Cisjordanie : une ONG israélienne dénonce un plan de 2,3 milliards d’euros qui accélère l’annexion de facto

Deux ONG israéliennes tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’elles présentent comme une accélération sans précédent de la colonisation en Cisjordanie occupée. Selon leur enquête, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou mobilise l’équivalent de 2,3 milliards d’euros dans des infrastructures destinées à renforcer durablement les colonies israéliennes. Un projet qui intervient dans un contexte de fortes tensions régionales et de critiques croissantes de la communauté internationale.

Les organisations israéliennes Peace Now et Kerem Navot accusent le gouvernement de Benyamin Nétanyahou d’avoir engagé une politique d’une ampleur inédite visant à transformer durablement la Cisjordanie occupée. Dans un rapport publié le 7 juillet 2026, les deux ONG estiment que les autorités israéliennes ont lancé un vaste programme d’investissements évalué à environ 2,3 milliards d’euros, destiné principalement au développement des infrastructures reliant les colonies israéliennes entre elles et au territoire israélien. Selon leurs conclusions, ces dépenses participent à une stratégie d’« annexion de facto » qui modifierait profondément la réalité sur le terrain.

D’après les auteurs du rapport, ces investissements concernent notamment la construction de nouvelles routes réservées aux colons, l’élargissement d’axes routiers existants, le développement de réseaux de transport ainsi que diverses infrastructures civiles destinées à accompagner la croissance démographique des colonies. Pour Peace Now et Kerem Navot, ces projets dépassent largement le simple cadre de la sécurité ou de l’aménagement du territoire : ils viseraient à intégrer progressivement la Cisjordanie occupée dans le système administratif et économique israélien.

Les deux ONG estiment que cette politique est menée à un rythme inédit depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition dirigée par Benyamin Nétanyahou en décembre 2022, avec le soutien de plusieurs partis nationalistes et religieux favorables à une extension de la souveraineté israélienne sur tout ou partie de la Cisjordanie. Selon leur analyse, le gouvernement aurait profondément modifié les mécanismes administratifs permettant d’autoriser plus rapidement les projets de colonisation et de renforcer la présence israélienne dans les territoires occupés.

Le rapport souligne également que le contrôle israélien direct sur certaines portions de la Cisjordanie s’est considérablement renforcé depuis le début de la guerre déclenchée après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Les ONG estiment qu’Israël contrôle désormais environ 18 % du territoire contre 7 % avant cette période, grâce à l’extension des zones militaires, à la création de nouveaux avant-postes et à l’ouverture de nouvelles infrastructures destinées aux colons.

Un contexte marqué par une accélération de la colonisation

La question des colonies israéliennes constitue l’un des principaux points de blocage du conflit israélo-palestinien depuis plusieurs décennies. À l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, Israël prend le contrôle de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza. Dès les années suivantes, des implantations civiles israéliennes commencent à être établies dans ces territoires.

Aujourd’hui, plus de 700 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est selon différentes estimations internationales. Une grande partie de la communauté internationale considère ces colonies comme contraires au droit international, en référence notamment à la Quatrième Convention de Genève. Israël conteste cette interprétation juridique et défend une position différente sur le statut des territoires.

Depuis le retour au pouvoir de Benyamin Nétanyahou fin 2022, plusieurs ministres influents, dont le ministre des Finances Bezalel Smotrich, défendent ouvertement une extension durable de la présence israélienne en Cisjordanie. Les ONG accusent notamment ce dernier d’avoir facilité la multiplication des projets de colonisation en transférant davantage de compétences civiles aux autorités israéliennes présentes dans les territoires occupés.

Des critiques croissantes de l’ONU

Les conclusions de Peace Now et Kerem Navot rejoignent plusieurs alertes formulées ces derniers mois par les Nations unies. Le 6 février 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme estimait que l’expansion des colonies israéliennes atteignait un rythme sans précédent et risquait de compromettre définitivement la perspective d’un futur État palestinien viable. L’ONU évoquait également une multiplication des expulsions, des démolitions d’habitations palestiniennes ainsi que des restrictions de circulation dans plusieurs secteurs de la Cisjordanie.

Quelques jours plus tard, le 11 février 2026, le Haut-Commissaire Volker Türk dénonçait de nouvelles mesures israéliennes susceptibles, selon lui, d’accélérer encore davantage l’annexion progressive du territoire occupé. Il appelait Israël à respecter le droit international et à mettre fin à l’expansion des colonies.

Les ONG réclament une intervention internationale

Face à cette évolution, Peace Now et Kerem Navot estiment que les réactions diplomatiques actuelles demeurent insuffisantes. Les deux organisations demandent une implication plus forte de la communauté internationale afin d’empêcher que les changements engagés sur le terrain deviennent irréversibles.

Selon leur rapport, les infrastructures actuellement financées modifieraient durablement la géographie de la Cisjordanie en reliant plus efficacement les colonies israéliennes entre elles, tout en fragmentant davantage les territoires palestiniens. Les ONG considèrent que cette dynamique rendrait de plus en plus difficile l’application d’une solution à deux États, longtemps défendue par les principales puissances occidentales et les Nations unies.

Alors que la guerre à Gaza continue de concentrer l’attention internationale, les auteurs du rapport affirment que les évolutions en Cisjordanie passent souvent au second plan malgré leur importance stratégique. Ils estiment que les décisions prises depuis fin 2022 constituent l’une des transformations les plus profondes du territoire depuis plusieurs décennies et pourraient avoir des conséquences durables sur toute perspective de règlement politique du conflit israélo-palestinien.

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