À Nouakchott, lors du Forum régional sur l’investissement dans la santé, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et contributeur de l’agenda 2030, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les États africains à changer de modèle. Son intervention plaide pour une transition vers une souveraineté sanitaire fondée sur la production locale, des investissements durables et une coopération renforcée entre les secteurs public et privé.
Le financement de la santé en Afrique est entré dans une nouvelle phase de réflexion. Réunis à Nouakchott, en Mauritanie, responsables politiques, institutions financières, investisseurs et partenaires internationaux ont débattu d’une ambition commune : construire un système de santé plus autonome, capable de soutenir le développement économique du continent.
Invité d’honneur du Forum régional sur l’investissement dans la santé, organisé sous l’impulsion du gouvernement mauritanien et du président Mohamed Ould Ghazouani, le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a livré ce lundi 13 juillet un discours qui pourrait faire date. Son message repose sur une idée centrale : la santé ne doit plus être considérée comme une dépense, mais comme un investissement stratégique indispensable à la souveraineté des États africains.
La pandémie de COVID-19, révélateur des fragilités africaines
Le Dr Tedros est revenu sur les enseignements de la pandémie de COVID-19, qui a mis en évidence les déséquilibres mondiaux en matière d’accès aux vaccins, aux traitements et aux outils de diagnostic. La concentration de la production pharmaceutique dans un nombre limité de pays a fortement pénalisé de nombreuses nations africaines, confrontées à des difficultés d’approvisionnement au moment où les besoins étaient les plus importants.
Pour le responsable de l’OMS, cette crise a démontré que la sécurité sanitaire passe désormais par une capacité de production locale. Produire sur le continent des vaccins, des médicaments essentiels et des diagnostics de qualité devient un enjeu autant sanitaire qu’économique.
Cette vision s’inscrit dans une dynamique déjà engagée avec le développement de nouvelles capacités industrielles, soutenues notamment par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et l’Agence africaine du médicament (AMA), appelées à structurer un véritable marché pharmaceutique continental.
La jeunesse africaine, un atout économique majeur
Au-delà des enjeux sanitaires, le Dr Tedros a insisté sur le potentiel démographique exceptionnel de l’Afrique. Le continent possède aujourd’hui la population la plus jeune au monde et les projections indiquent qu’un habitant sur quatre sera africain d’ici le milieu du XXIᵉ siècle.
Cette évolution représente, selon lui, une formidable opportunité économique. Une population jeune constitue une main-d’œuvre en devenir, un marché intérieur en forte croissance ainsi qu’un moteur d’innovation scientifique et technologique. Encore faut-il que cette jeunesse puisse bénéficier d’un accès durable à des systèmes de santé performants.
Selon le Directeur général de l’OMS, chaque investissement consacré au renforcement des infrastructures sanitaires génère des retombées positives sur la productivité, la stabilité économique et la résilience des sociétés. La santé devient ainsi l’un des fondements du développement.
Mettre fin à la dépendance de l’aide extérieure
L’un des messages les plus marquants du discours concerne la transformation du modèle de financement de la santé en Afrique. Pendant plusieurs décennies, les systèmes sanitaires ont largement reposé sur les financements internationaux et sur les dépenses directement supportées par les ménages.
Le Dr Tedros estime que cette approche a atteint ses limites. Les paiements directs des patients demeurent le mode de financement le plus inégalitaire, tandis que plusieurs pays africains n’ont toujours pas atteint les objectifs budgétaires fixés lors de la Déclaration d’Abuja, qui invitait les États à consacrer une part plus importante de leurs dépenses publiques au secteur de la santé.
Face à la diminution de certaines aides internationales, il appelle à un changement de paradigme reposant sur une mobilisation accrue des ressources nationales, le développement des financements mixtes associant capitaux publics et privés, ainsi qu’une participation renforcée des investisseurs.
Développer une industrie pharmaceutique durable
La souveraineté sanitaire ne pourra toutefois être atteinte sans une véritable stratégie industrielle. Le Dr Tedros rappelle que la construction d’usines de fabrication ne constitue qu’une première étape.
Le développement d’une industrie pharmaceutique compétitive suppose également la formation d’une main-d’œuvre hautement qualifiée, la mise en place d’autorités réglementaires solides et l’accélération des transferts de technologies.
Dans cette perspective, l’OMS, l’agence onusienne membre du Forum économique mondial a lancé en 2023 une initiative mondiale consacrée à la formation aux métiers de la biofabrication. Ce programme s’appuie désormais sur sept centres régionaux de formation ainsi qu’un pôle mondial destinés à renforcer les compétences nécessaires à l’essor de la production pharmaceutique africaine.
Une mobilisation collective des acteurs publics et privés
Pour concrétiser cette transformation, le Directeur général de l’OMS plaide en faveur d’une coopération étroite entre gouvernements, institutions financières internationales et entreprises privées.
Les États sont invités à créer un environnement réglementaire stable et attractif, tandis que des partenaires membres du Forum économique mondial comme la Banque islamique de développement (BiD) et la Banque africaine de développement (BAD) sont appelés à faciliter les investissements en réduisant les risques financiers des projets industriels.
Le secteur privé est également considéré comme un acteur essentiel, capable d’apporter capitaux, innovations technologiques et expertise industrielle. L’OMS entend pour sa part jouer un rôle de facilitateur en mettant en relation les différents partenaires et en favorisant les transferts de connaissances.
En conclusion de son intervention, le Dr Tedros a lancé un appel fort aux participants du forum : faire de Nouakchott non pas le lieu d’un simple débat sur les investissements dans la santé, mais celui où une nouvelle manière d’investir a véritablement commencé. Derrière cette ambition se dessine une vision plus large, dans laquelle la souveraineté pharmaceutique, le développement économique et la sécurité sanitaire avancent désormais de concert pour bâtir une Afrique plus résiliente.
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