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Autonomie de la Corse : Gilles Simeoni avertit contre 1 « déni de l’expression démocratique corse »

À l’approche de l’examen du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse à l’Assemblée nationale, Gilles Simeoni a durci le ton. Le maire de Bastia et ancien président du Conseil exécutif de Corse estime qu’un rejet du texte par le Parlement constituerait « une forme de déni de l’expression démocratique corse ». Une déclaration qui intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, alors que le processus engagé entre l’État et les élus insulaires entre dans une phase décisive.

Depuis plusieurs années, la question de l’autonomie de la Corse s’est imposée comme l’un des principaux dossiers institutionnels de la vie politique française. Longtemps cantonnée aux revendications des mouvements nationalistes insulaires, elle a progressivement trouvé un écho au sommet de l’État, notamment à la suite des événements qui ont secoué l’île après l’agression mortelle d’Yvan Colonna en mars 2022. C’est dans ce contexte qu’a été lancé le « processus de Beauvau », une série de négociations entre le gouvernement et les élus corses visant à redéfinir les relations institutionnelles entre la République et l’île.

Le 16 juin 2026 marque une nouvelle étape de ce processus. Les députés sont appelés à examiner dans l’hémicycle le projet de loi constitutionnelle intitulé « pour une Corse autonome au sein de la République ». Ce texte prévoit notamment l’inscription dans la Constitution d’un statut spécifique pour la Corse et la possibilité pour les institutions corses d’adapter certaines normes ou lois à leurs réalités territoriales.

Avant même l’ouverture des débats parlementaires, le projet avait franchi une première étape importante. Le 3 juin 2026, la commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté le texte par 20 voix contre 6 et 6 abstentions. Malgré de nombreuses tentatives de modification, la philosophie générale du projet est restée intacte, notamment sur la question centrale du pouvoir normatif accordé à la Collectivité de Corse.

C’est dans ce contexte que Gilles Simeoni a lancé un avertissement aux parlementaires. Pour celui qui demeure la principale figure du courant autonomiste corse, un rejet du texte ne constituerait pas seulement un revers politique. Selon lui, ce serait aussi « une forme de déni de l’expression démocratique corse », dans la mesure où les différentes consultations électorales organisées sur l’île depuis plus d’une décennie ont régulièrement confirmé la domination des forces favorables à une évolution institutionnelle.

L’argument développé par l’élu bastiais s’inscrit dans une continuité politique. Depuis plusieurs années, Gilles Simeoni défend l’idée que les choix exprimés par les électeurs corses doivent être traduits dans les institutions. Dès 2018, il appelait déjà l’État à prendre en compte « l’expression démocratique et largement majoritaire » des Corses concernant leur avenir institutionnel.

Pour les partisans de la réforme, le projet actuellement débattu représente l’aboutissement d’un compromis historique entre Paris et les élus de l’île. L’accord trouvé lors des discussions du processus de Beauvau reconnaît notamment la spécificité historique, linguistique et culturelle de la Corse tout en maintenant son inscription pleine et entière dans la République française. Il ne s’agit pas d’un projet d’indépendance mais d’une autonomie encadrée, comparable à certains modèles de décentralisation renforcée existant en Europe.

Gilles Simeoni insiste régulièrement sur cette distinction. Pour lui, l’autonomie ne remet pas en cause les compétences régaliennes de l’État, comme la justice, la défense ou la sécurité. Elle vise avant tout à permettre aux institutions corses d’adapter certaines politiques publiques aux réalités économiques, sociales et géographiques de l’île. Une approche qu’il présente comme un moyen de renforcer l’efficacité de l’action publique plutôt que comme une rupture avec la République.

Mais le chemin parlementaire reste semé d’embûches. Si le texte devait être adopté par l’Assemblée nationale, il devrait ensuite être examiné par le Sénat, où plusieurs responsables de droite ont déjà exprimé leurs réserves. Certains élus redoutent qu’une telle réforme ouvre la voie à des revendications similaires dans d’autres territoires ou qu’elle fragilise le principe d’unité de la République. L’incertitude demeure d’autant plus forte que la réforme nécessite, à terme, une révision de la Constitution. Pour entrer en vigueur, elle devra obtenir l’approbation des trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès, un seuil particulièrement exigeant dans le contexte politique actuel.

Face à ces obstacles, Gilles Simeoni considère que l’enjeu dépasse désormais le seul cadre institutionnel. À ses yeux, la crédibilité de la parole publique est engagée. Après plusieurs années de négociations et d’engagements pris par l’État, un abandon du projet risquerait d’alimenter la défiance envers les institutions nationales. Un argument qu’il défend régulièrement lorsqu’il évoque la nécessité de démontrer que les voies démocratiques permettent d’obtenir des avancées concrètes pour la Corse.

Alors que les débats s’ouvrent à l’Assemblée nationale, le dossier de l’autonomie corse apparaît comme l’un des chantiers institutionnels les plus sensibles du quinquennat. Entre reconnaissance des spécificités territoriales et défense du cadre républicain, le Parlement devra trancher une question qui dépasse largement les frontières de l’île et qui pourrait redéfinir durablement les relations entre l’État et les collectivités territoriales françaises.

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