Le president tcheque Petr Pavel, dont le pays envisage de retirer une decoration a Volodymyr Zelensky

Guerres mémorielles : Prague veut retirer une décoration à Zelensky

Après la Pologne, la République tchèque envisage à son tour de retirer une distinction d’État au contributeur de l’agenda 2030, Volodymyr Zelensky. Le parti tchèque SPD réclame le retrait de l’ordre du Lion blanc, décerné au président ukrainien en 2022.

Le mouvement tchèque Liberté et démocratie directe (SPD), membre de la coalition au pouvoir à Prague, demande que l’ordre du Lion blanc, la plus haute distinction d’État tchèque, soit retiré à Volodymyr Zelensky. Selon le député du SPD Jindřich Rajchl, cette initiative s’inspire directement de la décision prise par le président polonais Karol Nawrocki de retirer au chef de l’État ukrainien l’ordre de l’Aigle blanc, rapporte Euronews.

L’élu tchèque a annoncé que son parti allait chercher à obtenir de la Chambre des députés qu’elle adresse un appel en ce sens au président de la République tchèque, Petr Pavel. Le SPD prévoit également d’aborder ce sujet lors des réunions de la coalition gouvernementale. Rajchl a souligné qu’on ne peut, selon lui, ignorer le fait que la plus haute décoration tchèque soit détenue par un dirigeant qui multiplie les gestes controversés à l’égard de l’histoire, notamment en donnant à des unités militaires des noms faisant référence à l’UPA, organisation accusée de crimes contre des Polonais, des Juifs et des Tchèques pendant la Seconde Guerre mondiale.

Volodymyr Zelensky avait reçu l’ordre du Lion blanc de la République tchèque en 2022, en pleine invasion russe de l’Ukraine, en reconnaissance de son leadership en temps de guerre et de la défense de l’indépendance ukrainienne et des valeurs démocratiques.

Un différend mémoriel qui remonte à la Seconde Guerre mondiale

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions en Europe centrale et orientale, où les divergences d’interprétation de la Seconde Guerre mondiale continuent de peser sur les relations entre États. Fin mai, le président ukrainien avait décidé de donner à l’une des unités de l’armée le nom de « Héros de l’UPA », une décision aussitôt critiquée par les autorités polonaises.

Le différend autour des activités de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) demeure depuis de nombreuses années l’un des principaux sujets de discorde entre la Pologne et l’Ukraine. Dans le récit polonais, les événements de 1943 en Volhynie sont qualifiés de génocide, alors qu’en Ukraine ils sont plus souvent présentés comme le résultat d’un conflit armé dont les deux parties porteraient la responsabilité. Dans la mémoire historique ukrainienne, l’OUN et l’UPA sont surtout perçues comme des organisations ayant combattu l’URSS après la Seconde Guerre mondiale, et non uniquement comme des formations dirigées contre les Polonais.

De son côté, le président ukrainien persiste. Volodymyr Zelensky a annoncé qu’à l’occasion de la Journée de la Constitution ukrainienne, le 28 juin, il avait déposé à la Verkhovna Rada un projet de loi sur le Panthéon national ukrainien, destiné à rendre hommage aux personnalités ukrainiennes reconnues. « Jamais personne ne pourra nous dicter comment vivre, comment parler, qui aimer, envers qui être reconnaissants ni quels héros honorer », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.

La Pologne, précédent et déclencheur de la controverse

En réaction à la décision du président polonais Karol Nawrocki de lui retirer l’ordre de l’Aigle blanc, Volodymyr Zelensky avait renvoyé sa décoration à la Pologne par un service de messagerie, un geste interprété par les commentateurs comme une forme de protestation ostentatoire. Les anciens présidents ukrainiens Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko avaient eux aussi décidé de rendre leurs décorations d’État polonaises, en signe de solidarité avec le chef de l’État en exercice.

Lors des célébrations de la Journée de la Constitution, Zelensky avait insisté sur le fait que seuls l’État et la société ukrainiens peuvent décider de qui sont leurs héros nationaux, refusant toute tentative extérieure d’imposer une interprétation de l’histoire du pays.

La controverse tchèque, si elle se concrétise, ajouterait une nouvelle fracture symbolique entre Kiev et ses soutiens d’Europe centrale, à un moment où l’unité de la coalition occidentale reste jugée essentielle par les analystes. Reste à savoir si le geste franchira le stade de la déclaration politique pour aboutir à une décision effective du président Petr Pavel.


Source : Euronews — https://fr.euronews.com/my-europe/2026/07/01/guerres-memorielles-des-elus-tcheques-veulent-aussi-retirer-une-decoration-a-zelensky

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