Vingt-six salariés et anciens salariés de Meta ont assigné le groupe en justice, l’accusant d’avoir utilisé un ensemble d’outils d’intelligence artificielle pour sélectionner les employés à licencier lors d’un plan social ayant touché 8 000 postes. Selon la plainte déposée le 13 juillet 2026 devant un tribunal fédéral de Californie du Nord, ce système aurait pénalisé les salariés ayant pris des congés médicaux ou familiaux protégés. Meta conteste fermement ces accusations.
Le 13 juillet 2026, vingt-six salariés et anciens salariés de Meta, restés anonymes dans la procédure, ont déposé une plainte devant le tribunal fédéral du district Nord de la Californie, à San Francisco. Selon Courthouse News Service, l’affaire a été confiée au juge William Orrick, nommé par l’ancien président Barack Obama. Dans leur plainte de 71 pages, les employés affirment que Meta n’a pas établi la liste des licenciements à partir du jugement de managers connaissant le travail de leurs équipes. Ils avancent que l’entreprise a mobilisé ce qu’ils décrivent comme une constellation d’outils d’intelligence artificielle internes, dont l’assistant Metamate, des agents dits de second cerveau entraînés par les salariés eux-mêmes, des données de surveillance des frappes au clavier et de l’activité, des tableaux de bord mesurant la consommation de jetons d’IA, ainsi que des systèmes de notation et de calibration des performances assistés par algorithme. Ces outils auraient servi à noter, classer et sélectionner les employés inscrits sur la liste des suppressions de poste.
Un plan social massif au nom de la bascule vers l’intelligence artificielle
Le contexte est celui d’une restructuration d’ampleur. En avril 2026, Meta avait annoncé la suppression d’environ 8 000 emplois, soit près de 10 % de ses effectifs, tout en réaffectant plusieurs milliers de salariés supplémentaires vers de nouveaux projets liés à l’intelligence artificielle. Le groupe, fondé par Mark Zuckerberg, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial au titre de la promotion 2009, entend se transformer en entreprise dite IA d’abord. Les premières notifications de licenciement ont débuté le 20 mai 2026. Selon la plainte, Meta avait développé, plus tôt dans l’année, un programme de surveillance interne captant les frappes au clavier, le contenu des écrans, l’activité de la souris, l’historique de navigation, les messages, les e-mails, ainsi que des données vocales, vidéo et de localisation sur les appareils fournis par l’entreprise. Les données collectées auraient servi à construire des outils d’intelligence artificielle, notamment pour une nouvelle organisation d’ingénierie à laquelle des salariés ont été affectés sans possibilité de refus. Le déploiement de ce programme aurait été annoncé par une simple publication interne, rédigée par un ingénieur plutôt que par un dirigeant, dans un groupe secondaire et sans réel mécanisme de consentement, selon les plaignants.
Une discrimination alléguée envers les salariés en congé protégé
Le cœur de la plainte porte sur un effet allégué de discrimination. Les employés soutiennent que le système d’intelligence artificielle, fondé sur des indicateurs de performance et de productivité, désavantageait structurellement les salariés ayant pris des congés médicaux, familiaux ou liés à un handicap au cours des vingt-quatre derniers mois, faute de disposer d’autant de données mesurables que leurs collègues. Selon eux, ce mode de calcul revenait à pénaliser des employés pour avoir exercé un droit légal. Les plaignants invoquent notamment des violations des lois étatiques sur les congés protégés, du Family and Medical Leave Act, du Pregnancy Discrimination Act et de l’Americans with Disabilities Act. Meta imposant à ses salariés un accord d’arbitrage individuel excluant les recours collectifs, les vingt-six plaignants doivent porter leurs demandes séparément devant des arbitres. Ils demandent néanmoins au tribunal fédéral une injonction visant à suspendre les licenciements, dont l’entrée en vigueur était prévue le 22 juillet 2026, et à rétablir leur statut de salarié tel qu’il existait au 20 mai.
Transparence algorithmique et réponse de Meta
Sollicité par la presse américaine, un porte-parole de Meta a rejeté les accusations. Selon des propos rapportés par CNBC, l’entreprise affirme que les décisions ont été prises « par des personnes, non par l’IA ». Cette affaire relance le débat sur la transparence des algorithmes utilisés dans la gestion des ressources humaines, un sujet suivi de près par les autorités américaines chargées de la lutte contre les discriminations à l’embauche et au licenciement. Meta, entreprise qui figure parmi les membres du Forum économique mondial, n’a pour l’instant communiqué aucun détail technique sur le fonctionnement précis des outils cités dans la plainte.
L’issue des procédures d’arbitrage, engagées séparément par chacun des vingt-six plaignants, pourrait mettre plusieurs mois à se dessiner. Au-delà du cas de Meta, cette affaire illustre les tensions croissantes entre l’automatisation des décisions en entreprise et le respect du droit du travail. Elle interroge aussi, plus largement, la place que les outils d’intelligence artificielle générative sont appelés à occuper dans les choix qui affectent directement la vie des salariés.