Le Sénat propose 53 recommandations pour mieux soutenir et encadrer les créateurs de contenus d’information sur les plateformes numériques. Ce chantier, mené par la commission de la culture et de la communication, s’appuie sur une mission d’information dotée des prérogatives d’une commission d’enquête consacrée aux « zones grises » de l’information en ligne. Les sénateurs pointent la fragilité économique d’un secteur en plein essor sur YouTube, les réseaux sociaux et Twitch, mais quasiment privé d’aides publiques.
Selon les informations rapportées par Le Figaro et corroborées par Public Sénat et Journal du Net, la commission de la culture et de la communication du Sénat a rendu public un rapport de 53 recommandations le 9 juillet 2026. Ce travail fait suite à une mission d’information ayant obtenu les prérogatives d’une commission d’enquête, un dispositif qui permet notamment de convoquer des témoins et de consulter des documents habituellement inaccessibles.
La mission s’est penchée sur les « zones grises » de l’information en ligne, cette zone frontière où évoluent des créateurs qui produisent de l’actualité, de l’analyse ou du débat public sans relever du statut de journaliste professionnel. Le rapport dresse le constat d’un secteur économiquement fragile. Les créateurs de contenus d’information dépendent très largement des plateformes qui les diffusent, YouTube, les réseaux sociaux et Twitch en tête, et bénéficient de très peu de soutiens publics comparés aux médias traditionnels.
Un statut hybride qui bloque l’accès aux aides
Le rapport identifie une cause structurelle à cette fragilité. Les créateurs de contenus d’information occupent aujourd’hui un statut hybride qui les empêche d’accéder aux dispositifs de soutien public classiques. Ils ne relèvent pas de la presse écrite, car leur production est majoritairement vidéo, et ils ne relèvent pas non plus du régime de l’audiovisuel, car ils ne diffusent pas sur des fréquences hertziennes.
Ce vide statutaire les place dans un angle mort réglementaire. Les aides à la presse, comme les aides à l’audiovisuel, ont été conçues pour des modèles de diffusion antérieurs à l’essor des plateformes numériques. Les créateurs qui produisent de l’information sur YouTube ou les réseaux sociaux ne peuvent revendiquer ni l’un ni l’autre de ces cadres, alors même que leur activité s’apparente, dans les faits, à un travail journalistique ou éditorial.
53 recommandations pour reconnaître et encadrer le secteur
Pour sortir de cette impasse, le Sénat propose de reconnaître et d’encadrer ce statut hybride. L’idée centrale du rapport consiste à conditionner l’accès aux aides publiques au respect de règles déontologiques et professionnelles. Concrètement, un créateur de contenus d’information souhaitant bénéficier de soutiens publics devrait s’engager à respecter un cadre de bonnes pratiques, à l’image de ce qui existe pour la presse labellisée.
Ce principe de conditionnalité répond à une double préoccupation des sénateurs. D’une part, éviter que l’argent public ne finance des contenus de désinformation ou des pratiques éditoriales douteuses. D’autre part, permettre aux créateurs qui exercent une véritable activité d’information, avec un souci de vérification et de rigueur, d’accéder enfin à des financements dont ils sont aujourd’hui exclus par construction. Les 53 recommandations du rapport couvrent ainsi à la fois la reconnaissance du statut, les règles déontologiques associées, et les modalités concrètes d’accès aux dispositifs de soutien.
Les réactions du secteur et la piste du CNC
Du côté des créateurs eux-mêmes, les aides publiques sont présentées comme « la clé d’une indépendance structurelle ». Cette formulation traduit une réalité économique précise : un créateur dépendant à la fois des revenus publicitaires des plateformes et de leurs algorithmes de recommandation dispose de peu de marges de manœuvre pour construire un modèle éditorial pérenne.
L’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenus, l’UMICC, a évoqué la piste d’un soutien du Centre national du cinéma et de l’image animée, le CNC. L’accompagnement de cet établissement public est aujourd’hui essentiellement orienté vers la fiction et l’audiovisuel classique. Son ouverture, même partielle, aux créateurs de contenus d’information marquerait une évolution notable de son périmètre d’intervention, et donnerait un débouché concret aux recommandations sénatoriales.
Le rapport du Sénat ouvre ainsi un chantier qui dépasse la seule question du financement. Il touche à la manière dont la puissance publique reconnaît, ou non, les nouvelles formes de production de l’information nées avec les plateformes numériques. Pour l’écosystème du journalisme augmenté et des créateurs de contenus d’information indépendants, la question du statut et des aides publiques conditionnées à des règles déontologiques dessine un cadre encore à construire, dont les prochains débats parlementaires diront s’il trouve une traduction législative.
Source : Le Figaro, informations corroborées par Public Sénat et Journal du Net.