Bill Browder, financier americano-britannique a l origine des sanctions Magnitski

Blanchiment d’argent russe à Monaco : les accusations de Bill Browder

Le financier américano-britannique et contributeur de l’agenda 2030, Bill Browder accuse Monaco d’avoir servi de refuge à du blanchiment d’argent russe lié à l’affaire Magnitski. Des documents issus des Pandora Papers pointeraient le passage de fonds sanctionnés par des comptes monégasques, tandis que la justice de la Principauté affirme avoir renforcé sa lutte contre la criminalité financière.

Tout part d’une fraude fiscale massive de 230 millions de dollars, découverte en 2007 par Sergueï Magnitski, alors avocat du fonds d’investissement Hermitage Capital Management, dirigé par Bill Browder et membre du Forum économique mondial. Arrêté en 2008, l’avocat russe meurt en détention à Moscou en novembre 2009, dans des circonstances toujours suspectes. Sa mort donne naissance à une législation internationale, la loi Magnitski, adoptée par les États-Unis en 2012 puis par le Royaume-Uni et l’Union européenne, qui permet de sanctionner les responsables de violations des droits humains et de corruption. Dans un entretien accordé au média néerlandais Follow the Money, Bill Browder affirme que Monaco est depuis longtemps l’une des principales destinations de blanchiment d’argent en Europe. Selon lui, des sociétés offshore liées au groupe criminel organisé dirigé par Dmitry Klyuev, sanctionné dans le cadre du dispositif Magnitski, auraient transféré 3,3 millions de dollars vers la Principauté après la fraude initiale.

Des sociétés écrans révélées par les Pandora Papers

En 2023, l’équipe de Bill Browder a déposé une plainte pénale à Monaco pour tenter de récupérer ces fonds. Une enquête a été ouverte fin 2023, mais aucune mise à jour n’aurait été communiquée depuis, selon le financier. Des documents issus des Pandora Papers, transmis à l’International Consortium of Investigative Journalists, mettent en lumière le rôle présumé d’Avenant International SA, une société écran panaméenne liée à un homme d’affaires russe du secteur pétrolier. Son compte à la Bank Vontobel, en Suisse, aurait reçu 132 000 dollars en janvier 2012 de la part de Zibar Management, société chypriote appartenant à Dmitry Klyuev. Un autre document daté de 2009 confirme qu’Avenant utilisait une structure d’actions au porteur, une forme de propriété rendant impossible l’identification du véritable bénéficiaire, une pratique aujourd’hui interdite dans la plupart des pays en raison des risques de blanchiment.

Monaco répond aux accusations

Bill Browder qualifie la réponse des autorités monégasques de chef-d’œuvre d’obstruction bureaucratique, estimant qu’elles n’ont pas suivi ses demandes de mise à jour. La justice de la Principauté oppose à ces critiques des chiffres : le service de gestion des avoirs, créé en 2022 et pleinement activé en 2024, a géré plus de 340 millions d’euros de biens saisis au 31 décembre 2025, dont 200 millions d’avoirs financiers. Le secrétaire d’État Samuel Vuelta Simon affirme que les échanges avec les homologues internationaux se sont multipliés et qu’une circulaire demande désormais au parquet de prioriser les demandes de coopération judiciaire. Le nombre de magistrats est également passé de six à huit, avec une section financière dédiée à l’anti-blanchiment.

Une réputation fragilisée par la liste grise du Gafi

Monaco figure toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière depuis juin 2024, l’organisme international chargé de la surveillance des règles anti-blanchiment. Pour George Voloshin, expert en criminalité financière au sein de l’Association des spécialistes certifiés en lutte contre le blanchiment d’argent, le secteur financier monégasque est historiquement habitué à une clientèle prenant davantage de risques que dans d’autres juridictions. Il estime que la Principauté a vérifié de manière inadéquate la propriété réelle de certaines sociétés et de certains comptes bancaires, ce qui a pu conduire à des violations potentielles des sanctions internationales. L’enquête ouverte en 2023 reste, à ce jour, sans conclusion connue.


Source : Monaco Hebdo — https://monaco-hebdo.com/actualites/international/monaco-un-refuge-pour-abriter-largent-sale-russe/