Cultiver sans aucun pesticide de synthèse pendant dix ans, c’est possible et économiquement viable. Selon Sciences et Avenir, l’expérience Rés0Pest, coordonnée par l’INRAE, montre que des systèmes agricoles « zéro pesticide » peuvent fonctionner sans effondrement des rendements. Des résultats qui bousculent les modèles agricoles dominants.
L’expérience Rés0Pest a été menée sur une décennie par l’INRAE, en partenariat avec le Cirad et l’École d’ingénieurs de Purpan. Son objectif était d’imaginer des systèmes de production qui restent dans le cadre de l’agriculture conventionnelle, avec la possibilité d’utiliser des engrais de synthèse et de travailler le sol, mais qui rompent radicalement avec l’usage des pesticides. Il ne s’agit donc pas d’agriculture biologique au sens strict, mais d’une troisième voie située entre conventionnel et bio.
Des rendements maintenus et des coûts réduits
Après dix ans de données, le constat est clair. Ces systèmes se révèlent viables, et la transition ne se traduit pas par un effondrement des rendements. Selon l’INRAE, les modèles « zéro pesticide » sont même économiquement performants. En supprimant les produits phytosanitaires, ils réduisent drastiquement les coûts d’intrants, dont les pesticides représentent une part significative. Ces économies compensent les investissements supplémentaires en main-d’œuvre et en ingénierie agronomique nécessaires pour gérer autrement les ravageurs et les maladies.
Un bénéfice environnemental proche du bio
Sur le plan écologique, l’impact de ces systèmes est nettement supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle classique et se rapproche de celui de l’agriculture biologique. Les chercheurs relèvent des bénéfices majeurs pour la biodiversité, la qualité de l’eau et la santé des sols. La suppression des pesticides limite la contamination des milieux et favorise le retour d’auxiliaires naturels, qui participent eux-mêmes à la régulation des nuisibles.
Un modèle qui interroge les pratiques dominantes
En démontrant la faisabilité technique et économique d’une production sans pesticide, l’étude alimente le débat sur la dépendance de l’agriculture française aux produits phytosanitaires. Elle suggère qu’une réduction massive de leur usage n’est pas nécessairement synonyme de perte de compétitivité, à condition d’investir dans l’agronomie et l’accompagnement des agriculteurs.
Reste la question du passage de l’expérimentation à la généralisation. Transposer ces résultats à grande échelle supposerait une évolution des filières, des formations et des politiques publiques. L’expérience Rés0Pest fournit en tout cas un argument scientifique solide à celles et ceux qui plaident pour une agriculture sans pesticide.
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