Ali Lmrabet : le journaliste franco-marocain interpellé au Maroc sur fond de tensions autour de la liberté de la presse

Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été interpellé dimanche 12 juillet 2026 à son arrivée à l’aéroport de Tanger, au Maroc, en provenance d’Espagne. Figure historique de la presse indépendante marocaine, il est accusé par les autorités de « diffusion de fausses informations » et d’atteinte aux institutions, selon son épouse et l’organisation Reporters sans frontières. Cette arrestation ravive le débat autour de la liberté d’expression au Maroc et du parcours d’un journaliste déjà confronté à plusieurs sanctions judiciaires dans le passé.

L’arrivée d’Ali Lmrabet au Maroc a rapidement pris une tournure judiciaire. Le journaliste franco-marocain de 66 ans a été interpellé dimanche 12 juillet 2026 à l’aéroport de Tanger, dans le nord du pays, après être arrivé d’Espagne, où il réside et travaille depuis plusieurs années. Selon son épouse, Laura Feliu, contactée par l’Agence France-Presse (AFP), le journaliste lui aurait indiqué avoir été retenu par les autorités pour des faits liés à une accusation de « diffusion de fausses informations » et d’« atteinte aux institutions ».

D’après le récit de son épouse, Ali Lmrabet l’a appelée vers 19 heures, heure locale, pour lui expliquer sa situation. Il lui aurait également affirmé faire l’objet de plusieurs avis de recherche liés à ces accusations. Le parquet marocain, sollicité par l’AFP, n’avait pas communiqué de réponse immédiate au moment de l’annonce de son interpellation.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF), qui suit régulièrement la situation des journalistes dans le monde, a confirmé l’arrestation en indiquant que le journaliste était soupçonné de « diffusion présumée de fausses informations portant atteinte aux institutions constitutionnelles ». Selon l’ONG, Ali Lmrabet devait être transféré vers Casablanca afin d’être entendu par la brigade nationale avant une présentation devant le procureur prévue lundi 13 juillet.

Cette nouvelle affaire s’inscrit dans le parcours particulièrement mouvementé d’un journaliste connu pour ses enquêtes et ses prises de position critiques envers les autorités marocaines. Né en 1959, Ali Lmrabet est devenu au fil des années l’une des figures emblématiques de la presse indépendante au Maroc, dans un contexte où les relations entre pouvoir politique et médias restent régulièrement au centre des débats.

Son nom est notamment associé à la création de plusieurs publications satiriques et critiques, parmi lesquelles Demain Magazine et Doumane, un hebdomadaire arabophone. Ces journaux avaient marqué le paysage médiatique marocain au début des années 2000 par un ton très libre et des sujets souvent sensibles. En 2003, les deux publications avaient été interdites après un procès dans lequel Ali Lmrabet avait notamment été poursuivi pour « outrage au roi ». Le journaliste avait alors été condamné à trois ans de prison avant d’être libéré au début de l’année 2004 à la suite d’une grâce royale.

Quelques années plus tard, Ali Lmrabet a de nouveau été confronté à une procédure judiciaire. En avril 2005, il a été condamné pour diffamation à la suite de déclarations concernant les Sahraouis des camps de Tindouf, situés dans le sud-ouest de l’Algérie. Cette affaire avait conduit à une interdiction d’exercer le métier de journaliste au Maroc pendant dix ans, jusqu’en avril 2015.

La question du Sahara occidental demeure l’un des sujets politiques les plus sensibles au Maroc. Le territoire disputé oppose depuis plusieurs décennies le Maroc au Front Polisario, soutenu historiquement par l’Algérie, et constitue un dossier majeur de la diplomatie marocaine. Les prises de position publiques liées à cette question font régulièrement l’objet d’une attention particulière des autorités.

Selon son épouse, Ali Lmrabet ne s’était plus rendu au Maroc depuis plusieurs années, notamment après le décès de son père qui vivait dans le pays. Son retour a donc été marqué par cette interpellation qui intervient dans un climat déjà tendu autour de la place accordée aux journalistes critiques et aux voix indépendantes.

Au-delà du cas personnel d’Ali Lmrabet, cette affaire remet en lumière les difficultés rencontrées par certains journalistes marocains travaillant sur des sujets considérés comme sensibles par les autorités. Le journaliste, qui poursuit son activité depuis Barcelone, reste une personnalité reconnue dans le paysage médiatique marocain et international pour son engagement en faveur d’une presse indépendante. L’évolution de la procédure judiciaire engagée contre lui devait être précisée lors de sa présentation devant les autorités judiciaires marocaines le 13 juillet 2026.

Sources

Agence France-Presse (AFP) – Informations reprises dans l’article du Monde sur l’interpellation d’Ali Lmrabet – 12 juillet 2026 – https://www.afp.com

Le Monde – « Au Maroc, le journaliste Ali Lmrabet interpellé pour diffusion de fausses informations » – 13 juillet 2026 – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/13/au-maroc-le-journaliste-ali-lmrabet-interpelle-pour-diffusion-de-fausses-informations_6723056_3210.html

Reporters sans frontières (RSF) – Communiqué relatif à l’interpellation d’Ali Lmrabet – 12 juillet 2026 – https://rsf.org