Pegasus : de nouvelles preuves relancent les accusations contre le Maroc dans l’affaire du logiciel espion

Près de cinq ans après les révélations du Projet Pegasus, de nouveaux témoignages et des documents inédits viennent considérablement renforcer les accusations visant le Maroc. Une enquête internationale publiée le 16 juillet 2026 affirme qu’un ancien membre des services de renseignement marocains a détaillé le fonctionnement interne du système de surveillance utilisant le logiciel espion Pegasus. Ces révélations apportent un éclairage inédit sur une affaire qui a profondément marqué le débat mondial autour de la cybersurveillance.

Le scandale Pegasus connaît un nouveau rebondissement. Le 16 juillet 2026, un consortium international de médias coordonné par Forbidden Stories, avec la participation notamment de Le Monde, The Guardian, Haaretz, Die Zeit et El Confidencial, a publié une enquête fondée sur le témoignage d’un ancien membre des services de renseignement marocains. Surnommé « Safir » afin de protéger son identité, ce lanceur d’alerte affirme avoir participé pendant près d’une décennie aux activités de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le principal service de renseignement intérieur du Maroc.

Ces nouvelles révélations constituent les éléments les plus détaillés jamais rendus publics concernant l’utilisation présumée du logiciel espion Pegasus par les autorités marocaines. Elles viennent renforcer des accusations déjà formulées en 2021 mais systématiquement rejetées par Rabat.

Une affaire qui débute avec le Projet Pegasus

L’affaire remonte à juillet 2021. À cette époque, le consortium Forbidden Stories dévoile le « Projet Pegasus », une vaste enquête journalistique réalisée avec dix-sept médias internationaux et le soutien technique du Security Lab d’Amnesty International.

Les journalistes révèlent alors l’existence d’une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés comme cibles potentielles par différents clients du logiciel Pegasus, développé par l’entreprise israélienne NSO Group. Parmi les pays soupçonnés de l’utiliser figurent notamment le Maroc, l’Arabie saoudite, le Mexique, la Hongrie, l’Inde ou encore les Émirats arabes unis.

Le Maroc apparaît rapidement comme l’un des États les plus actifs selon les investigations. Les analyses techniques menées par Amnesty International ainsi que les recherches du Citizen Lab de l’Université de Toronto attribuent plusieurs infrastructures Pegasus à un opérateur marocain dès 2018. Plusieurs téléphones appartenant à des journalistes, militants des droits humains et personnalités politiques présentent alors des traces d’infection compatibles avec Pegasus. À l’époque, les autorités marocaines contestent fermement toutes les accusations. Rabat affirme n’avoir jamais acheté Pegasus et engage plusieurs procédures judiciaires contre différents médias français, dont Le Monde, Mediapart et Radio France. Ces actions n’aboutiront finalement pas devant la justice française.

Le témoignage inédit d’un ancien agent du renseignement

Les nouvelles révélations publiées en juillet 2026 changent toutefois la nature du dossier. Pour la première fois, un ancien membre de la DGST décrit publiquement, sous couvert d’anonymat, les méthodes employées au sein du service. Selon “Safir”, le Maroc aurait commencé à utiliser Pegasus dès 2017. Le logiciel aurait été réservé aux cibles jugées les plus importantes en raison de son coût élevé. Avant d’y recourir, les services privilégiaient d’autres techniques de surveillance, notamment des logiciels espions moins sophistiqués, des téléphones préalablement infectés ou encore des dispositifs installés dans certains cybercafés.

Le lanceur d’alerte affirme également que les premiers essais de Pegasus auraient concerné des téléphones appartenant à des agents de la DGST eux-mêmes, afin de tester les capacités du logiciel avant son déploiement opérationnel. Les documents analysés par le consortium international, les courriels internes, les fichiers techniques ainsi que plusieurs autres témoignages recueillis viennent, selon les journalistes, corroborer une grande partie des déclarations du lanceur d’alerte. Amnesty International indique avoir comparé ces éléments avec les données techniques déjà collectées lors du Projet Pegasus.

Des journalistes, militants et responsables politiques ciblés

L’enquête affirme que les premières personnes visées furent principalement des journalistes indépendants et des défenseurs des droits humains marocains. Parmi les noms régulièrement cités depuis plusieurs années figurent notamment les journalistes Omar Radi, Taoufik Bouachrine ou encore le militant Maati Monjib, dont les téléphones avaient déjà présenté des indices techniques d’infection lors des analyses réalisées par Amnesty International.

Les révélations de 2021 avaient également suscité une onde de choc en Europe. Plusieurs responsables politiques français apparaissaient parmi les numéros sélectionnés, tout comme le téléphone du président Emmanuel Macron, sans que cela ne constitue une preuve d’infection effective.

En Espagne, le Premier ministre Pedro Sánchez ainsi que plusieurs ministres avaient effectivement été victimes d’une infection par Pegasus en 2021. Les investigations avaient alors orienté les soupçons vers une implication marocaine dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat, même si aucune décision judiciaire définitive n’a officiellement attribué cette opération au royaume.

Une surveillance présentée comme systémique

Selon le témoignage recueilli par Forbidden Stories, Pegasus ne représentait qu’un outil parmi un arsenal beaucoup plus vaste. L’ancien agent décrit un système combinant interceptions des communications, dispositifs IMSI Catcher, logiciels espions issus d’autres entreprises spécialisées, surveillance physique, microphones dissimulés ainsi que campagnes de déstabilisation numériques contre certains opposants.

Il affirme également que certains opérateurs télécoms auraient facilité certaines opérations techniques en levant temporairement les limitations de consommation de données afin de rendre invisibles les transferts d’informations depuis les téléphones infectés. Ces affirmations n’ont toutefois pas été confirmées publiquement par les entreprises concernées, qui n’ont pas répondu aux sollicitations des journalistes.

Le Maroc continue de nier toute implication

Comme lors des précédentes révélations, les autorités marocaines n’ont pas reconnu avoir utilisé Pegasus. NSO Group, de son côté, maintient que son logiciel est exclusivement vendu à des gouvernements pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée. L’entreprise affirme ne pas contrôler l’utilisation faite par ses clients après la vente.

Selon les nouveaux éléments publiés en 2026, aucune utilisation de Pegasus par les services marocains n’aurait été détectée après l’automne 2021. Les enquêteurs estiment que cette interruption pourrait être liée aux révélations internationales du Projet Pegasus ainsi qu’au durcissement des conditions d’exportation imposées par Israël à NSO Group. Aucune confirmation officielle n’a toutefois été apportée sur ce point.

Ces nouvelles révélations constituent néanmoins une étape importante dans l’affaire Pegasus. En associant témoignages internes, documents confidentiels et analyses techniques déjà accumulées depuis plusieurs années, elles renforcent considérablement le corpus de preuves avancé par les enquêteurs internationaux. Si elles ne valent pas condamnation judiciaire, elles représentent à ce jour les accusations les plus étayées publiquement concernant l’utilisation du logiciel espion Pegasus par les services de renseignement marocains.

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