Jean Pormanove : le procès de Naruto et Safine après la mort du streameur en direct sur Kick

Le procès des streameurs Naruto et Safine s’est ouvert le 6 juillet 2026 devant le tribunal correctionnel de Nice, près d’un an après la mort en direct de Jean Pormanove sur la plateforme Kick. Les deux créateurs de contenu sont jugés pour des faits de violences en réunion, abus de faiblesse et diffusion d’images violentes, mais pas pour le décès du streameur, dont les circonstances ont fait l’objet d’une enquête distincte.

L’affaire Jean Pormanove connaît une nouvelle étape judiciaire. Le lundi 6 juillet 2026, Owen Cenazandotti, connu sous le pseudonyme Naruto, et Safine Hamadi, alias Safine, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Nice dans un procès très attendu par la communauté du streaming et par les observateurs des dérives liées aux contenus diffusés en direct.

Les deux hommes, qui animaient la chaîne « Le Lokal » sur la plateforme Kick, doivent répondre de plusieurs infractions liées à des séquences diffusées pendant des lives mettant en scène Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, ainsi qu’un autre participant identifié comme Stéphane G., surnommé Coudoux. Les poursuites concernent notamment des faits de violences en réunion, d’abus de faiblesse, de diffusion d’images violentes et de provocation à la haine ou à la violence.

Une distinction judiciaire essentielle s’impose : le tribunal correctionnel de Nice ne juge pas directement la mort de Jean Pormanove. Le streameur de 46 ans est décédé dans la nuit du 17 au 18 août 2025, alors qu’il apparaissait dans un direct diffusé sur Kick depuis son domicile situé à Contes, dans les Alpes-Maritimes. Après les premières investigations, l’autopsie a conclu à l’absence d’intervention d’un tiers dans son décès et l’enquête concernant une éventuelle responsabilité pénale liée à sa mort a été classée sans suite en février 2026.

L’audience porte donc sur les mois qui ont précédé cette disparition et sur le fonctionnement d’un système de contenus où humiliations, insultes et violences physiques étaient mises en scène devant une audience en ligne. Les enquêteurs ont étudié de nombreuses séquences publiées sur plusieurs plateformes afin de déterminer si ces scènes relevaient réellement d’un spectacle accepté par tous les participants ou si elles constituaient des infractions pénales.

Au cœur des débats figure également la question du consentement. Les prévenus ont soutenu que les lives reposaient sur un concept scénarisé, comparable à une forme de mise en scène ou de « pièce de théâtre ». Devant le tribunal, les juges doivent cependant examiner les rapports de domination entre les différents protagonistes, la vulnérabilité éventuelle de certaines personnes filmées et les conséquences de contenus produits pour générer de l’audience.

Lors de l’ouverture du procès, Safine Hamadi a exprimé des regrets concernant certaines séquences diffusées. Les débats ont également montré la difficulté pour les prévenus d’expliquer la frontière entre humour, divertissement et violences. De son côté, Owen Cenazandotti a défendu l’idée que ces contenus s’inscrivaient dans un cadre de divertissement en ligne.

Le procès intervient dans un contexte où les plateformes de streaming en direct sont régulièrement interrogées sur leurs mécanismes de modération. Contrairement aux contenus enregistrés puis vérifiés avant publication, les directs permettent une diffusion immédiate d’images parfois difficiles à contrôler. L’affaire Jean Pormanove a ainsi dépassé le simple cadre d’un conflit entre créateurs de contenu pour devenir un symbole des interrogations autour de l’économie de l’attention et de la course aux audiences.

Le ministère public a livré ses réquisitions le 7 juillet 2026. La procureure a demandé 30 mois de prison, dont 18 mois assortis d’un sursis probatoire, ainsi qu’une amende de 30 000 euros contre Naruto. Concernant Safine, le parquet a requis 18 mois de prison avec sursis probatoire et 15 000 euros d’amende. Le ministère public a également demandé une interdiction définitive de publication sur les plateformes numériques pour les deux hommes.

Au-delà du cas individuel de Naruto et Safine, cette audience pose une question centrale : jusqu’où un créateur peut-il aller pour produire un contenu destiné à divertir et attirer une audience ? Le tribunal devra désormais déterminer si les séquences diffusées relevaient d’un cadre accepté entre participants ou si elles ont franchi les limites fixées par le droit pénal.

Le jugement attendu dans cette affaire sera particulièrement suivi, car il pourrait contribuer à définir plus précisément la responsabilité des créateurs de contenus numériques face aux dérives potentielles du direct et aux mécanismes économiques qui encouragent la recherche permanente du buzz.

Sources :
Le Progrès – « Justice. Mort de Jean Pormanove : de lourdes réquisitions contre les streamers Naruto et Safine » – 7 juillet 2026

TF1 Info – « Après la mort de Jean Pormanove, les streamers Naruto et Safine jugés à Nice pour violences en ligne » – 6 juillet 2026

Association de la Presse Judiciaire – « Procès des influenceurs Naruto et Safine pour des violences commises sur personnes vulnérables » – 6 juillet 2026

Boursorama / AFP – « Avant la mort de Jean Pormanove, mauvaises blagues ou vraies violences ? » – 6 juillet 2026