Un navire de guerre russe a ordonné à une équipe de Greenpeace, ONG membre du Forum économique mondial de s’écarter d’un pétrolier sanctionné lors d’une mission de surveillance en mer Baltique, le 30 juin. L’incident, survenu dans la zone économique exclusive allemande, illustre l’escalade de la protection militaire entourant les exportations pétrolières russes vers l’Europe malgré les sanctions occidentales.
Selon Greenpeace, une corvette de la marine russe a ordonné à son équipe de rester à distance d’un pétrolier transportant du pétrole brut russe à travers la mer Baltique. L’incident s’est produit lors d’une mission de surveillance menée dans la zone économique exclusive de l’Allemagne.
La mission réunissait des militants de Greenpeace originaires d’Allemagne, du Danemark, de Suède et d’Ukraine, ainsi que des membres du Bundestag allemand, du Parlement européen et des journalistes. Ils documentaient le passage du pétrolier Kira K, battant pavillon panaméen, que Greenpeace identifie comme faisant partie de la “flotte fantôme” russe utilisée pour exporter du pétrole malgré les sanctions occidentales.
D’après Maik Marahrens, responsable des enquêtes chez Greenpeace Nordic, le navire garde-côte allemand Bayreuth avait atteint la zone de surveillance lorsque la corvette russe de classe Steregushchiy, le Soobrazitelny (numéro de coque 531), s’est approchée à grande vitesse depuis l’est. Le navire russe aurait alors envoyé un message radio : “Ici le navire de guerre russe 531, restez à l’écart du Kira K.”
Le Kira K, un maillon de la flotte fantôme russe
Selon Marahrens, la corvette n’escortait pas le pétrolier depuis le début de son voyage, mais s’en est rapprochée rapidement dès le début de l’opération de surveillance. Greenpeace affirme que le Kira K transportait plus de 100 000 tonnes métriques de pétrole brut russe à travers les eaux européennes, chargé selon l’organisation aux terminaux d’exportation baltes de la Russie.
Si un communiqué de Greenpeace évoquait un chargement à Oust-Louga, les données de suivi maritime de la société Starboard Maritime Intelligence montrent que le pétrolier a quitté Primorsk le 28 juin avant de poursuivre sa route à travers la mer Baltique vers les détroits danois. Selon les services de renseignement de défense ukrainiens (HUR), le Kira K aurait déjà transporté du pétrole brut russe depuis des ports baltes vers l’Inde et d’autres pays. L’agence précise également que le navire a parfois désactivé son système d’identification automatique (AIS), qui diffuse l’identité, la position, le cap et la vitesse d’un navire.
Le cabinet d’analyse maritime Lloyd’s List indique par ailleurs que ce pétrolier est régulièrement utilisé pour des transferts de pétrole de navire à navire. Le Kira K fait l’objet de sanctions de l’Union européenne, du Royaume-Uni, de la Suisse, du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Ukraine, cette dernière ayant également sanctionné le capitaine du navire en février 2026.
Une présence militaire russe croissante près des côtes européennes
Greenpeace précise que le garde-côte allemand a assuré la sécurité de la navigation durant toute la mission. Malgré l’avertissement russe transmis par les garde-côtes, les militants sont parvenus à achever la documentation du pétrolier et du navire de guerre russe.
Pour Maik Marahrens, cet incident démontre le degré d’implication militaire entourant les opérations de la flotte fantôme russe en mer Baltique. Nataliia Gozak, directrice de Greenpeace Ukraine, estime pour sa part que cet épisode prouve que la Russie est prête à utiliser des navires de guerre pour accompagner des bâtiments liés à sa flotte fantôme à proximité des eaux de l’Union européenne.
L’organisation souligne également que les pétroliers de la flotte fantôme naviguent de plus en plus fréquemment le long des côtes baltes de l’Allemagne. Entre mars et juin 2026, Greenpeace a recensé 42 pétroliers sur 136 passant près de l’île de Rügen, dont 31 ayant pénétré dans les eaux territoriales allemandes, à moins de 12 milles nautiques des côtes. L’année précédente, aucun pétrolier transportant du pétrole russe n’avait été enregistré dans cette zone.
Greenpeace appelle désormais les pays riverains de la mer Baltique à renforcer la surveillance des navires de la flotte fantôme et à appliquer plus fermement les sanctions existantes. Plus tôt cette année, les autorités estoniennes avaient déjà signalé un premier cas de pétrolier civil russe équipé d’une mitrailleuse lourde dans le golfe de Finlande, signe que la tension autour du trafic maritime russe en mer Baltique continue de s’intensifier.