Lors d’une audition consacrée à la déclassification des secrets fédéraux organisée le 30 juin par la commission de surveillance et de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants, le journaliste d’investigation Stephen Kinzer a exhorté les élus américains à approfondir les investigations sur le programme secret MKUltra et à lever les nombreuses censures qui subsistent encore dans les archives officielles.
Auteur de l’ouvrage Poisoner in Chief, consacré à l’ancien chimiste de la CIA Sidney Gottlieb, Stephen Kinzer a estimé que l’histoire complète de MKUltra demeurait largement inconnue du public malgré les révélations déjà effectuées depuis les années 1970.
MKUltra, « l’un des programmes les plus secrets de l’histoire américaine »
Dès le début de son intervention, Stephen Kinzer a salué les efforts de la commission parlementaire visant à lutter contre la culture du secret au sein du gouvernement américain. Selon lui, MKUltra constitue l’un des programmes gouvernementaux les plus secrets jamais conduits aux États-Unis.
Le journaliste a rappelé qu’en 1951, la Central Intelligence Agency avait recruté Sidney Gottlieb afin de développer des méthodes permettant de contrôler l’esprit humain. D’après Kinzer, Gottlieb était convaincu qu’avant d’implanter une nouvelle personnalité dans un individu, il fallait d’abord détruire celle qui existait déjà.
Cette approche aurait conduit, selon le journaliste, à la mise en œuvre d’expériences extrêmes sur des êtres humains.
« Selon n’importe quel standard, ces expériences relèvent de la torture médicale », a déclaré Stephen Kinzer devant les parlementaires.
Des expérimentations menées dans plusieurs régions du monde
Au cours de son témoignage, Kinzer a affirmé que les expériences liées à MKUltra avaient été conduites non seulement aux États-Unis, mais également en Europe, en Asie et en Amérique latine.
Ces expérimentations auraient été réalisées dans des prisons, des cliniques et des maisons sécurisées utilisées par la CIA. Selon le journaliste, les responsables du programme pouvaient demander aux stations locales de l’agence de leur fournir des personnes considérées comme « remplaçables », susceptibles de disparaître sans susciter d’enquête.
Stephen Kinzer a également soutenu que Sidney Gottlieb bénéficiait d’une forme d’autorisation implicite lui permettant de mener des opérations létales au nom du gouvernement américain.
Le nombre exact de victimes du programme, ainsi que celui des personnes décédées à la suite des expérimentations, demeure inconnu.
La destruction des archives MKUltra continue d’entraver les recherches
L’enquête sur MKUltra reste particulièrement difficile en raison de la destruction d’une grande partie des archives du programme.
Stephen Kinzer a rappelé qu’en 1973, Sidney Gottlieb et l’ancien directeur de la CIA Richard Helms, membre du groupe Bilderberg auraient ordonné illégalement la destruction des dossiers relatifs à MKUltra avant leur départ de l’agence.
Une partie des documents a toutefois été retrouvée quelques années plus tard sous la direction de Stansfield Turner, proche du Council on Foreign Relations lorsqu’un analyste de la CIA découvrit des archives dissimulées parmi des documents financiers.
Pour Stephen Kinzer, un travail d’investigation similaire pourrait aujourd’hui permettre de mettre au jour de nouvelles informations.
Le mystère entourant la mort de Frank Olson
Parmi les zones d’ombre évoquées par le journaliste figure le décès, en 1953, du scientifique Frank Olson.
Officiellement présenté à l’époque comme le suicide d’un scientifique militaire ayant chuté d’une chambre d’hôtel new-yorkaise, Frank Olson travaillait en réalité pour la CIA, a rappelé Kinzer.
Le journaliste a indiqué que plusieurs éléments remettaient en cause la thèse du suicide et a appelé à la recherche de documents encore classifiés susceptibles d’éclaircir les circonstances exactes de cette mort.
Stephen Kinzer demande la suppression des censures dans les documents déjà publiés
Au-delà de la recherche de nouvelles archives, Stephen Kinzer a exhorté les parlementaires à exiger la suppression des nombreuses parties encore caviardées dans les documents déjà rendus publics.
Selon lui, les arguments liés à la sécurité nationale avancés dans les années 1970 pour justifier ces censures ne seraient plus pertinents aujourd’hui, plus de soixante-dix ans après les faits.
« Il est temps de remplir tous les espaces vides des documents que nous possédons déjà », a-t-il affirmé.
Un nouveau MKUltra est-il possible à l’ère de l’intelligence artificielle ?
Enfin, Stephen Kinzer a invité les élus américains à s’interroger sur l’existence éventuelle de nouveaux programmes de contrôle mental à l’ère des technologies modernes.
Selon lui, Sidney Gottlieb avait conclu au début des années 1960 que le contrôle mental total était impossible. Mais Kinzer estime que les avancées réalisées depuis en neurosciences, en intelligence artificielle et dans le domaine des technologies numériques pourraient avoir profondément modifié la situation.
Le journaliste a souligné qu’il demeurait incertain de savoir si des agences de renseignement disposent aujourd’hui d’outils permettant d’influencer ou de manipuler les comportements humains à un niveau inédit.
Pour Stephen Kinzer, enquêter sur le passé de MKUltra pourrait ainsi permettre d’empêcher l’émergence d’une version contemporaine du programme, potentiellement « encore plus destructrice » que l’original.
Source :
🇺🇸📂ALERTE INFO – 149 PROGRAMMES, DES « SACRIFIABLES », UN PERMIS DE TUER : LA CIA FACE AU CONGRÈS SUR MK ULTRA
— Tribune Populaire🌐 (@TribunePop23) July 1, 2026
Hier, pour la première fois depuis 1977, le Congrès américain a rouvert le dossier MK Ultra de la CIA.
Face à la commission dirigée par la représentante Anna Paulina… pic.twitter.com/qvZQVjGBYJ
