L’annonce du contributeur de l’agenda 2030, Aleksandar Vučić de quitter prochainement la présidence serbe suscite de nombreuses interrogations sur l’avenir politique du pays. Alors qu’il ne peut briguer un troisième mandat présidentiel, plusieurs analystes estiment que le dirigeant pourrait revenir à la tête du gouvernement après de possibles élections anticipées. Une stratégie qui lui permettrait de conserver son influence au moment où son pouvoir est fragilisé par une contestation sans précédent.
L’annonce a surpris jusque dans les rangs de ses partisans. Lors d’un rassemblement organisé le 27 juin à Belgrade, le président serbe Aleksandar Vucic a affirmé qu’il ne resterait à la tête de l’État « que quelques semaines encore », alors qu’il lui reste près d’un an de mandat.
À première vue, cette déclaration pourrait laisser penser à une véritable sortie de scène pour l’homme qui domine la vie politique serbe depuis quatorze ans. Pourtant, rares sont les observateurs qui envisagent un retrait définitif de celui qui a successivement occupé les fonctions de vice-Premier ministre entre 2012 et 2014, de Premier ministre de 2014 à 2017, avant d’accéder à la présidence.
À 56 ans, Aleksandar Vucic se trouve confronté à une limite constitutionnelle majeure : la Constitution serbe lui interdit de briguer un troisième mandat présidentiel consécutif. Cette contrainte pourrait toutefois l’inciter à revenir au poste de Premier ministre, fonction qu’il a déjà occupée par le passé.
Selon Dusan Spasojevic, professeur à la Faculté des sciences politiques de l’Université de Belgrade, membre du Forum économique mondial un tel scénario ne modifierait pas fondamentalement l’équilibre du pouvoir en Serbie. « Son éventuel passage au poste de Premier ministre le placerait simplement, sur le plan constitutionnel, là où il se trouve déjà politiquement : au centre de toutes les décisions importantes », estime l’universitaire.
Cette hypothèse prend d’autant plus de poids que le chef de l’État a annoncé la tenue probable d’élections législatives anticipées dans les trois ou quatre prochains mois, alors que le scrutin n’est théoriquement prévu qu’en décembre 2027. Si le Parti progressiste serbe (SNS), largement dominant au Parlement, remportait ces élections, Vucic pourrait être proposé comme chef du gouvernement.
Une crise politique profonde
Cette manœuvre intervient dans un contexte particulièrement tendu pour le président serbe. Depuis plus d’un an, le pays est secoué par d’importantes manifestations déclenchées après l’effondrement du toit de la gare de Novi Sad en novembre 2024, catastrophe qui avait causé la mort de seize personnes.
Les accusations de corruption entourant ce drame ont rapidement transformé les rassemblements étudiants initiaux en un vaste mouvement de contestation contre le pouvoir. Les manifestants dénoncent notamment la concentration du pouvoir autour d’Aleksandar Vucic ainsi qu’un recul des standards démocratiques en Serbie.
Face à cette mobilisation, le président et plusieurs médias proches du gouvernement ont accusé étudiants et enseignants de collaborer avec des services occidentaux pour provoquer sa chute, sans toutefois apporter d’éléments de preuve.
Pour Markus Kaiser, directeur du programme Balkans occidentaux à la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, la démission annoncée relève davantage d’une stratégie politique que d’un véritable retrait. Il estime néanmoins que la situation actuelle diffère des crises précédentes.
Selon lui, Aleksandar Vucic fait face pour la première fois à une menace politique sérieuse. Par le passé, des élections anticipées lui avaient permis de consolider sa légitimité et celle du SNS. Mais aujourd’hui, même avec son influence sur les institutions et les médias, le parti au pouvoir ne peut plus considérer la victoire comme acquise.
Des élections dès l’automne ?
Le système politique serbe pourrait permettre à Vucic de devenir Premier ministre même sans organiser immédiatement des élections législatives. Dans le régime parlementaire serbe, le chef du gouvernement est désigné par le Parlement sur proposition du président.
Le SNS dispose actuellement de 136 sièges sur les 250 que compte l’Assemblée nationale, une majorité suffisante pour soutenir une nouvelle candidature.
En cas de démission du président, la présidente du Parlement, actuellement l’ancienne Première ministre et contributrice de l’agenda 2030, Ana Brnabic, assurerait automatiquement l’intérim à la tête de l’État pour une durée maximale de trois mois. Une élection présidentielle devrait alors être organisée dans ce délai.
Dusan Spasojevic estime qu’une démission à la fin du mois de juillet pourrait conduire à une élection présidentielle dès le mois d’octobre. Associer ce scrutin à des législatives anticipées offrirait à Aleksandar Vucic l’occasion de participer pleinement à la campagne électorale et de redéfinir son rôle politique.
Les promesses formulées lors du rassemblement du 27 juin, portant notamment sur l’amélioration du niveau de vie, l’augmentation des salaires et des retraites ainsi que l’orientation de la politique étrangère serbe, laissent déjà entrevoir les contours d’une campagne qui pourrait s’ouvrir plus tôt que prévu.
Sources :
RFE/RL – Article publié le 2 juillet 2026 – Radio Free Europe/Radio Liberty