptées. À leurs yeux, fermer les Stations ne réduira pas le nombre de mineurs isolés présents sur le territoire, mais reportera leur prise en charge sur les associations, les collectifs citoyens et les établissements hospitaliers.

Ils estiment enfin que cette décision marque une rupture importante dans la politique d’accueil et de protection des mineurs en recours menée jusqu’à présent dans la métropole lyonnaise. Ils demandent à l’État et à la collectivité de renoncer aux fermetures annoncées et de mobiliser les moyens nécessaires au maintien de ces structures.

Si ces retraits de financements sont confirmés, la disparition des Stations mettrait fin à l’un des rares dispositifs français spécifiquement consacrés à la protection des mineurs non accompagnés durant leur procédure de recours, alors même que les besoins demeurent importants sur le territoire lyonnais.

Sources :

Rue89 Lyon : https://www.rue89lyon.fr/

Communiqué du collectif Soutiens/Migrants Croix-Rousse.

Courrier de Marie-Charlotte Garin, Boris Tavernier, Sandrine Runel et Anaïs Belouassa Cherifi adressé à la présidente de la Métropole de Lyon et au préfet du Rhône.