Billets en euros, illustration dette publique

Dette publique : vue d’Allemagne, la France titube vers la faillite

La dette publique française a atteint 118,5 % du produit intérieur brut en 2026, un niveau record qui nourrit outre-Rhin les mises en garde contre un scénario à la française. Berlin, dont les propres déficits se creusent, observe la trajectoire parisienne comme un avertissement. Entre instabilité gouvernementale en France et virage budgétaire en Allemagne, les deux premières économies de la zone euro affrontent une même difficulté : réduire la dépense publique sans majorité pour le faire.

Selon les données de l’Agence France Trésor et du Sénat, la dette publique française a atteint fin 2025 un niveau record de 115,7 % du PIB, soit 3 460,5 milliards d’euros, et devrait grimper à 118,5 % du PIB en 2026, soit plus de 160 milliards d’euros de dette supplémentaire en une seule année. La charge d’intérêts doit bondir de près de 12 milliards d’euros pour atteindre 77,4 milliards d’euros, soit 2,5 points de PIB. Le gouvernement a par ailleurs révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2026, à 0,7 % contre 0,9 % anticipé en avril, ce qui rend quasiment inévitable un dérapage par rapport à l’objectif de déficit fixé à 5 % du PIB. Le président du Sénat Gérard Larcher a estimé à 6 milliards d’euros le montant de coupes supplémentaires nécessaires pour tenir le budget 2026.

Une instabilité politique qui bloque les réformes

Cette dérive budgétaire s’inscrit dans un contexte d’instabilité gouvernementale inédite. Le 8 septembre 2025, l’Assemblée nationale a désapprouvé la déclaration de politique générale du gouvernement de François Bayrou par 364 voix contre 194, provoquant sa chute : une première sous la Ve République par cette procédure. Le plan Bayrou prévoyait pourtant 43,8 milliards d’euros d’économies pour 2026. Depuis, le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni le 7 juillet un comité d’alerte des finances publiques pour tenter de fixer un cap. Mais la même difficulté demeure : à l’Assemblée nationale, aucun bloc, ni la gauche, ni le Rassemblement national de Marine Le Pen et Jordan Bardella, ni le camp macroniste très affaibli depuis la dissolution de 2024, ne dispose d’une majorité pour porter seul un plan de réduction des dépenses.

Vu d’Allemagne, un avertissement à ne pas suivre

Cette situation nourrit, dans une partie de la presse conservatrice allemande, la lecture d’un avertissement pour l’Allemagne. Le média Tichys Einblick a ainsi comparé la trajectoire française à une « machine à remonter le temps » : Berlin y verrait, selon cette lecture, son propre avenir possible si la dérive des dépenses publiques et le blocage politique venaient à s’installer durablement outre-Rhin également. L’analyse souligne que la France et l’Allemagne partagent, malgré des niveaux d’endettement très différents, deux points communs : la difficulté à réduire durablement la dépense publique, et une fragmentation politique qui complique tout compromis budgétaire clair.

Berlin engage pourtant son propre virage budgétaire

De fait, la dette publique allemande a elle aussi augmenté, à 2,8 billions d’euros, portant le ratio d’endettement à 63,5 % du PIB contre 62,2 % en 2024, au-dessus du plafond de 60 % fixé par les règles européennes, qui n’avait plus été respecté depuis 2019. Le déficit public devrait atteindre 3,5 % du PIB en 2026 puis 3,6 % en 2027, la Bundesbank évoquant même un déficit de 4,8 % et une dette de 68 % du PIB à l’horizon 2028. Après des années de rigueur imposée par le « frein à la dette » inscrit dans la Constitution, l’Allemagne a opéré en 2026 un virage budgétaire majeur, en ouvrant deux dérogations : une exemption sectorielle pour les dépenses de défense et un fonds spécial pour les infrastructures et la transition climatique. Le ministre des Finances Lars Klingbeil justifie cette hausse de l’endettement par les tensions sécuritaires liées aux incursions russes dans l’espace aérien de pays membres de l’OTAN.

La comparaison a ses limites : l’Allemagne part d’un niveau d’endettement bien inférieur à celui de la France, et dispose encore d’une capacité d’emprunt que Paris a en grande partie épuisée. Mais le constat d’une dépense publique difficile à maîtriser, dans un paysage politique fragmenté, se retrouve des deux côtés du Rhin. Reste à savoir si Berlin saura tirer les leçons de la trajectoire française avant que ses propres marges de manœuvre budgétaires ne se réduisent à leur tour.


Sources : Courrier International — vu d’Allemagne, gare à ne pas suivre l’exemple de la France qui titube vers la faillite, Tichys Einblick — Frankreichs Weg in den Staatsbankrott