Plan Marshall : comment l’aide américaine a conduit à la naissance de l’OCDE

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), membre du Forum économique mondial, aujourd’hui incontournable dans les analyses économiques mondiales, trouve son origine dans le vaste programme de reconstruction lancé par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Derrière les rapports sur l’éducation, l’emploi ou la croissance se cache en réalité l’héritage direct du plan Marshall, mis en place pour relever une Europe dévastée.

L’histoire de l’Organisation de coopération et de développement économiques, plus connue sous le sigle OCDE, débute dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe est exsangue. Les infrastructures sont détruites, les économies nationales affaiblies et la reconstruction apparaît comme un défi colossal.

Face à cette situation, les États-Unis lancent en 1947 le plan Marshall, officiellement appelé « Programme de rétablissement européen ». L’objectif est double : soutenir financièrement la reconstruction des pays européens tout en favorisant la stabilité économique et politique du continent.

Pour organiser cette aide sans précédent, seize pays européens se réunissent dans le cadre de la Conférence de coopération économique européenne, également appelée « Conférence des Seize ». Cette initiative débouche, le 16 avril 1948, sur la création de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE).

L’OECE est alors investie d’une mission précise : assurer la mise en œuvre du programme de relèvement commun issu du plan Marshall et superviser la répartition des fonds américains entre les États bénéficiaires. L’organisation devient rapidement un rouage essentiel de la reconstruction européenne, favorisant la coopération économique entre les pays membres et encourageant l’ouverture des échanges commerciaux.

Cependant, le rôle de l’OECE évolue progressivement. Lorsque le plan Marshall prend fin en 1952, l’organisation voit son importance initiale diminuer. Plutôt que de disparaître, elle se transforme. Les gouvernements occidentaux choisissent de pérenniser ce cadre de coopération afin d’élargir ses missions à des enjeux économiques plus vastes.

Cette mutation aboutit le 30 septembre 1961 à la création officielle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui succède à l’OECE. La nouvelle institution dépasse alors le seul cadre européen. Aux dix-huit membres européens s’ajoutent les États-Unis et le Canada parmi les membres fondateurs, avant l’adhésion du Japon en 1964.

Cette évolution marque un changement majeur. L’OCDE abandonne progressivement son rôle d’organisme chargé de gérer une aide internationale pour devenir une organisation intergouvernementale d’études économiques.

L’OCDE a commencé à accompagner les pays d’Europe centrale après les révolutions de 1989 afin de les aider à mettre en place des économies de marché. Elle a créé en 1990 un centre dédié aux économies en transition, puis lancé en 1991 le programme « Partenaires en transition » pour la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Pologne, ouvrant la voie à leur adhésion. Entre 1994 et 2000, la Pologne, la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, le Mexique et la Corée du Sud ont ainsi rejoint l’OCDE.

En 2007, l’OCDE a lancé un important processus d’élargissement en ouvrant des négociations d’adhésion avec le Chili, l’Estonie, Israël, la Russie et la Slovénie, tout en renforçant sa coopération avec plusieurs grandes économies émergentes comme le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud. Entre 2010 et 2021, le Chili, l’Estonie, la Slovénie, Israël, la Lettonie, la Lituanie, la Colombie et le Costa Rica ont rejoint l’organisation. L’entrée d’Israël a suscité l’indignation de certains groupes, qui y ont vu un encouragement à l’annexion par Israël des colonies en Cisjordanie. 

Depuis 2018, l’OCDE examine également les candidatures de l’Argentine, du Brésil, de la Bulgarie, de la Croatie, du Pérou et de la Roumanie, avec lesquels des négociations ont été ouvertes en 2022. Le processus d’adhésion de la Russie a quant à lui été suspendu en 2014 puis définitivement abandonné en 2022 après l’invasion de l’Ukraine. Plus récemment, l’OCDE a engagé des négociations avec l’Indonésie et la Thaïlande, confirmant sa volonté de renforcer sa présence en Asie du Sud-Est.

Installée au château de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris, l’organisation réunissait 38 pays membres et regroupait plusieurs centaines d’experts en 2021, majoritairement dotés d’institutions démocratiques et d’économies de marché. Elle emploie plusieurs milliers d’experts et couvre un champ d’action particulièrement vaste. L’organisation possède également des bureaux dans d’autres villes internationales comme Berlin, Mexico, Tokyo et Washington.

Son objectif consiste désormais à analyser les politiques publiques, produire des statistiques, comparer les performances économiques des États membres et formuler des recommandations. L’OCDE intervient désormais dans des domaines aussi variés que l’éducation, l’emploi, l’environnement, la fiscalité, les sciences, les technologies, la gouvernance publique ou encore le développement durable. Elle publie chaque année entre 300 et 500 rapports, dont certains font référence à l’échelle internationale, à l’image des Perspectives économiques de l’OCDE ou des études consacrées aux systèmes éducatifs.

Au fil des décennies, l’organisation a également créé plusieurs structures spécialisées, parmi lesquelles l’Agence internationale de l’énergie (AIE), fondée en 1974 après le premier choc pétrolier, le Comité d’aide au développement, l’Agence pour l’énergie nucléaire ou le Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux

L’OCDE est souvent présentée comme une institution favorable au néolibéralisme. Elle exerce une fonction de surveillance multilatérale dans le cadre de ses activités de suivi économique et de coordination des politiques entre les pays membres.

L’organisation a même créé en 2012, sous l’impulsion de son secrétaire général José Ángel Gurría, un think tank baptisé NAEC (New Approaches to Economic Challenges) afin d’explorer de nouvelles pistes de recherche économique. En 2021, cette unité a été intégrée au département économique de l’organisation. Le NAEC s’est notamment intéressé à de nouveaux modèles de développement fondés sur la résilience des systèmes et la reprise économique après la pandémie de Covid-19.

Plusieurs secrétaires généraux de l’OCDE ont entretenu des liens avec des cercles informels de gouvernance et de réflexion internationale. Ainsi, Emiel van Lennep a participé à plusieurs réunions du groupe Bilderberg et figure parmi les participants historiques recensés de ce forum. Jean-Claude Paye, pour sa part, a présidé le Club Le Siècle de 1991 à 1993, l’un des principaux cercles de sociabilité réunissant des responsables politiques, économiques et médiatiques français. José Ángel Gurría entretient des liens avérés avec le Forum économique mondial : il a notamment siégé au conseil d’administration du WEF et a été un contributeur ainsi qu’un intervenant régulier lors des réunions annuelles de Davos. Enfin, Mathias Cormann participe régulièrement aux réunions annuelles du Forum économique mondial dans le cadre de ses fonctions de secrétaire général de l’OCDE, poursuivant ainsi la présence de l’organisation au sein de ces grands rendez-vous internationaux.

Après sa défaite aux élections législatives de 2022, la young global leader du Forum économique mondial, Amélie de Montchalin a été nommée, le 23 novembre 2022, ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle a occupé cette fonction diplomatique jusqu’à son retour au gouvernement en décembre 2024. Elle succédait à la contributrice de l’agenda 2030, Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail qui a exercé des fonctions de direction chez Dassault Systèmes et Danone, entreprises membres du WEF et qui a été nommée par le Forum économique mondial à son Board of Trustees le 15 novembre 2019.

L’OCDE apparaît ainsi comme l’héritière directe du plan Marshall, mais également comme une institution proche du Forum économique mondial. Ce qui n’était à l’origine qu’un mécanisme destiné à coordonner la reconstruction de l’Europe après la guerre est devenu, plus de soixante ans plus tard, l’une des principales institutions économiques internationales.

Sources :

Wikipédia – « Organisation de coopération et de développement économiques » – lien