Christian Delorme : Lyon honore une figure historique du dialogue et de la fraternité

La Ville de Lyon a remis sa médaille au père Christian Delorme, jeudi 9 juillet, en hommage à plus de cinquante ans d’engagement en faveur de l’égalité, du dialogue interreligieux et de la défense des plus fragiles. Une distinction que le « curé des Minguettes » a souhaité transformer en appel à défendre les valeurs humanistes face aux tensions actuelles.

Les salons de l’Hôtel de Ville de Lyon étaient combles, jeudi 9 juillet, pour la remise de la médaille de la Ville au père Christian Delorme. Devant de nombreux élus, responsables associatifs et personnalités lyonnaises, le maire Grégory Doucet a salué le parcours d’un homme devenu, au fil des décennies, l’une des grandes figures des combats pour la justice sociale et le dialogue entre les religions.

D’abord hésitant à accepter cette distinction, Christian Delorme a expliqué qu’il ne souhaitait pas recevoir une récompense personnelle. « Ce n’est pas ainsi que l’on accède au Paradis », aurait-il tout d’abord répondu. Il a finalement accepté cette médaille afin d’en faire un symbole, estimant que le contexte actuel exige de rappeler l’importance des valeurs de fraternité, d’égalité et de solidarité.

Né à Lyon en 1950, le prêtre s’est très tôt engagé auprès des populations les plus vulnérables. Ordonné en 1978, il accompagne les habitants des Minguettes, à Vénissieux, où il lutte contre les discriminations et les expulsions de jeunes immigrés. Cet engagement lui vaut le surnom de « curé des Minguettes », qui restera associé à son parcours.

Christian Delorme est également l’un des initiateurs de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Partie des Minguettes jusqu’à Paris, cette mobilisation non violente marque durablement l’histoire des luttes contre les discriminations en France et contribue notamment à l’instauration de la carte de séjour de dix ans.

Tout au long de sa vie, il s’investit aussi dans le dialogue entre chrétiens et musulmans ainsi que dans l’accompagnement des personnes migrantes, des demandeurs d’asile et des plus précaires.

La cérémonie a également été rythmée par une série de témoignages mettant en lumière les différentes facettes de l’engagement de Christian Delorme. Cybèle Lespérance est revenue sur le soutien apporté par le prêtre aux prostituées ayant occupé l’église Saint-Nizier en 1975, saluant un homme qui « a parlé sans prendre notre voix ».

Ibrahima Diallo et Ibrahim Koné, tous deux accompagnés par Christian Delorme dans leurs démarches de demande d’asile, ont évoqué son écoute et son soutien constant auprès des personnes les plus vulnérables.

Farid L’Haoua, membre de l’Association de solidarité avec tous les immigrés (ASTI), a quant à lui rendu hommage à un compagnon de route engagé depuis des décennies dans les combats pour la justice sociale.

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, a conclu cette série d’hommages en saluant la fidélité du « curé des Minguettes » à une même ligne de conduite : accompagner les plus fragiles, rendre leur parole audible sans jamais se substituer à eux, et faire vivre, au quotidien, les valeurs de fraternité et de dignité humaine.

Dans son discours, Christian Delorme a mis en garde contre la montée des nationalismes, des discours de haine et des divisions qui fragilisent les démocraties. Il a appelé à défendre sans relâche les valeurs humanistes et à refuser toute discrimination fondée sur l’origine, la religion, les convictions, la couleur de peau ou l’orientation sexuelle.

À travers cette distinction, la Ville de Lyon a rendu hommage à un homme dont l’engagement dépasse largement le cadre religieux. Depuis plus d’un demi-siècle, Christian Delorme incarne une même exigence de non-violence, de dialogue et de défense de la dignité humaine.