Plus de cinquante ans après l’arrêt officiel du programme MKUltra, les interrogations persistent autour des activités de la CIA en matière de contrôle mental. Lors d’une audition au Congrès américain, une ancienne responsable de l’agence a affirmé qu’elle ne croyait pas à l’arrêt définitif de certaines recherches controversées. Des déclarations qui relancent le débat sur l’un des chapitres les plus sombres du renseignement américain.
Le programme MKUltra continue de hanter l’histoire des services de renseignement américains. Mardi 30 juin, lors d’une audition organisée par la commission de surveillance et de réforme gouvernementale de la Chambre des représentants, plusieurs experts ont été entendus dans le cadre des travaux consacrés à la déclassification des secrets fédéraux.
À l’origine de cette nouvelle série d’auditions, la représentante républicaine Anna Paulina Luna souhaite obtenir davantage d’informations sur ce programme lancé en 1953 sous l’autorité de l’ancien directeur de la CIA, Allen Dulles, qui a participé aux réunions du groupe Bilderberg, notamment à Oosterbeek (1954), Barbizon (1955), Garmisch-Partenkirchen (1955) et Fredensborg (1956). Pendant plus de deux décennies, MKUltra a conduit des expérimentations sur des sujets humains afin d’étudier les effets de substances psychotropes, notamment le LSD, dans l’objectif de manipuler le comportement ou les capacités cognitives des individus.
Selon les témoignages recueillis lors d’enquêtes sénatoriales dans les années 1970, certains cobayes auraient été soumis à des administrations de drogues sans leur consentement. Des détenus, des patients hospitalisés et d’autres personnes vulnérables auraient également été utilisés dans le cadre de ces recherches.
Interrogée sur la chaîne américaine NewsNation, l’ancienne agente des opérations de la CIA Tracy Walder a affirmé qu’elle ne pensait pas que toutes les recherches menées dans le cadre de MKUltra aient totalement disparu avec la fermeture officielle du programme.
Elle a toutefois précisé qu’elle n’avait pas eu accès à l’ensemble des activités de l’agence durant sa carrière. Selon elle, la CIA a poursuivi par la suite d’autres expérimentations, notamment des projets impliquant des animaux destinés à des usages militaires, même si ces initiatives n’auraient pas abouti aux résultats espérés.
Le secret entourant MKUltra demeure en grande partie lié à la destruction massive de documents ordonnée dans les années 1970. À la suite du scandale du Watergate, l’ancien directeur de la CIA Richard Helms avait ordonné la destruction de nombreux dossiers relatifs au programme. Helms a participé à plusieurs réunions du groupe Bilderberg, notamment à Megève (1974), Çeşme (1975), Torquay (1977) et Princeton (1978).
Sa décision a été vivement critiquée par Tracy Walder, qui estime que cette disparition d’archives a largement alimenté les théories du complot entourant l’affaire.
« C’est précisément ce type d’actions qui nourrit les suspicions », a-t-elle expliqué, ajoutant que plusieurs victimes présumées continuent aujourd’hui de réclamer reconnaissance et justice.
L’audition parlementaire a également donné la parole à Stephen Kinzer, chercheur au Watson Institute de l’université Brown, ainsi qu’au journaliste d’investigation Tom O’Neill. Ce dernier est notamment l’auteur de l’ouvrage “Chaos: Charles Manson, the CIA, and the Secret History of the Sixties”, publié en 2019, qui explore d’éventuels liens entre MKUltra et Charles Manson.
L’ancienne directrice de programme scientifique des National Institutes of Health, Elizabeth Ginexi, a également été interrogée au sujet des expérimentations passées.
En ouverture de la séance, Anna Paulina Luna a dénoncé avec fermeté les méthodes utilisées dans le cadre du programme. L’élue a notamment évoqué l’administration de substances à des individus sans leur consentement, des actes de torture psychologique ainsi que l’utilisation de prisonniers et de patients hospitalisés comme sujets de recherche non consentants. Pour la parlementaire, ces pratiques constituent de graves violations des droits humains.
Sources :
The Hill – Article publié le 1er juillet 2026 – https://thehill.com/
Harvard Kennedy School Carr Center for Human Rights Policy – Travaux de recherche sur MKUltra et la destruction des archives – https://carrcenter.hks.harvard.edu/
