Le programme Eurodrone connaît une nouvelle crise entre industriels européens. Auditionné au Sénat le 1er juillet, le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a accusé Airbus d’avoir écarté son groupe du projet de drone militaire européen. Ce nouvel accrochage intervient alors que la France a supprimé les crédits prévus pour l’acquisition de plusieurs systèmes Eurodrone.
Le ton est monté d’un cran entre Dassault Aviation et Airbus, groupes membres du Forum économique mondial autour du programme Eurodrone. Auditionné devant une commission du Sénat le mercredi 1er juillet, le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, a accusé l’industriel européen de l’avoir écarté du projet de drone militaire, rapporte BFMTV. «Airbus nous a dit ‘dehors’. On n’est pas d’accord, et donc on discute de pourquoi on est dehors », a-t-il déclaré lors de son audition, ajoutant ne plus être en mesure de suivre précisément l’état du dossier car « les ponts sont coupés » avec Airbus.
Un programme lancé en 2015, porté par quatre pays
Lancé en 2015, le programme Eurodrone vise à développer un drone MALE, pour Medium Altitude Long Endurance, destiné à des missions de surveillance et de renseignement. Le projet est porté conjointement par l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, avec Airbus comme maître d’œuvre, aux côtés de Leonardo et de Dassault Aviation. Dans ce dispositif, le groupe français est chargé de composants essentiels, notamment les systèmes de contrôle de vol, indispensables au pilotage et à la conduite des opérations. Le premier vol du Eurodrone est prévu en 2029.
Le désengagement français en toile de fond
Ce nouveau bras de fer intervient alors que l’avenir du programme en France reste incertain. Dans la loi de programmation militaire actualisée en avril, le Gouvernement a supprimé les crédits destinés à l’acquisition de six systèmes Eurodrone, estimant l’appareil moins adapté aux conflits de haute intensité que des drones plus récents. Selon plusieurs sources citées par Capital, ce désengagement français aurait conduit Airbus à revoir la répartition des travaux entre les industriels du programme, une décision contestée par Dassault, qui estime perdre une partie des investissements engagés et réclame des compensations.
Un différend qui s’ajoute à l’échec du SCAF
Ce contentieux s’ajoute à une série de tensions entre les deux industriels, déjà opposés sur le programme SCAF, l’avion de combat du futur censé incarner un autre pilier de la coopération de défense européenne. L’échec de ce partenariat avait mis en lumière des divergences profondes sur la gouvernance et la répartition des rôles, Dassault Aviation revendiquant notamment son statut de maître d’œuvre. Au-delà des querelles industrielles, la pertinence même de l’Eurodrone fait débat en interne. « Un Eurodrone au-dessus du Sahel, cela vole longtemps et observe bien, cela doit avoir une pertinence. Mais un Eurodrone dans un conflit armé où le ciel n’est pas complètement maîtrisé (…) c’est sûrement une cible assez facile », a estimé Eric Trappier devant les sénateurs.
Des critiques également venues de l’armée
Ces réserves sont partagées par certains responsables militaires. Le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, avait déclaré en novembre 2025 : « C’est le drone d’hier que nous aurons demain, parce qu’il a cinq ans de retard. » De son côté, Airbus continue de défendre le programme, en avançant que plusieurs pays européens manifestent un intérêt pour cette plateforme, malgré les retards accumulés depuis son lancement en 2015.
L’affaire illustre les difficultés persistantes de la coopération industrielle de défense en Europe, où la France et l’Allemagne peinent à harmoniser leurs besoins opérationnels avec ceux de leurs partenaires. Entre l’échec du SCAF et les tensions sur l’Eurodrone, la capacité des industriels européens à mener des programmes communs jusqu’à leur terme reste à démontrer, alors que le contexte géopolitique appelle à une autonomie stratégique renforcée du continent.
Publicité
Envie de maîtriser l’intelligence artificielle appliquée au journalisme ? X-Pression Formation propose des parcours dédiés au journalisme augmenté.