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Marc Bloch au Panthéon : qui était l’historien fusillé par la Gestapo en 1944 ?

Le 23 juin 2026, Marc Bloch entre au Panthéon, aux côtés de son épouse Simonne Vidal. Né à Lyon en 1886, cet historien médiéviste, cofondateur de l’École des Annales et auteur de L’Étrange Défaite, a été arrêté, torturé, puis exécuté par la Gestapo à l’âge de 57 ans pour faits de résistance. Sa panthéonisation avait été nnoncée par Emmanuel Macron en novembre 2024.

Marc Léopold Benjamin Bloch naît le 6 juillet 1886 à Lyon, dans une famille juive d’Alsace ayant choisi la France après l’annexion de 1870. Son père, Gustave Bloch, est lui-même historien de l’Antiquité, professeur à l’université de Lyon puis à la Sorbonne. Baigné dès l’enfance dans la culture des archives et des sources, Marc Bloch entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1904, reçoit l’agrégation d’histoire et géographie en 1908, puis complète sa formation en séjournant dans les universités de Berlin et de Leipzig.

Mobilisé en 1914 comme sergent d’infanterie, il termine la Première Guerre mondiale avec le grade de capitaine, quatre citations à la Croix de guerre et la Légion d’honneur à titre militaire. La guerre ne l’éloigne pas des livres – elle forge sa méthode. De retour dans les amphithéâtres, il est nommé maître de conférences en 1919, puis professeur d’histoire du Moyen Âge en 1927 à la faculté de Strasbourg, redevenue française.

Le fondateur de l’École des Annales

En 1924, Marc Bloch publie Les Rois thaumaturges, une étude pionnière sur le pouvoir de guérison attribué aux rois de France et d’Angleterre. L’ouvrage, audacieux dans sa méthode comparative s’inspirant de la Linguistique, lui vaut une reconnaissance internationale. En 1929, il cofonde avec Lucien Febvre les Annales d’histoire économique et sociale, revue qui rompt avec l’histoire politique événementielle dominante pour imposer une lecture globale, économique et sociale des sociétés. Ce courant, qui deviendra l’École des Annales, renouvelle en profondeur l’historiographie française du XXe siècle et rayonne bien au-delà de l’Europe.

En 1931, Les Caractères originaux de l’histoire rurale française confirme son approche interdisciplinaire : botanique, démographie, géographie sont mobilisés pour comprendre l’évolution des structures agraires médiévales. Marc Bloch est à ce moment-là l’un des historiens les plus influents de son époque. Pourtant, ses deux candidatures au Collège de France – en 1928 puis en 1934-1935 – échouent. L’historien américain Stanley Hoffmann écrit en préface de L’Étrange Défaite que ces échecs ne furent “peut-être pas sans lien avec la montée de l’antisémitisme”.

Exclu par Vichy, engagé dans la Résistance

En 1936, Marc Bloch rejoint la Sorbonne comme professeur d’histoire économique. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il a 53 ans, souffre d’une polyarthrite invalidante et élève six enfants. Il demande pourtant à combattre, se déclarant lui-même “le plus vieux capitaine de l’armée française”. Il participe à la campagne de France, assiste à la débâcle et à l’effondrement de la Troisième République.

L’été 1940, réfugié dans sa maison de la Creuse, il rédige en urgence L’Étrange Défaite, témoignage d’une lucidité implacable sur les responsabilités militaires, politiques et sociales de la défaite. Le livre, publié à titre posthume en 1946, reste aujourd’hui une référence de l’analyse historique et politique. Dès octobre 1940, le gouvernement de Vichy l’exclut de la fonction publique en application du statut des Juifs. Son appartement parisien est réquisitionné, sa bibliothèque expédiée en Allemagne.

Il enseigne encore quelques mois à Clermont-Ferrand puis à Montpellier, dans des conditions précaires et sous les hostilités d’administrateurs maréchalistes. En 1943, après l’invasion de la zone sud par l’occupant, il passe à la clandestinité et rejoint les Mouvements unis de la Résistance (MUR), dont il devient un dirigeant régional pour la zone lyonnaise.

Arrêté, torturé, fusillé à Saint-Didier-de-Formans

Le 8 mars 1944, Marc Bloch est arrêté par la Gestapo à Lyon, interné à la prison de Montluc – le même lieu de détention que Jean Moulin. Il est torturé. Le 16 juin 1944, à Saint-Didier-de-Formans dans l’Ain, il est conduit avec vingt-sept autres résistants dans un champ et abattu. Un témoin rapporte ses dernières paroles à un jeune de seize ans qui tremblait à ses côtés : “Mais non, petit, cela ne fait pas mal.” Puis il tombe en criant : “Vive la France.”

Son entrée au Panthéon, annoncée par le président Emmanuel Macron le 23 novembre 2024 à Strasbourg, lors des commémorations des 80 ans de la Libération de la ville, a été saluée unanimement par la communauté historique et par sa famille. Sa petite-fille Suzette Bloch a déclaré à l’AFP : “C’est une très grande émotion et fierté.”

Marc Bloch se définissait avant tout comme républicain laïque, universaliste et patriote français. Sa famille avait fait le choix, après la défaite de 1870, de rester fidèle à la France des Lumières en quittant l’Alsace devenue allemande.

De nombreux sites maçonniques s’intéressent à sa figure en raison de valeurs partagées (laïcité, humanisme, résistance), mais sans établir d’appartenance. La revue maçonnique Humanisme a publié en 2023 un article sur lui comme “modernisateur de l’Histoire”, sans le revendiquer comme frère.

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