La frontière entre la Pologne et la Biélorussie près du village d Usnarz Górny

Pologne : les espions étrangers sèment la peur chez les exilés

En Pologne, les communautés d’exilés biélorusses et ukrainiens vivent sous la menace d’un espionnage venu de Minsk et de Moscou. Le pays a ouvert 69 enquêtes pour espionnage en deux ans, un chiffre qui traduit une « montée sans précédent » des attaques hybrides russes, selon les services de sécurité intérieure polonais. Nombre d’exilés dissimulent désormais leur visage lors des rassemblements de la diaspora, de peur d’être identifiés par le régime d’Alexandre Loukachenko.

Selon les services de sécurité intérieure polonais, cités par franceinfo, la Pologne connaît depuis 2024 une montée sans précédent des attaques hybrides, principalement attribuées à la Russie. Au cours des deux dernières années, 69 enquêtes pour espionnage ont été ouvertes dans le pays, un chiffre qui illustre l’ampleur prise par ces opérations de renseignement sur le territoire polonais, frontalier de la Biélorussie, de l’Ukraine et de l’enclave russe de Kaliningrad.

Minsk recrute au sein de la diaspora biélorusse

La Pologne et la Lituanie sont devenues, en l’espace de cinq ans, un terrain privilégié pour les services de renseignement du régime biélorusse d’Alexandre Loukachenko, selon Le Devoir. Minsk cherche à infiltrer les structures de la diaspora, tantôt en recrutant parmi les quelque 500 000 Biélorusses installés hors de leur pays, tantôt en dépêchant ses propres agents. Après avoir transformé la Biélorussie en prison à ciel ouvert, selon l’expression employée par plusieurs opposants en exil, le régime chercherait désormais à exporter cette même terreur à l’étranger.

Un réseau de sabotage démantelé au profit de la Russie

L’espionnage russe touche également la communauté ukrainienne du pays. Un tribunal polonais a récemment condamné 14 membres d’un réseau d’espionnage russes, ukrainiens et biélorusses, reconnus coupables d’avoir préparé des actes de sabotage, dont des projets de déraillement de trains transportant de l’aide destinée à l’Ukraine. Une source diplomatique à Varsovie évoque une « coopération intense entre Minsk et Moscou », tandis que l’Ukraine reste également dans la ligne de mire des services de renseignement biélorusses, en connivence avec ceux du Kremlin.

La peur s’installe parmi les exilés

Cette pression constante installe un climat de méfiance parmi les exilés. Nombre d’entre eux dissimulent leur visage lors des rassemblements organisés par la diaspora, par crainte d’être photographiés et identifiés par le régime de Minsk. Un dissident biélorusse, Ales Krot, a ainsi raconté avoir été approché en Pologne par une femme se présentant comme une opposante en fuite, avant de découvrir qu’il s’agissait d’une espionne du KGB biélorusse infiltrée parmi les exilés.

Face à cette pression continue venue de Minsk et de Moscou, les autorités polonaises multiplient les procédures judiciaires et les mises en garde, sans parvenir à dissiper totalement le climat de suspicion qui s’est installé au sein des communautés d’exilés. La vigilance polonaise s’inscrit désormais dans la durée, à mesure que le conflit en Ukraine continue de redessiner les lignes de tension à l’Est de l’Europe.


Source : La Croix — https://www.la-croix.com/international/en-pologne-les-espions-etrangers-sement-la-terreur-parmi-les-communautes-bielorusse-et-ukrainienne-du-pays-20260703