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Photo : @N.DUPREY / Flickr

Travail du 1er mai : le Sénat adopte le texte autorisant les boulangers et fleuristes à employer des salariés volontaires

Le Sénat a adopté, le 16 juin 2026, un projet de loi visant à permettre aux boulangers-pâtissiers artisanaux et aux fleuristes de faire travailler des salariés volontaires le 1er mai. Ce texte, soutenu par le gouvernement, intervient après plusieurs années de controverses juridiques et politiques autour de l’ouverture de ces commerces lors de la Fête du Travail. Entre sécurisation des pratiques existantes et crainte d’une remise en cause d’un acquis social historique, le débat reste particulièrement sensible.

Le Sénat a donné son feu vert, mardi 16 juin 2026, à un projet de loi destiné à encadrer le travail des salariés dans les boulangeries artisanales et les commerces de fleurs lors du 1er mai. Cette adoption marque une nouvelle étape dans un dossier qui agite régulièrement le monde politique, les syndicats et les professionnels concernés depuis plusieurs années.

Le texte prévoit une dérogation spécifique au régime particulier du 1er mai, seul jour férié légalement chômé et payé pour l’ensemble des salariés en France. Concrètement, les boulangers-pâtissiers artisanaux et les artisans fleuristes pourront faire appel à des salariés volontaires pour travailler ce jour-là, sous réserve qu’un accord de branche le prévoie. L’objectif affiché par le gouvernement et les parlementaires favorables au projet consiste à sécuriser juridiquement une pratique déjà largement répandue sur le terrain.

Cette réforme trouve son origine dans plusieurs affaires qui avaient suscité une vive polémique. En 2024, plusieurs boulangeries vendéennes avaient notamment été verbalisées après avoir fait travailler des salariés le 1er mai. L’affaire avait pris une ampleur nationale, mettant en lumière les ambiguïtés du droit du travail concernant certaines activités considérées comme traditionnelles ou essentielles à la vie locale. Les professionnels dénonçaient alors une insécurité juridique tandis que les syndicats rappelaient le caractère symbolique et protecteur de cette journée particulière.

Le débat ne date donc pas d’hier. Dès le printemps 2025, des sénateurs du groupe Union centriste avaient déposé une proposition de loi visant à permettre à plusieurs catégories d’établissements de faire travailler leurs salariés le 1er mai. Le texte concernait notamment les boulangeries, les fleuristes, les jardineries, les théâtres ou encore les cinémas. Après plusieurs semaines de discussions, cette proposition avait été adoptée en première lecture par le Sénat le 3 juillet 2025 avant d’être transmise à l’Assemblée nationale.

Cependant, face à la forte opposition des organisations syndicales et d’une partie de la classe politique, le gouvernement avait finalement choisi une approche plus ciblée. Le projet de loi adopté cette semaine se concentre exclusivement sur les boulangers-pâtissiers artisanaux et les fleuristes, deux professions particulièrement concernées par l’activité du 1er mai.

Pour les défenseurs du texte, il s’agit avant tout d’une mesure pragmatique. Les boulangeries artisanales représentent un commerce de proximité très fréquenté lors des jours fériés, tandis que les fleuristes réalisent traditionnellement une part importante de leur chiffre d’affaires grâce à la vente du muguet, symbole historique de la Fête du Travail. Les partisans de la réforme soulignent également que de nombreux établissements ouvraient déjà leurs portes le 1er mai, souvent avec le seul chef d’entreprise ou des membres de sa famille, faute de pouvoir mobiliser légalement des salariés.

Le gouvernement insiste également sur la notion de volontariat. Les salariés concernés devront accepter de travailler ce jour particulier et bénéficieront des garanties prévues par le droit du travail applicable aux dérogations existantes. Le rapport présenté devant le Sénat souligne que l’objectif n’est pas de remettre en cause le caractère férié du 1er mai mais d’offrir un cadre légal clair à certaines professions artisanales.

Cette argumentation ne convainc toutefois pas les opposants au projet. À gauche comme dans les principales organisations syndicales, plusieurs voix dénoncent une atteinte progressive à un symbole majeur des conquêtes sociales françaises. Le 1er mai occupe en effet une place singulière dans le calendrier républicain. Héritée des luttes ouvrières de la fin du XIXe siècle, cette journée est la seule qui bénéficie simultanément du statut de jour férié, chômé et payé pour les salariés.

Les critiques redoutent notamment l’ouverture d’une brèche susceptible de s’élargir à d’autres secteurs économiques dans les années à venir. Certains élus évoquent le précédent du travail dominical, initialement limité à certaines activités avant d’être progressivement étendu. Ils estiment que la notion de volontariat peut s’avérer difficile à garantir dans les très petites entreprises où la relation de subordination entre employeur et salarié demeure forte.

L’adoption du texte par le Sénat ne marque toutefois pas la fin du parcours législatif. Le projet devra encore poursuivre son examen parlementaire avant une éventuelle entrée en vigueur. Si le gouvernement souhaite une adoption rapide, les débats promettent de rester animés autour de cette question qui touche à la fois au droit du travail, à l’activité économique des commerces de proximité et à l’héritage social attaché au 1er mai.

Au-delà du cas des boulangers et des fleuristes, cette réforme illustre une tension récurrente dans le débat public français : comment adapter certaines règles historiques aux évolutions économiques contemporaines sans fragiliser les protections sociales qui constituent l’un des fondements du modèle français.

Sources :

[Sénat] – Projet de loi de sécurisation du travail le 1er mai des salariés volontaires des boulangers-pâtissiers artisanaux et des artisans fleuristes – 2026 – Sénat.fr

[Sénat] – Proposition de loi visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai – mise à jour 2025 – Sénat.fr

[AFP / Boursorama] – Boulangers et fleuristes : le projet de loi sur le travail le 1er-Mai approuvé au Sénat – 16 juin 2026 – Boursorama AFP

[Le Monde] – Travail le 1er-Mai : sénateurs et gouvernement veulent assouplir les règles – 28 avril 2025 – Le Monde

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