Une découverte exceptionnelle vient enrichir le patrimoine musical européen. Un manuscrit autographe inédit de Wolfgang Amadeus Mozart, retrouvé dans les réserves de la Bibliothèque nationale de France, sera interprété pour la première fois à l’occasion de la Fête de la musique. Daté de 1778, ce cahier oublié éclaire d’un jour nouveau le séjour parisien du compositeur et révèle des pages musicales jamais entendues depuis près de deux siècles et demi.
L’histoire de la musique classique vient peut-être de connaître l’une de ses découvertes les plus marquantes de ces dernières années. Alors que les spécialistes pensaient l’œuvre du franc maçon Wolfgang Amadeus Mozart entièrement répertoriée, un manuscrit autographe inédit du compositeur autrichien a été identifié au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Conservé discrètement dans les réserves du département de la Musique, ce document de quarante-quatre pages a été retrouvé le 2 février 2026 par le musicologue et conservateur François-Pierre Goy lors d’une opération de vérification de manuscrits anciens.
La découverte a rapidement suscité l’enthousiasme des spécialistes. L’expertise menée par la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de Salzbourg a confirmé l’authenticité du document, considéré comme un manuscrit autographe du compositeur. Pour les chercheurs, il s’agit d’un événement rare tant les partitions originales de Mozart sont précieuses et minutieusement étudiées depuis des décennies.
Le cahier remonte à l’année 1778, une période particulièrement importante dans la vie de Mozart. Âgé de vingt-deux ans, le musicien séjourne alors à Paris du 23 mars au 26 septembre. Ce voyage, entrepris avec sa mère Anna Maria Mozart, devait lui permettre de trouver des mécènes et de développer sa carrière dans la capitale française, alors l’un des centres musicaux les plus influents d’Europe. Le séjour se révélera pourtant difficile. Mozart peine à obtenir les commandes espérées et doit faire face à la mort de sa mère, décédée à Paris le 3 juillet 1778. Malgré ces épreuves, cette période demeure féconde sur le plan artistique et voit naître plusieurs compositions importantes.
Le manuscrit retrouvé apporte justement un éclairage inédit sur cette séquence parisienne. Il rassemble une série de leçons de composition dispensées par Mozart à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, harpiste accomplie et fille du duc de Guînes. Ce dernier, diplomate et flûtiste réputé, avait accueilli le compositeur dans son cercle. Les quarante-quatre pages du document contiennent une douzaine d’exercices pédagogiques mais aussi sept courtes pièces pour flûte et harpe, dont la dernière demeure inachevée.
L’intérêt du cahier réside également dans son caractère collaboratif. Selon les analyses de la BnF, certaines pages mêlent les écritures du maître et de son élève. Mozart propose parfois une idée musicale ou rédige une partie instrumentale avant de laisser son apprentie compléter l’autre voix. Ce dialogue musical offre un témoignage exceptionnel sur les méthodes d’enseignement du compositeur, un aspect encore peu documenté de son activité parisienne.
Pour les musicologues, cette découverte dépasse largement le simple cadre de l’érudition. Les partitions inédites retrouvées permettent d’observer Mozart dans un registre plus intime, loin des grandes symphonies ou des opéras qui ont façonné sa légende. Les pièces révèlent un style galant caractéristique de la fin du XVIIIe siècle, marqué par l’élégance mélodique, la clarté des lignes et un dialogue raffiné entre la flûte et la harpe. Elles constituent également un précieux témoignage des goûts musicaux de l’aristocratie française à la veille de la Révolution.
La première audition publique de ces œuvres revêt donc une dimension historique. Les sept pièces seront interprétées le 21 juin 2026 dans la salle Ovale de la Bibliothèque nationale de France à l’occasion de la Fête de la musique. Les musiciens choisis pour faire revivre ces pages oubliées sont la flûtiste Mathilde Caldérini et le harpiste Nicolas Tulliez, membres de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Les deux artistes ont découvert les partitions seulement quelques jours avant leur enregistrement, ce qui confère à l’événement une émotion particulière.
L’interprétation sera ensuite diffusée le 22 juin sur France Musique dans le cadre d’une émission spéciale consacrée à Mozart et à son séjour parisien. Cette diffusion permettra au grand public d’entendre pour la première fois des notes restées silencieuses pendant près de deux cent cinquante ans.
Cette découverte rappelle également l’importance des collections de la Bibliothèque nationale de France. L’institution conserve déjà plusieurs dizaines de manuscrits autographes de Mozart, parmi lesquels certaines partitions majeures de son répertoire. Le nouveau cahier rejoint ainsi un patrimoine exceptionnel qui continue, contre toute attente, de livrer ses secrets.
Dans un monde où l’on croit souvent que tout a été découvert, l’apparition de ces pages inédites rappelle que les archives recèlent encore des trésors capables de modifier notre compréhension de l’histoire culturelle européenne. Deux cent trente-cinq ans après la mort du compositeur de Salzbourg, Mozart continue ainsi de surprendre musiciens, chercheurs et mélomanes, offrant à la Fête de la musique 2026 l’un de ses plus beaux cadeaux.
Sources :
[Le Monde] – Un manuscrit inédit de Mozart découvert à la Bibliothèque nationale de France sera interprété pour la Fête de la musique – Le Monde
[Radio France] – Radio France donne vie à une partition inédite de Mozart découverte par la BnF – Radio France
[Radio Lac / ATS Keystone] – Un manuscrit inédit de Mozart, petit trésor mis en musique à Paris – Radio Lac
[Bibliothèque nationale de France] – Conférence-concert – La Sonate inachevée pour violon et piano KV 403 de Wolfgang Amadeus Mozart – BnF
