Ébola : l’OMS redoute une épidémie jusqu’à 4 fois plus importante que les chiffres officiels en République démocratique du Congo

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur une possible sous-estimation majeure de l’épidémie d’Ébola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo. Selon ses projections publiées le 14 juillet 2026, le nombre réel de contaminations pourrait être deux à quatre fois supérieur aux données officiellement recensées. Une situation qui souligne les difficultés persistantes de surveillance sanitaire dans une région confrontée à de nombreux défis sécuritaires et logistiques.

L’épidémie d’Ébola qui sévit dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) pourrait être bien plus importante qu’il n’y paraît. Mardi 14 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que l’ampleur réelle de la flambée épidémique pourrait dépasser « de deux à quatre fois » les chiffres officiellement enregistrés, malgré les progrès réalisés dans la détection des cas.

Cette estimation a été présentée par Chikwe Ihekweazu, directeur du programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS. Lors d’un point presse, il a expliqué que les modèles épidémiologiques de l’organisation indiquent que de nombreuses contaminations échappent encore aux systèmes de surveillance, notamment dans les zones les plus isolées ou les plus difficiles d’accès.

À ce stade, les autorités sanitaires congolaises recensent officiellement près de 2 000 cas d’Ébola et plus de 700 décès depuis le début de cette flambée. Si les projections de l’OMS se confirment, le nombre réel de personnes infectées pourrait donc être largement supérieur à ces statistiques, ce qui modifierait considérablement l’évaluation de la crise sanitaire.

Une épidémie déclarée au mois de mai 2026

Cette nouvelle flambée a été officiellement déclarée le 15 mai 2026 après la confirmation de plusieurs cas dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC. Les analyses réalisées par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) ont identifié la présence du virus Bundibugyo, l’une des espèces du virus Ebola responsables d’épidémies chez l’être humain. Dès les premiers jours, les autorités sanitaires congolaises, appuyées par l’OMS et plusieurs partenaires internationaux, ont engagé des opérations de recherche des cas, d’isolement des malades et de suivi des personnes ayant été en contact avec des patients infectés.

Cependant, le contexte local complique fortement ces interventions. La province de l’Ituri demeure marquée par des conflits armés récurrents, des déplacements massifs de populations et un accès difficile à certaines zones rurales. Ces contraintes ralentissent les enquêtes sanitaires et favorisent une circulation silencieuse du virus. Le 17 mai 2026, face à l’évolution rapide de la situation et à l’apparition de cas liés en Ouganda, l’OMS a déclaré cette flambée d’Ébola comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), son niveau d’alerte le plus élevé avant la qualification de pandémie. L’organisation a néanmoins précisé que la maladie ne répondait pas aux critères d’une pandémie mondiale, tout en insistant sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée.

Pourquoi les chiffres pourraient être largement sous-estimés

Pour les épidémiologistes, les données officielles ne reflètent pas toujours la réalité d’une épidémie, en particulier lorsque celle-ci survient dans des régions où les infrastructures médicales sont limitées. Dans plusieurs villages isolés de l’Ituri, certaines personnes malades ne consultent jamais un centre de santé. D’autres décèdent avant même d’avoir pu être testées. Les difficultés de transport, le manque de laboratoires, mais aussi la méfiance envers les autorités sanitaires compliquent encore davantage le recensement des cas.

Selon l’OMS, ces différents facteurs expliquent pourquoi les modèles statistiques estiment aujourd’hui que le nombre réel de contaminations pourrait être compris entre deux et quatre fois les chiffres officiellement rapportés. L’organisation précise toutefois que ses capacités de détection progressent continuellement. Les équipes de terrain renforcent le dépistage, améliorent la recherche des contacts et déploient davantage de moyens dans les zones affectées afin d’obtenir une photographie plus fidèle de la situation.

Une maladie particulièrement redoutée

Découverte en 1976 près de la rivière Ebola, en actuelle République démocratique du Congo, la maladie à virus Ebola reste l’une des fièvres hémorragiques les plus dangereuses connues. Le virus se transmet principalement par contact direct avec le sang ou les liquides biologiques d’une personne infectée ou décédée. Les premiers symptômes ressemblent souvent à ceux d’une grippe sévère : forte fièvre, fatigue importante, douleurs musculaires et maux de tête. Dans les formes les plus graves apparaissent ensuite des vomissements, des diarrhées, des atteintes neurologiques ainsi que des hémorragies internes et externes.

Le taux moyen de létalité est estimé autour de 50 %, même si celui-ci varie fortement selon les souches virales et la rapidité de la prise en charge médicale. Pour la souche Bundibugyo, les traitements restent principalement basés sur des soins intensifs de soutien, alors que les vaccins actuellement homologués concernent essentiellement une autre espèce du virus Ebola.

Face à cette possible sous-estimation de l’épidémie, l’OMS appelle les États partenaires à renforcer rapidement leur soutien logistique, financier et humain. Les autorités sanitaires poursuivent les campagnes d’information auprès des populations, la surveillance aux frontières, la formation du personnel médical ainsi que les opérations de recherche des personnes contacts afin de limiter la propagation du virus. Même si le risque d’une pandémie mondiale demeure faible en raison du mode de transmission d’Ébola, les spécialistes rappellent qu’une circulation non détectée du virus dans des régions fragiles peut rapidement entraîner une aggravation locale de la crise. Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour mesurer l’efficacité des dispositifs de surveillance et confirmer, ou non, les projections avancées par l’OMS.

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