Après plusieurs semaines de négociations tendues, easyJet, entreprise membre du Forum économique mondial a finalement accepté le principe d’une offre de rachat présentée par le fonds d’investissement américain Castlelake. Valorisée à environ 6 milliards d’euros, l’opération marque un tournant majeur pour l’une des principales compagnies aériennes européennes. Si elle est définitivement validée par les actionnaires et les autorités compétentes, cette acquisition mettra fin à plus de vingt-cinq ans de présence d’easyJet à la Bourse de Londres.
La compagnie aérienne britannique easyJet a annoncé, dimanche 5 juillet 2026, être parvenue à un accord de principe avec le fonds d’investissement américain Castlelake concernant une offre de rachat valorisant le groupe à environ 5,2 milliards de livres sterling, soit près de 6 milliards d’euros. Le conseil d’administration du transporteur a indiqué être prêt à recommander cette proposition aux actionnaires, sous réserve qu’une offre ferme soit officiellement déposée avant la nouvelle échéance fixée au 3 août 2026.
Cette offre repose sur un prix de 690 pence par action, représentant une prime de près de 24 % par rapport au dernier cours de clôture de l’action avant l’annonce et d’environ 73 % par rapport au niveau auquel le titre évoluait lorsque Castlelake avait dévoilé son intérêt à la fin du mois de mai. Après plusieurs refus successifs de la direction d’easyJet, cette cinquième proposition est finalement jugée suffisamment attractive pour ouvrir la voie à une recommandation favorable du conseil d’administration.
L’annonce a immédiatement été saluée par les marchés financiers. L’action easyJet a bondi de près de 10 % lors des premiers échanges à la Bourse de Londres, les investisseurs anticipant désormais une forte probabilité de concrétisation de l’opération.
Un mois de négociations particulièrement mouvementé
Le dossier ne s’est pourtant pas construit en quelques jours. Tout commence officiellement le 29 mai 2026 lorsque Castlelake révèle avoir approché easyJet avec une première proposition de rachat. À cette époque, la compagnie britannique traverse une période délicate. Malgré un trafic passagers revenu à un niveau élevé depuis la pandémie, les résultats financiers sont pénalisés par plusieurs facteurs : la hausse du prix du carburant, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment autour du conflit impliquant l’Iran, ainsi qu’un ralentissement des réservations observé au début de l’été.
Le conseil d’administration rejette alors plusieurs offres successives de Castlelake, estimant qu’elles sous-évaluent largement la valeur réelle du groupe. Les dirigeants qualifient même ces propositions de « hautement opportunistes », jugeant que le fonds cherche à profiter d’une faiblesse temporaire du cours de Bourse pour prendre le contrôle de la compagnie à moindre coût.
Au fil des semaines, Castlelake améliore progressivement son offre. Après plusieurs relèvements du prix proposé, le fonds américain finit par convaincre la direction d’engager des discussions approfondies. L’échéance réglementaire, initialement fixée au début du mois de juillet par les autorités britanniques chargées des opérations boursières, est repoussée au 3 août afin de permettre la finalisation des négociations.
Une compagnie stratégique dans le transport aérien européen
Fondée en 1995 par Stelios Haji-Ioannou, easyJet est devenue en trois décennies l’un des principaux acteurs du transport aérien à bas coût en Europe. Introduite à la Bourse de Londres en 2000, la compagnie dessert aujourd’hui plus de 160 aéroports répartis dans près de quarante pays et transporte plus de 90 millions de passagers par an. Son modèle économique repose sur un réseau dense reliant les principaux aéroports européens, souvent mieux situés que ceux utilisés par certains concurrents du low cost.
Au-delà de son réseau commercial, easyJet possède plusieurs actifs particulièrement convoités. La compagnie exploite une flotte moderne composée majoritairement d’Airbus de la famille A320, dispose d’importants créneaux de décollage et d’atterrissage dans des plateformes stratégiques comme Londres-Gatwick, Milan, Genève ou Paris-Orly, et développe depuis plusieurs années une activité de séjours touristiques qui connaît une forte croissance.
Ces éléments expliquent en grande partie l’intérêt de Castlelake, spécialiste du financement aéronautique et de la location d’appareils. Le fonds américain gère plusieurs dizaines de milliards de dollars d’actifs et possède déjà une solide expérience dans le secteur aérien, notamment grâce à ses investissements dans le leasing d’avions et dans plusieurs compagnies européennes.
Des défis réglementaires avant la finalisation
L’accord annoncé ne constitue toutefois pas encore une acquisition définitive. Le rachat devra respecter les règles européennes imposant qu’une compagnie aérienne opérant au sein de l’Union européenne demeure majoritairement contrôlée par des intérêts européens afin de conserver ses droits de trafic. Pour répondre à cette contrainte, Castlelake prévoit une structure spécifique dans laquelle des investisseurs européens détiendraient la majorité des droits de vote, tandis que le fonds américain conserverait une participation de 49 %. Plusieurs anciens dirigeants du secteur aérien européen sont associés à cette organisation.
Par ailleurs, l’offre devra être officiellement présentée aux actionnaires, qui auront la possibilité de l’accepter ou de conserver une participation dans une société non cotée selon certaines modalités prévues par Castlelake. Si toutes les étapes sont franchies avec succès, easyJet quittera la Bourse de Londres après plus d’un quart de siècle de cotation.
Une nouvelle illustration des rachats américains au Royaume-Uni
Cette opération s’inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs années sur les marchés britanniques. De nombreuses entreprises cotées à Londres attirent des investisseurs étrangers, séduits par des valorisations jugées relativement faibles comparées à celles d’autres grandes places financières internationales.
Dans le cas d’easyJet, les difficultés rencontrées depuis la pandémie, les tensions géopolitiques ayant pesé sur les coûts d’exploitation et la baisse du cours de l’action ont créé une fenêtre d’opportunité dont Castlelake a progressivement profité en améliorant son offre jusqu’à convaincre le conseil d’administration. L’issue définitive de cette opération sera désormais suspendue à la présentation de l’offre ferme attendue d’ici le 3 août 2026 ainsi qu’à l’approbation des actionnaires et des autorités compétentes.
Sources :
- Reuters – 5 juillet 2026 – https://www.reuters.com/business/easyjet-agrees-principle-castlelakes-sweetened-690-per-share-bid-2026-07-05/
- The Guardian – 5 juillet 2026 – https://www.theguardian.com/business/2026/jul/05/easyjet-agrees-to-5bn-takeover-by-us-investment-firm
- Financial Times – 5 juillet 2026 – https://www.ft.com/content/0c317e2c-2fda-4c6f-8620-d8e629f1aeb3